Japanimation: les grands compositeurs… Taku Iwasaki

Japanimation: les grands compositeurs… Taku Iwasaki

L’animation japonaise, ce n’est pas uniquement des dessins très stylisés, des images hallucinantes et un montage ultra-cut, c’est aussi des compositions musicales renversantes. Comme au Daily Mars, on aime vous parler de ce qui nous tient à cœur, on ouvre aujourd’hui un dossier sur les compositeurs qui nous ont fait vibrer et voyager. Aussi à l’aise sur le format série que sur celui du film, ils ont signé des partitions et des mélodies qui ne nous quitteront plus jamais.

 

 Taku Iwasaki

 

portraitParmi les génies musicaux dont nous vous avons fait part les semaines précédentes, il y en aussi d’autres, méconnus, talentueux, tel un bel arbre poussant comme il peut au milieu d’une forêt trop majestueuse. Nous connaissons leur travail, sans toutefois y mettre un nom définitif et quelle surprise quand on y découvre alors le pot aux roses. Taku Iwasaki appartient, et c’est bien dommage, à cette catégorie. Diplômé de l’Université des arts de Tokyo, la plus prestigieuse école de musique du japon, Taku Iwasaki, s’empare durant sa période estudiantine du prix du meilleur espoir par la Société Japonaise de Musique Contemporaine et quelques années auparavant, d’un premier prix de composition contemporaine des jeunes compositeurs.

 

Avec de bien beaux bagages en poche, quelques tentatives avortées dans le domaine des jeux vidéos et une entrée dans un groupe sommaire, ses premières participations dans le monde de l’animation marque alors d’emblée au fer rouge le public avec deux partitions grandioses. Tout d’abord en 1999, avec la splendide première série d’OAV de Kenshin Le Vagabond – Le chapitre de l’expiation, où le travail de Iwasaki, non content d’envoyer aux oubliettes la très mauvaise OST de la série TV, transcende littéralement les origines du samourai errant. Mélodies amples et puissantes, tonalité triste et utilisation magnifiée des violons, l’anime déjà grandiose devient alors exceptionnel grâce à l’apport extraordinaire de son OST.

 

 

Puis survient la même année L’autre monde, où Iwasaki, s’il décide de garder une tonalité similaire à son précédent travail, (au vu du sujet, quoi de plus normal), y apporte une touche plus moderne grâce l’utilisation de synthés mais marquera grandement les esprits à chaque fin d’épisode par son ending simple et beau à en tirer des larmes…

 

 

Expérimental, Iwasaki propose une orchestration à la fois moderne et ancestrale, mixant de nombreux tons au travers de ses travaux suivants. Il fait un détour incroyablement jazzy en signant en 2001 la BO de la série d’OAV Read Or Die, puis en 2003 pour l’adaptation de la série TV éponyme, grandement influencée par les sonorités James Bondienne de John Barry

 

 

C’est toujours en 2001 où l’artiste surprend par un virage léger par rapport à ses précédentes compositions, avec Witch Hunter Robin. Mystérieux, envoûtant et ensorcelant, le musicien dévoile un parti-pris aux assonances électriques sur certaines pistes, délaissant presque ses spirales jazzy, tout en accouchant de bien belles performances comme le splendide Flame ou encore Robin.

 

 

C’est aussi toujours cette même année, décidément un grand cru pour Iwasaki, que l’auteur revient avec la suite et fin des OAV de Kenshin Le Vagabond – Le chapitre de l’expiation. De nouveau, il signe une nouvelle partition absolument prodigieuse,  signant certainement l’une de ses plus belles réussites à ce jour, en particulier lors de son ultime piste, Eclipse.

 

 

En l’espace de deux années, Iwasaki impressionne par sa qualité de travail, subjugue par sa volonté à tirer des mélodies de grande richesse en se permettant toujours un si grand écart entre musicalité contemporaine et classique. S’ensuit une longue liste de projets commerciaux, extrêmement divers et variés dans le monde de l’animation pour lesquel il signera toutes les partitions: Get Backers, Yakitate! Japan, Black Cat, Keikkashi, et surtout 009-1 (Dont les réminiscences de Read or Die associé à celle d’un Lupin 3 teinte l’atmosphère générale grâce à un retour à son genre de prédilection, le jazz). Paradoxalement, son travail est moins notable dans ces registres beaucoup plus marketés. A l’exception de quelques morceaux d’excellence, rares sursauts créatifs dans un ensemble plus conventionnel, son travail basé sur des adaptations de mangas célèbres laisse à penser que l’auteur y est moins à l’aise que pour des œuvres créées de toutes pièces. L’avenir nous prouvera le contraire mais un long travail de maturation sera nécéssaire.

