#Critique Justice – Woman

#Critique Justice – Woman

Note de l'auteur

Le long chemin de croix de Justice, c’est cet écart entre les albums : 5 ans depuis Audio, Video, Disco. Et puis, la lumière faite féminine, avec ce troisième opus, Woman. Une approche certes différente, avec toujours la même finalité pour Xavier de Rosnay et Gaspard Augé : se faire plaisir. Ainsi, si Woman garde de la pyrotechnique sous le coude, ce n’est pas vraiment une prolongation de ses singles disco : Randy et le groovy Safe & Sound, ou la rencontre entre Cerrone et la slap bass de Louis Johnson, le tout monté sur ressorts.

Les confections de Woman puisent dans le même vivier glam-rock et prog-rock de ses aînés, à ceci près qu’ils se découvrent une fibre totalement live. Justice semble vouloir gommer ce qu’il a appris : des triturations d’arrangements dans leur home studio, il ne reste que quelques effets hypnotiques qui avaient cours dans les seventies et le début des années 80. C’est d’abord une longue collection de tunnels où surnage une ligne de basse de tueur (Alakazam!) et des chœurs envoûtants (Chorus) qui enveloppent une ligne de synthé à la Kraftwerk.

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Plus Woman tente de muter, plus il revient aux fondamentaux en fin de compte : faire suinter, amener la procession au centre du dancefloor. Une position hédoniste qui fait battre la mesure sur des claviers simili-Supertramp, comme sur Fire, bande-son officielle de l’hélicobite d’un amoureux lourdaud post-coïtum. Une approche du stadium-rock clairement à contre-courant, mais qui garde l’intégrité du son qui a fait leur succès.

Si les pièces montées sonnent comme des armes de destruction massive, Justice est un peu moins bon pour faire briller leurs intervenants vocaux. Morgan Phalen et Johnny Blake, deux des chanteurs employés pour Woman, semblent être des fonctionnaires du falsetto, chargés de ne jamais surnager au-dessus des compositions des deux Parisiens. Non pas que Justice soit là pour céder aux sirènes des superstars de la pop, mais l’anonymat relatif des voix arrête quelques titres aux portes du tube. Les chœurs qui sont devenus synonymes du groupe depuis D.A.N.C.E. se chargent d’imprimer les refrains en tête de l’auditeur, comme sur Stop.

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Et Justice embrasse à pleine bouche le kitsch romantique des années 70 sur quelques titres comme Close Call, mignon mais qui rappelle qu’avant cette lumière de fin, le tunnel a été long et physique. Ou encore la sirène de Love S.O.S., seul véritable ratage de ce pudding travaillé chez soi pour enflammer les pistes du monde entier.

Woman, c’est une confirmation aguicheuse pour deux petits malins qui cherchent d’abord à se faire plaisir avant de saborder la scène électro mondiale, couteau entre les dents. Une confortable visite dans un monde de glam-rock aux riffs XXL tout de cuir vêtu, mais qui manque un peu d’éclat et d’innovation dans ses tournants plus disco.

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