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#Critique Gin, Jazz et pages raturées (Z: The Beginning of Everything / Amazon)

#Critique Gin, Jazz et pages raturées (Z: The Beginning of Everything / Amazon)

Note de l'auteur

Francis Scott Fitzgerald est à l’honneur aujourd’hui. L’auteur de Gatsby, de L’Envers du paradis ou bien encore de Tendre est la nuit est de retour en librairie avec un recueil de nouvelles et scénarios inédits*. Par un pied de nez typiquement martien, intéressons nous plutôt à sa femme, Zelda !

En 1918, le futur romancier rencontre Zelda Sayre à Montgomery dans l’état sudiste de l’Alabama alors qu’il y poursuit un engagement militaire dans une caserne locale et dans l’attente d’un déploiement – qui n’arrivera pas – sur le théâtre de la Première Guerre mondiale. Dès la publication de son premier roman couronné de succès, F. Scott parvient à convaincre Zelda de venir le rejoindre à New York où ils se marient dans un relatif anonymat. La suite, et notamment la première année de leur vie conjugale dont il est question ici, sera bien plus trépidante…

Quelques scènes de Z: The Biginning of Everything suffisent pour comprendre que Christina Ricci avait à cœur d’endosser le rôle. Alors qu’elle produit également la série, endosser le rôle de la célèbre muse permet à Ricci de développer un personnage oscillant entre fragilité et arrogance, une ambivalence si naturelle chez l’actrice. Qu’importe si son partenaire (David Hoflin) ne fait pas d’étincelles dans un rôle très balisé à l’écran. Qu’importe également que ses aventures adaptées de l’œuvre de Theresa Fowler (« Z » paru en 2013) louvoient franchement vers la fiction. Le personnage de Zelda lui colle à la peau et elle s’en empare avec justesse en plaçant la barre très haut (Jennifer Lawrence et Scarlett Johansson sont toutes deux pressenties dans des adaptations cinématographiques distinctes du personnage).

L’histoire des Fitzgerald est celle d’une chandelle trop vite brûlée par les deux bouts. Avec le succès des romans de F. Scott, le couple embrasse totalement la folie des années 20. Ils symbolisent tous deux l’exubérance de l’époque ; elle, cette jeune femme hautaine prête à bafouer les conventions bourgeoises, et lui cet impétueux qui a plaqué ses études à Princeton pour n’en faire qu’à sa tête. À l’inverse, les années 30 leur seront bien plus néfastes alors qu’il sombre dans l’alcoolisme et qu’elle est enfermée dans un établissement psychiatrique après avoir été diagnostiquée schizophrène.

Si le travail de F. Scott était constamment élevé au rang des plus grands écrivains américains, Zelda a longtemps été sujette à l’opprobre. Un certain Ernest Hemingway – souvent qualifié de misogyne – l’accusait par exemple de pousser son mari vers la boisson parce qu’elle jalousait soi-disant son talent.
Dans les années 70, Nancy Milford va réhabiliter Zelda en décrivant à travers une biographie sa dimension artistique. En plus d’écrire, Zelda était en effet une peintre et danseuse de ballet accomplie.

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Z: The Beginning of Everything participe entièrement à ce regard réévalué et offre une perspective encore trop rare d’un personnage féminin complexe notamment dans ce qu’il a d’accessible. Car Zelda n’est pas ici un simple réceptacle à d’éventuelles considérations actuelles sur le féminisme. La série évoque brièvement son engagement politique (notamment en faveur du vote des femmes), mais elle relève aussi ses faiblesses. Il y a un courage manifeste à dresser ce portrait d’une femme dont les choix autodestructeurs affleurent peu à peu au milieu d’un destin qui semblait pourtant doré.

Au fil des épisodes, l’exercice du biopic sériel est inégalement maîtrisé. Loin de la récente The Crown qui excelle en prenant de la distance avec son personnage, Z se noie dans un personnage instable par nature sans prendre le temps d’expliquer les forces qui l’influencent.
À ce titre, le format peu courant d’un drama court (30 min) n’est pas un avantage et laisse trop souvent l’impression d’un survol incomplet. De la même manière, la mise en scène se révèle décevante. Tout d’abord éblouissante sous la férule de Tim Blake Nelson derrière la caméra pour le pilote, elle devient statique et trop attendue durant le reste de la saison.

Néanmoins, l’évolution – forcément dramatique – du personnage de Zelda Fitzgerald portée par le talent de Ricci serait un drôle de pari à poursuivre. À ce jour, Amazon n’a pas annoncé la commande d’une éventuelle saison 2.

Z: The Beginning of Everything (Prime Video) Saison 1 en 10x30min.
Série adaptée d’un roman de Theresa Fowler.
Série créée par Dawn Prestwich and Nicole Yorkin.
Série écrite par Dawn Prestwich, Nicole Yorkin, Lydia Woodward, Ian Deitchman, Kristin Rusk Robinson, Kit Steinkellner, Marcus Gardley et Doug Dorst.
Série réalisée par Tim Blake Nelson (Pilote), Mike Barker, Neasa Hardiman, Minkie Spiro et Wash Westmoreland.
Avec Christina Ricci, Gavin Stenhouse (Pilote), David Hoflin, David Strathairn, Kristine Nielsen, Holly Curran et Jun Naito.
Musique originale de Marcelo Zarvos.
Supervision musicale d’Alexandra Patsavas.

*: Je me tuerais pour vous : et autres nouvelles inédites de F. S. Fitzgerald (Grasset / Fayard).

Visuels : Z: The Beginning of Everything © Picrow, Killer Films & Amazon Studios.

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