#Critique : Hostiles

#Critique : Hostiles

Note de l'auteur

En 1892, un capitaine de cavalerie consumé par la haine doit escorter un chef indien qu’il déteste. Une odyssée barbare et crépusculaire avec un Christian Bale au sommet de son art.

 

Dans Hostiles, Christian Bale est une nouvelle fois impérial. Capitaine de cavalerie en bout de course, c’est un homme torturé et dévoré par la haine, un boucher qui « a pris plus de scalps que Sitting Bull ». Né en Angleterre en 1974, Christian Bale est devenu acteur à 13 ans en incarnant le rôle principal de Empire du soleil, de Steven Spielberg. Au fil des années, il a joué dans une cinquantaine de films, des bons et des beaucoup moins bons, disparaissant sous ses personnages, jouant au yo-yo avec son corps (il aime bien perdre ou prendre 20-30 kilos), travaillant avec des pointures comme Terrence Malick, Michael Mann, Ridley Scott, Todd Haynes ou Werner Herzog. En 2013, il tournait sous la direction de Scott Cooper, Les Brasiers de la colère, une histoire de vengeance, variation peu crédible de Voyage au bout de l’enfer. Quatre ans plus tard, Bale retrouve son réalisateur pour Hostiles, un western que l’on pourrait bien qualifier de crépusculaire.

 

Nouveau-Mexique, 1892. C’est la fin de parcours pour le capitaine Joseph Blocker, ancien combattant des guerres indiennes. Il a exterminé les Sioux à Wounded Knee, pourchassé les Cheyennes jusqu’à leur disparition totale, « tué tout ce qui marche ou qui rampe sur cette terre ». Affecté dans un fort où sont incarcérés quelques guerriers apaches, Blocker ronge son frein en attendant la retraite et se fait plaisir en traquant quelques rares fugitifs. Pour son ultime mission, son supérieur lui ordonne de conduire le chef Cheyenne Yellow Hawk, condamné par un cancer, sur les terres de ses ancêtres afin d’y mourir. Blocker accepte à contrecœur et se lance dans une odyssée au bout de la sauvagerie, où il va croiser une jeune veuve, des Indiens sur le sentier de la guerre ou encore des trappeurs psychopathes sur une terre devenue rouge du sang des victimes.

 

Signé Scott Cooper, d’après un manuscrit de Donal Stewart (Missing, À la poursuite d’Octobre rouge) qui trainait à Hollywood depuis plus de 30 ans, le scénario d’Hostiles est superbement tricoté. On pense souvent à Apocalypse now (« Après cette mission, je n’en voudrais plus d’autre »), aux meilleurs westerns de John Ford, à Danse avec les loups, au Soldat bleu ou encore au roman Méridien de sang, le chef-d’œuvre barbare de Cormac McCarthy. Il y a pire comme références ! Ici, Scott Cooper livre un tableau sans pitié du génocide indien et très intelligemment, tisse des liens avec l’Amérique actuelle, patrie de la violence et du meurtre ritualisé. Si le scénariste maîtrise son film de bout en bout, le cinéaste semble plus inégal. Scott Cooper signe une série de séquences majestueuses, épiques, parvient à sublimer aussi bien les scènes dramatiques et les séquences d’action, construit une incroyable tension qui visse le bide du spectateur. Mais il étire son film sur 2 heures 15, n’évite pas les longueurs et le repompage à trois reprises du plan iconique de La Prisonnière du désert lasse un peu. Fasciné par le cinéma des années 70, Cooper veut à tout prix nous faire passer des messages. C’est souvent réussi, parfois redondant. Tel un prof, il tente de nous faire comprendre que militaires et Indiens sont des monstres assoiffés de sang, mais le spectateur lambda a déjà capté au bout d’un quart d’heure. Cooper te le répète 50 fois et s’offre même une séquence peu crédible mais ultra-démonstrative – et complètement ratée – ou Indiens et militaires pénètrent dans deux tentes où dorment des trappeurs violents et violeurs. Les Yankees entrent dans la tente de gauche, les Cheyennes dans celle de droite. La caméra reste à l’extérieur, fixe, mais enregistre les hurlements des victimes de ce carnage sans frontière à l’arme blanche. Je pense que c’est Louis B. Mayer, le patron de la MGM dans les années 30, qui déclarait « Quand je veux faire passer un message, je vais à la poste… » Scott Cooper, qui est cinéphile, aurait dû s’en rappeler. C’est d’autant plus surprenant qu’il manie parfois la parabole avec subtilité. Pour le reste, Cooper insuffle un vrai souffle à l’ensemble et j’avoue que je n’avais pas vu, ressenti un western avec une telle puissance depuis des années (Impitoyable de Clint Eastwood ?). Mais là où Scott Cooper se révèle ultra-talentueux, c’est dans sa direction d’acteurs. Pour son premier film, il avait servi un Oscar sur un plateau à Jeff Bridges pour sa composition de chanteur de country au bout du rouleau dans Crazy Heart. Ici, il s’entoure d’un casting phénoménal : Rosamund Pike, aussi exceptionnelle que dans Gone Girl de David Fincher, Wes Studi, magnifique, mais aussi Ben Foster, l’épatant Jesse Plemons ou Timothée Chalamet. Au milieu de ce chœur d’opéra, il y a la merveille, Christian Bale. Avec une incroyable économie de moyens, Bale incarne cet homme perdu et ravagé, un serial killer du bon côté de la loi, un criminel de guerre qui avoue massacrer les enfants. Avec ses yeux morts, son visage anguleux, ses cheveux sales qu’il plaque constamment sur le sommet de son crâne, il incarne un spectre qui va tenter de revenir à la vie.

Il est extraordinaire.

 

 

Hostiles
Réalisé par Scott Cooper
Avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, Ben Foster, Jesse Plemons
En salles le 14 mars 2018

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