#critique Gravity Rush 2

#critique Gravity Rush 2

Note de l'auteur

La PLAYSTATION VITA n’a jamais véritablement trouvé son public, mais elle a su laisser sa marque avec une chose parmi d’autres : Gravity Rush. Sorti au lancement de la console, le titre de Keiichiro Toyama sous l’égide de Sony s’est démarqué en proposant un jeu visuellement ambitieux pour la portable de Sony mais aussi un gameplay atypique exploitant au mieux les capacités de la console. Aujourd’hui, et après une version Remaster de ce premier opus sur la nouvelle génération, le second épisode sobrement intitulé Gravity Rush 2 revient, et cette fois-ci directement sur PLAYSTATION 4.

GRAVITY RUSH™ 2_20170129183749Kat sur un toit brûlant

Pour ce retour en fanfare, Sony a laissé de nouveau carte blanche à Keiichiro Toyama*, le créateur du jeu original. Passionné de bande dessinée européenne et d’une certaine représentation de décors urbains, amoureux de l’ambiance particulière de la rue, il entre tout d’abord chez Konami pour réaliser le tout premier Silent Hill (rien que ça) avant de partir chez Sony au SCE Japan Studio pour s’occuper de toute la série des Forbidden Siren sur PLAYSTATION 2, une saga d’horreur réputée pour sa capacité à faire flipper les joueurs, autant par l’atmosphère glauque qui s’en dégage que par sa difficulté harassante. On peut dire que les univers marquants, il s’y connaît. Il embrayera très vite avec la création du premier Gravity Rush, Sony désirant avoir un titre emblématique fort pour lancer sa nouvelle console, la PLAYSTATION VITA, et enchaînera sur sa suite, celle qui nous intéresse aujourd’hui.

GRAVITY RUSH™ 2_20170212163929Gravity Rush 2 narre l’histoire de Kat, héroïne du premier opus et accessoirement baptisée « reine de gravité » à l’issue du premier opus pour avoir sauvé la ville d’Hekseville, petite métropole flottante dans les cieux, baignant dans une atmosphère typiquement européenne. Ne sachant pas trop comment elle est arrivée dans cette cité, elle décide d’aider son prochain et de combattre avec ses pouvoirs de gravité les mystérieux Névis, qui apparaissent via d’étranges tempêtes. Kat ne combat pas uniquement avec ses petits poings, puisqu’elle a également le pouvoir de changer la gravité autour d’elle, ce qui est fort pratique quand tous les quartiers sont bloqués sur des grands cailloux volants. À la fin de l’histoire, elle et sa nouvelle copine Raven ainsi que l’ancien policier Syd se retrouvent pris dans une tempête gravitationnelle vers une mystérieuse destination**. Dans cette suite, on retrouve Kat et Syd travaillant avec une troupe de voyageurs chargés de récupérer du minerai dans des zones dangereuses, en attendant de trouver une solution pour retourner à Hekseville.

GRAVITY RUSH™ 2_20170129004428On ne change pas trop une recette qui gagne : c’est la devise de ce second opus. Pour ce passage sur « grand écran », la team Sony se concentre sur les qualités du premier opus et sa maniabilité bien particulière. Kat peut évidemment toujours voler, mais pas littéralement puisqu’elle se contente de changer le sens de gravité quand elle le veut afin de « tomber » dans la direction voulue. Une première pression sur la touche vous fera voltiger à quelques centimètres du sol puis une seconde pression vous propulsera dans la direction de votre regard et la petite Kat ne s’arrêtera pas tant que vous n’aurez pas ré-appuyer sur la touche pour la stopper en plein vol, avant de repartir en pointant une autre destination. Les déplacements se feront toujours en « angles » sans jamais courber la trajectoire, puisque l’héroïne doit nécessairement s’arrêter pour modifier le sens de gravité. Une particularité déstabilisante quand on ne connaît pas le concept, mais réellement grisante lorsqu’on se laisse aller en tombant littéralement dans tous les sens. Cette fraîcheur, cette originalité de déplacement qui avait fait le succès du premier opus, est toujours là, bien ancrée dans l’ADN de la série.

