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#Critique Imajica : du souffle, du souffle, jusqu’à la tornade

#Critique Imajica : du souffle, du souffle, jusqu’à la tornade

Note de l'auteur

Saga, fresque, tapisserie longue de mille pages ou presque : Clive Barker explore chaque millimètre carré des cinq Empires qui composent l’Imajica. Avec maîtrise et souffle. Le même souffle qu’il exige du lecteur pour parcourir ces milliers de kilomètres avec lui.

L’histoire : Suivez Gentle, peintre faussaire, emporté malgré lui dans les Empires de l’Imajica, dont la Terre est le Cinquième. Suivez Pie’oh’pah, tueur/prostitué(e) multiforme. Suivez Judith qui ne manquera pas, elle aussi, de pénétrer dans les dimensions parallèles à la suite de Gentle. Faux-semblants. Personnalités anciennes et doubles cachés, sans que soit évidente la réponse à cette question : lequel des deux est la copie, lequel l’original ?

Mon avis : Clive Barker aime les récits amples – presque un comble pour celui qui s’est fait connaître par ses nouvelles, rassemblées dans ses fameux Livres de sang. Plus maîtrisé que Coldheart Canyon et Sacrements, pourtant postérieurs de cinq et dix ans, Imajica est une petite merveille épique, un récit choral mais dont Barker tient constamment les rênes.

Certes, ces voyages lointains comportent parfois des longueurs (rappelez-vous, même Le Seigneur des anneaux implique de s’accrocher, parfois, quand Tolkien décrit chaque pas accompli par ses personnages…). Barker semble exiger de son lecteur au moins autant de souffle que ce qu’il injecte dans son épopée – ce n’est pas pour rien si une certaine pratique magique y est baptisée « pneuma ». Comme si ce récit attendait une part d’énergie identique de son lecteur et de son auteur.

En revanche, là où le Liverpuldien excelle, c’est dans le dessin de ses personnages. On s’y attache nettement plus vite, et plus profondément, que dans ses deux romans susnommés (le perso écrivain de Coldheart Canyon, surtout, n’est pas assez intéressant pour être séduisant, et pas assez antipathique pour être réellement détesté). Gentle, Judith, Pie’oh’pah – et toute la clique de noms exotiques qui peuplent ces Empires… On en redemande, jusqu’au final de hautes pyrotechnies.

Si vous aimez : Ijamica évoque bien sûr d’autres romans de Barker, parmi lesquels Le Royaume des devins. Mais aussi La Saga des Hommes-Dieux, série géniale de sept romans de Philip José Farmer, dont le premier tome présente un titre convenant parfaitement à Barker (Le Faiseur d’univers) et un protagoniste pénétrant lui aussi dans un monde parallèle avec une mémoire trafiquée. Et pour les quadras biberonnés au Club Dorothée, pourquoi ne pas rejeter un œil sur Cobra et son héros à la mémoire trafiquée, hein ?

Clive Barker

Autour de l’œuvre : Barker déclare avoir écrit Imajica en 14 mois, écrivant 14 à 16 heures par jour, sept jours sur sept. Dans sa préface, il indique également : « Je me réveillais après avoir rêvé des Empires pour aussitôt les retrouver dans mon roman, jusqu’à ce que je regagne mon lit en rampant, pour rêver d’eux de nouveau. (…) Ce n’est pas un hasard si le livre fut terminé au moment où je me préparais à quitter l’Angleterre pour l’Amérique. (…) En un sens, c’était une manière parfaite d’achever ce roman : à l’instar de Gentle, je m’embarquais pour une nouvelle vie, et je quittais le pays où j’avais vécu pendant presque quarante ans. »

Extrait : « Une fois de plus, il regretta de ne pas posséder une carte de ce territoire pour avoir enfin une idée de l’ampleur du voyage qu’ils entreprenaient. Il tenta de représenter le paysage sur une feuille vierge de son esprit, telle l’esquisse d’un tableau ayant pour sujet le spectacle de ces montagnes, des collines et de la plaine. Mais la réalité de la scène qui s’offrait à lui submergeait son désir d’en faire des symboles, pour la réduire et la transposer sur du papier. Renonçant à ce défi, il reporta toute son attention sur le Jokalaylau. Mais, avant que son regard n’atteigne sa destination, il se posa sur les flancs de la colline juste devant, et, à cet instant, Gentle prit brusquement conscience de la symétrie de la vallée ; les collines se dressaient à la même hauteur, à gauche et à droite. Il contempla les pentes opposées. Évidemment, c’était une quête insensée, rechercher une trace de vie à une telle distance, mais plus il scrutait les flancs de la colline, plus il était convaincu de se trouver face à un miroir sombre et qu’une personne invisible (jusqu’à présent) scrutait, elle aussi, l’obscurité où il se trouvait, cherchant à le localiser, comme lui cherchait à le faire. (…) Un grondement de machines, les lamentations des bêtes affamées, des sanglots. Ces bruits et le guetteur sur la colline d’en face étaient liés, il le savait. L’« autre » n’était pas venu seul. Il possédait des machines et des bêtes. Il apportait les larmes. »

Imajica (l’intégrale)
Écrit par Clive Barker
Édité par Bragelonne

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