#Critique Hawkeye de Matt Fraction

#Critique Hawkeye de Matt Fraction

Note de l'auteur

Succès critique et publique, la série de Matt Fraction consacrée au Vengeur au carquois, revient sous la forme d’un imposant volume contenant l’intégralité de la série. L’occasion idéale à nos yeux pour se replonger dans un cycle que nous avions laissé tomber en cours de route. Et on était bien bête.

 

Hawkeye_1_Full-674x1024Ça raconte quoi ?

Illustre Vengeur, pilier de l’équipe depuis des décennies, fondateur et leader de la branche californienne, mort puis ressuscité, Clint Barton alias Hawkeye est un super-héros au parcours impressionnant. Depuis quelque temps pourtant, il semble que la poisse et la guigne le poursuivent. Alors qu’il vient de prendre Kate Bishop, la nouvelle Hawkeye, sous son aile, il est peut-être temps de faire un point sur sa vie. Et rien de mieux pour cela que de devenir le protecteur de son immeuble et de ses habitants.

 

C’est de qui ?

Sortant d’un long cycle sur Iron Man et ayant commis l’horreur Fear Itself, c’est Matt Fraction qui se colle à cette nouvelle série lancée dans le cadre de Marvel Now mais surtout pour surfer sur la popularité du personnage à la suite du succès du film The Avengers. Depuis, le scénariste est également reconnu pour Sex Criminals avec son compère Chip Zdarsky. Si au dessin Annie Wu, Javier Pulido ou bien encore Francesco Francavilla se chargent de plusieurs épisodes, le maître d’œuvre de la série est David Aja grâce à une approche qui fera grandement pour la qualité de la série.

 

o-HAWKEYE-MARVEL-facebookC’est bien ?

Hawkeye, c’est d’abord une forme d’enterrement en grande pompe. Celle d’une certaine version du personnage que les lecteurs appréciaient depuis sa création jusqu’à la fin des années 90. Apparu comme méchant dans la série Iron Man, Clint Barton est surtout l’exemple du personnage à qui la rédemption est offerte et qui sera le pilier de la nouvelle équipe Avengers dirigée par Captain America après le départ des fondateurs. Grande gueule mais ami loyal, Clint fut le leader en second de l’équipe durant longtemps et fonda par la suite les Vengeurs de la Côte Ouest. Pour faire simple, Hawkeye est un super-héros de la trempe des plus grands. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Ed Brubaker l’estime capable de reprendre l’identité de Captain America suite à la mort de Steve Rogers à la fin de Civil War.

 

david-aja-hawkeye-3-bToutefois, la mort idiote du personnage par Brian Bendis lors d’Avengers Dissambled et sa résurrection quelques temps plus tard semblent avoir tué artistiquement le personnage (du moins en dehors de quelques bonnes idées comme vu plus haut). Passant d’une identité à une autre, d’un groupe à un autre et mis à l’écart au profit d’autres héros, Œil de faucon (son nom en français durant longtemps) s’est perdu en cours de route. La réunion de deux événements signera toutefois le retour de l’archer : le succès cinématographique du film The Avengers dans lequel il est un membre fondateur de l’équipe et le début de la période Marvel Now, la vaste relance de titres et de projets pour les auteurs de la Maison des idées.

 

Hawkeye est mort, vive Hawkeye. Semblant conscient que la traversée du désert a modifié profondément le personnage et la vision qu’on peut en avoir, Matt Fraction va jouer de cet état de fait pour reconstruire le héros et lui redonner une certaine dignité. Si la première image de la série renvoi à un plan fameux du film The Avengers et que son costume s’inspire de celui-ci¹, la filiation s’arrête là pour aborder de nouveaux horizons. Alors que le Clint Barton du film est présenté comme un homme posé, la version originale est un célibataire sinon endurci, du moins pas franchement mûr pour une relation stable.

 

Il s’agit d’ailleurs d’un changement important pour un personnage longtemps en couple avec Barbara Morse alias Mockingbird. Fraction prend en compte les tribulations sentimentales du personnage pour en jouer et en faire un des axes de son cycle à travers la relation avec Kate Bishop. La jeune Hawkeye apparut dans Young Avengers d’Allan Heinberg et Jim Cheung est le deuxième personnage important de l’histoire et sa relation avec Barton est un des attraits d’une série qui semble déconstruire le super-héros en apparence.