GRAVITY RUSH™ 2_20170129184351Mais pour ce second opus, SCE Japan Studio a choisi de varier les plaisirs dans les combats et les environnements, alternant passages exigus et combats contre des ennemis rapides. Un apport appréciable pour éviter de se farcir des Névis jusqu’à plus soif, sauf que les nouveaux venus posent aussi de nouveaux soucis. Beaucoup de ces ennemis sont plus rapides que les adversaires classiques, et demandent bien plus de doigté que par le passé. Et alors que le premier Gravity Rush se suffisait à lui-même en opposant Kat à des monstres moyennement mobiles, l’apparition d’humains à combattre pose bien plus de problèmes à cause d’une caméra totalement à la ramasse.

GRAVITY RUSH™ 2_20170129004230Foncer sur un ennemi de même taille pour donner un coup de pied fera perdre tous les repères au joueur pour revenir dans l’action, tandis que l’adversaire ne se gênera pas pour balancer une volée de roquettes sur la pauvre Kat qui ne saura pas d’où ça vient. J’en veux pour preuve ce combat de boss vers le troisième quart du jeu où Kat doit se débarrasser de deux pilotes aériens en même temps, bougeant constamment et enchaînant attaques à distance sur deux fronts. On passera son temps à pester contre l’absence incompréhensible de verrouillage de cible, pourtant logique dans ce genre de jeu, et une action qu’on n’arrive même plus à suivre, faute de ne pouvoir se déplacer qu’en « angles ». Ce gameplay atypique de changement de gravité est parfait pour des combats à vitesse moyenne, mais dès que Kat doit enclencher la seconde, le gameplay souffre de ses propres limites de déplacements. Finalement, on se rendra vite compte que se poser sur le sol et jeter des objets par lévitation sera souvent le meilleur moyen de se débarrasser de ses adversaires, et c’est bien dommage.

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GRAVITY RUSH™ 2_20170214011225La femme qui tombe à pic

Pour tenter de pallier à ce problème d’adaptation par rapport aux nouvelles situations, la team Sony a ajouté deux nouveaux types de gravité : Lunaire et Jupiter. La gravité Lunaire permettra à Kat d’être plus légère qu’une plume histoire de faire des bonds de trente mètres mais aussi d’attaquer plus vite en se téléportant directement sur les ennemis. À l’inverse, la gravité Jupiter fera de Kat une fausse maigre de deux cents kilos, capable de charger une tatane spectaculaire sur un groupe d’ennemis, de frapper plus fort et de ne pas se retrouver valdinguée à la moindre bourrasque soufflée par une bestiole prenant un peu trop de place. Sur le papier, des bonnes idées, évidemment. Sauf que dans les faits, la gravité Lunaire enlève littéralement tout le poids à Kat, en donnant la sensation au joueur de contrôler un savon vivant. Idem pour les combats, où le poids du personnage est tellement inexistant qu’on ne sait même pas si on touche réellement l’ennemi (en plus de frapper moins fort). Pour ce qui est de la gravité Jupiter, une bonne idée en soi, sauf quand la préparation du coup demande tellement de temps pour être réellement efficace que la plupart des ennemis vous auront déjà envoyé tout ce qu’ils ont dans la face. Lors des combats plus classiques (notamment dans les zones spéciales où l’on ne combat que des Névis), tout ça fonctionne très bien, mais dès que l’on s’attarde sur des combats spéciaux, notamment sur les boss, ça devient vite pénible.

GRAVITY RUSH™ 2_20170214012048Étrangement, lorsque les crédits de fin de jeu défilent sur votre téléviseur, il est difficile d’en vouloir au jeu. Par son univers, Gravity Rush réussit à donner une certaine satisfaction au joueur en lui proposant un background riche et visuellement flamboyant. Que ce soit par ses couleurs pastels et saturées où se dessinent au loin les contours d’une ville moderne flottant dans les cieux, ou simplement cette délicieuse ambiance de marché que l’on côtoie en posant les pieds au sol, Gravity Rush 2 délivre une atmosphère vivante où l’on se sent bien, et est doté d’une réalisation graphique franchement solide.