 

2006 atteste de cette volonté car on lui donne l’occasion de créer sa première bande originale pour le film Origine. Le paradoxe, c’est que si le long-métrage est une quasi-plantade, c’est bel et bien le travail de Iwasaki qui sauve les meubles de son oubli total, naviguant entre chuchotements lointains, piano clairsemé, et cordes pleines d’amertume. On retiendra surtout sa collaboration avec la défunte Kokia, nous enchantant avec des openings et endings des plus intéressants.

 

 

La même année, c’est via une production franco-japonaise intitulée Oban Star Racers que l’artiste embraye avec une partition plus mouvementée qu’à l’accoutumé. Avec des rythmes endiablés et un punch que l’on ne lui connaissait pas, cet album lui permet d’établir des sonorités futures pour son OST phare à venir, en l’occurrence celle de Teggen Toppa Gurren Lagann! 

 

Et c’est donc avec ce dernier en 2007 que Iwasaki éclate littéralement au grand jour! Avec le studio mythique de la Gainax comme fer de lance,  l’artiste, véritable binôme au projet démentiel de son réalisateur, à base de robots, de vrilles, de délires et de combats sans limites, fournit une oeuvre d’une musicalité magistrale! Son point d’orgue sera le fabuleux Libera Me from Hell, culminant le finish de la série dans un maelstrom sonore totalement insolent, en conjuguant  hip-hop et opéra! Raw raw Fight the Power!!!

 

 

Les projets  s’enchaînent et permettent encore au musicien d’affirmer sa volonté d’expérimenter de plus belle, encore une fois sur la seule et même année en 2008 avec trois séries! Que ce soit sur la suite en anime d’un jeu vidéo (Persona : trinity soul), l’adaptation de Soul Eater puis de Black Butler, il alterne ambiance calme et opéra de grande ampleur pour l’un, rap déchaîné et registre large de percussions pour le second et teneur quasiment clérical et gothique pour le troisième. Les trois animes possèdent en fait un même point commun, celui d’exploiter les errements de l’âme, avec une teneur sombre plus ou moins prégnante dans laquelle officient monstres, démons, et diables de toutes sortes. Était ce volontaire? Iwasaki surprend à s’emparer du même thème par trois fois et aboutit à trois dimensions différentes et uniques, apportant une richesse supplémentaire à l’univers de chacune de ces séries. Si auparavant nous reconnaissions des « tics » du musicien, bien malin maintenant celui qui devine qu’il est l’auteur de ces trois animes tant leur personnalités musicales sont aux antipodes.

 

 

Jusqu’à aujourd’hui, l’auteur n’aura de cesse de se réinventer maintes et maintes fois. Adoré par les studios japonais qui l’embauchent à tour de rôle pour des séries phares, Iwasaki continue de faire des merveilles avec entre autres Katanagari (2010), Jormungand, Jojo’s bizarre adventure (2012), ou encore Noragami et  Akame Ga Kill (2014). L’homme est protéiforme, un vrai couteau suisse de l’OST made in Japan que l’on pourrait comparer à certains moments avec la grande Yoko Kanno, la capacité vocale en moins, il est vrai.

 

 

Prolifique, capable de s’emparer d’univers incroyablement variés, d’expérimenter la musique tel un scientifique génial et fou à la fois, Taku Iwasaki fait partie de ceux sur qui il faut compter. Même s’il demeure dans l’ombre pour le grand public malgré ses quinze années d’activité déjà bien remplies, ses compositions éclairées et lumineuses font partie de celles que l’on oublie pas. Un grand artiste complet et qui n’a pas fini, loin s’en faut, de nous surprendre…

 

Les autres grands compositeurs par mes confrères, c’est aussi Kenji Kawai, Yoko Kanno et Joe Hisaishi.

 

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