 

hawkeye2012011001colCar si on le voit agir au sein des Avengers, c’est la vie civile du personnage qui intéresse Fraction. Clint est un super-héros, mais on le sent détaché par rapport à tout cela. Comme une sorte de nonchalance qui pourrait pousser au j’m’en-foutisme si la série ne rappelait pas régulièrement son héroïsme. On pense par exemple à La cassette (Hawkeye #4 et #5) qui nous le montre prêt à tout pour protéger des soldats, mais cette spécificité se trouve à un niveau beaucoup plus restreint et rarement abordé. Si les Avengers et les X-men sauvent le monde et même l’univers et que Spider-Man ou Daredevil arpentent toute la ville de New York, le cercle d’action d’Hawkeye va se limiter pour la majeure partie de la série à son propre immeuble.

 

Face à la mafia Russe qui veut faire partir les locataires afin de revendre le bâtiment à bon prix, Barton se pose en ange gardien d’une population modeste mais chaleureuse qu’on découvre peu à peu tout au long de la série. En ce sens, si on peut reprocher au personnage de n’être plus le Hawkeye d’il y a quelques années (ou décennie), il n’en reste pas moins un super-héros dans la droite ligne d’une tradition que beaucoup ont oubliée, celle du justicier du quotidien dont l’exemple le plus brillant se trouve dans le Superman de Richard Donner quand, après avoir arrêté des dizaines de bandits, l’homme d’acier prend le temps de récupérer en haut d’un arbre le chat d’une petite fille.

 

hawkeye-david-aja-page-2-620Héros du peuple donc, Hawkeye va devoir composer avec une mafia impitoyable, une relation amour/amitié avec Kate Bishop, l’entretien d’un immeuble, le retour de son frère ou bien encore des histoires amoureuses rocambolesques. « OK. Ça s’annonce mal » revient régulièrement tout du long de la série. Gimmick humoristique, il pose également l’ambiance d’une série qui va nous surprendre par sa forme. Car, outre son travail sur Barton, Matt Fraction va expérimenter sur Hawkeye une multitude d’idées afin de jouer sur la notion de temps. À ce titre et comme nous le soulignions plus haut, il est aidé en cela par le dessin de David Aja. Surdécoupage afin de ralentir l’action au maximum, cases multipliées afin de jouer sur la variété d’une même discussion, emploi massive d’icone dans un but illustratif, humoristique voire dramatique (le fameux épisode centré sur le chien de Clint dans Hawkeye #11), maniement de l’ellipse, du flash-back, etc., les auteurs triturent sans relâche le temps.

 

Ce qui compte pour eux n’est pas de raconter une histoire allant directement d’un point A à un point B, mais d’exploser la temporalité usuelle pour mieux faire ressurgir les sentiments. Hawkeye se lit avec plaisir mais se relit avec encore plus de joie face à la (re)découverte de scènes, d’images ou de dialogues disséminés au quatre coins de la série afin d’en faire ressortir tensions, confrontations et émotions. Malheureusement, si Aja est un maître dans cette approche, les autres dessinateurs appelés pour combler son retard ne sont pas forcément à la même hauteur. Il en résulte un déséquilibre graphique dommageable bien qu’atténué par une astuce narrative bien trouvée au cours de la deuxième moitié de la série. Séparé de Barton après une dispute, Kate Bishop décide de partir à Los Angeles, l’occasion alors pour Fraction de proposer des épisodes centrés sur la jeune femme, dessinés par Annie Wu, tandis qu’Aja continuer d’illustrer les épisodes centrés sur Clint Barton. Le tout avant un final explosif, sorte d’Alamo version HLM qui en profite pour mettre en évidence tout le recoupement des intrigues secondaires. Brillant.

 

Si DC Comics et Marvel sont souvent critiqués pour le manque d’audace de leurs « grosses » séries comparées à d’autres éditeurs (notamment Image), leurs détracteurs oublient trop souvent que derrière celles-ci se trouvent régulièrement des œuvres moins mises en avant, mais dont la qualité et les idées sont belle et bien là et influenceront durablement la production à venir. Si hier c’était Suicide Squad ou bien Stormwatch, on se permettra de croire qu’aujourd’hui Hawkeye les a rejoints.

 

 

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Hawkeye (Marvel Icons, Panini Comics, Marvel Comics) comprend les épisodes US de Hawkeye #1 à #22

Écrit par Matt Fraction

Dessiné par David Aja, Annie Wu, Javier Pulido, Francesco Francavilla, Steve Lieber, Jesse Hamm et Chris Eliopoulos

 

 

 

 

¹ Lui-même s’inspirant du comic The Ultimates de Mark Millar et Bryan Hitch

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