GRAVITY RUSH™ 2_20170129004356Jirga Pata Lhao, la nouvelle cité de ce second opus, est inspirée de villes comme Cuba ou venant tout droit du Chili, avec ses couleurs vives et ses petites ruelles ensoleillées. Jouant bien plus sur la verticalité en plaçant les réalités sociales littéralement au cœur du level design (les riches en haut, les pauvres en bas), Gravity Rush 2 joue à fond sur la naïveté de son histoire et de sa protagoniste principale, volontairement crédule mais jamais cruche. Kat est un personnage profondément bon, sans arrière-pensées, et souvent confronté à un monde ambivalent, toujours à chercher le meilleur, même chez la pire des crapules. Le meilleur exemple dans le premier épisode est le personnage de Raven, qui devient une véritable amie au fil du scénario. Reste que l’histoire de fond de ce deuxième épisode se perd un peu en longueur et s’éparpille à son terme, en construisant des personnages à travers des intrigues principales assez denses, mais que l’on perd de vue jusqu’à la fin du jeu, qui amène enfin de vrais éclaircissements sur le passé de Kat.

GRAVITY RUSH™ 2_20170130234957C’est d’ailleurs dommage que le jeu perde de l’intérêt sur ses objectifs et son contenu. Le titre regorge de missions annexes, dont le contexte est souvent joliment amené voire même parfois rigolo. Photographier des jolies filles pour un vieux pervers par une Kat qui ne pige pas ce qui est en train de se passer ou bien faire la course contre un pigeon dressé par un enfant, les à-côtés ont le bon goût de compléter cet univers haut en couleur en donnant l’occasion aux habitants d’immerger le joueur dans un quotidien déluré mais plein de bons sentiments. Le gros souci, c’est la capacité du jeu à se contenter d’une liste restreinte d’actions à faire dans les missions pour prolonger la durée de vie. Faire des photos, interpeller des habitants, voler à travers des checkpoints ou aller d’un point A à un point B en fouillant des endroits, il faudra toujours faire la même chose sans vraiment éveiller l’intérêt du joueur. À se demander si la volonté d’émerveillement de cet univers et de ses déplacements ne sont pas plombés par la réalité du jeu vidéo, à savoir occuper le joueur pour le forcer à faire quelque chose de « ludique ». Pire encore, ce second épisode a choisi de rajouter des missions d’infiltrations insupportables en forçant Kat à évoluer au sol, où la moindre alerte demandera parfois de refaire la mission en entier. Il n’y a rien de pire que de forcer un jeu aussi atypique à être ce qu’il n’est pas, surtout en lui privant sa liberté de déplacement. Et comme prévu, sur Gravity Rush 2, ça ne fonctionne tout simplement pas.

GRAVITY RUSH™ 2_20170129164536Il est facile de trouver des défauts à Gravity Rush 2, notamment son système de combat qui n’a malheureusement pas évolué dans le même sens que le monde autour de lui, plus rapide et plus exigeant, ce qui donne des joutes souvent brouillonnes et rageantes. Mais il est aussi difficile de ne pas tomber sous le charme de la licence. Flotter dans les airs, tomber dans le vide en regardant la ville au loin disparaître sous les nuages colorés ou simplement s’écraser sur la façade d’un bâtiment et regarder le panorama sous un tout autre angle, il n’y a que Gravity Rush pour réussir ce tour de force.

GRAVITY RUSH™ 2_20170129190159Pourtant, le jeu multiplie certaines erreurs, comme l’impossibilité de verrouiller une cible, certains combats vraiment ratés ou la répétitivité des missions annexes. Fort heureusement, on s’attache malgré nous à cette héroïne ingénue mais complexe, à ce monde ouvert presque utopique par moment, à cette histoire explosant la mythologie de la licence pour clôturer ce diptyque de forte belle manière. On râle ponctuellement, mais c’est le genre de jeu où le simple fait de se balader en ville est un plaisir indescriptible qu’on ne retrouve pas ailleurs. Une tendresse sincère émane de Gravity Rush 2, et même si le titre se paye des défauts dommageables qui auraient pu être évités, la splendeur et l’honnêteté de la démarche, le visuel flamboyant et l’originalité du jeu font qu’on en redemande malgré tout. Mais si jamais la licence doit revenir sur le devant de la scène, on espère seulement que certains pans de gameplay seront remis en question pour enfin calquer la qualité de son background sur certains aspects du game design encore pris en défaut.

* La chouette chaîne Youtube toco toco tv a mis en ligne un joli portrait sur Keiichiro Toyama
**Sony, avec l’aide d’un studio d’animation, a réalisé un animé en deux parties pour raconter ce qu’il s’est passé entre les deux op
us.

Gravity Rush 2
Développeur : SCE Japan Studio
Éditeur : Sony
Prix : 60 euros

 


Gravity Rush 2 – E3 2016 Trailer PS4 par CooldownTV

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