#Critique La Grande Muraille : Le mur de la honte

#Critique La Grande Muraille : Le mur de la honte

Note de l'auteur

Bien loin de ses fresques ambitieuses et intimistes, Zhang Yimou se perd dans un nanar vomitif d’une laideur rare. Même la star Matt Damon, représentatif de la bêtise constante du long métrage, ne sauve du néant cette production boursouflée et brouillonne.

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Dix ans après La Cité interdite, Zhang Yimou, à l’époque figure de proue du cinéma chinois, fait figure de repenti. Son dernier long métrage, Coming Home, petite perle dramatique aux envolées lyriques, est toutefois sorti dans l’indifférence générale. Désireux de porter un projet ambitieux, il revient donc avec La Grande Muraille, dont la production historique reste l’aveu d’un modèle convenu. Produit par Universal et Legendary Pictures (société désormais chinoise après un rachat onéreux), le film est une coproduction sino-américaine, au budget colossal de 135 millions de dollars. Dès lors, il devient la superproduction la plus chère de l’histoire du cinéma chinois ainsi que la promesse évidente d’une fresque spectaculaire et jouissive. Pour se faire, les majors hollywoodiennes et asiatiques vont user des caractéristiques propres aux productions asiatiques, tout en proposant une distribution plus bankable à l’international. L’histoire est simple. William et Pero, prétendus commerçants européens, cherchent à mettre la main sur la poudre noire, une arme de destruction massive conçue en Chine. Ils tombent alors face à un mur imposant, s’avérant être la Grande Muraille de l’Empire du Milieu, protégeant la population d’une invasion massive de créatures destructrices, les Tao Tei.

Symbole d’une alliance burlesque entre Hollywood et les rendements impressionnants du box-office chinois, La Grande Muraille est l’exemple parfait de deux éléments agréables qui, une fois mélangés, deviennent parfaitement indigestes. Ainsi, entre la démesure visuelle des productions asiatiques (La Cité interdite du même auteur, La Bataille de la montagne du tigre pour Tsui Hark) ainsi que l’héroïsme épique et naïf d’Hollywood (Troie de Wolfgang Petersen pour ne citer que lui), l’espoir d’une fresque fantastique n’a jamais été aussi intense. Pourtant, Zhang Yimou échoue lamentablement dans tous les points de son long métrage, sur le fond comme sur la forme. Par le mauvais goût évident des costumes (on pense constamment aux Chevaliers du zodiaque), la crétinerie exemplaire des personnages et une débauche visuelle absolument gratuite (merci la 3D bâclée), La Grande Muraille se pose en modèle d’échec.

Les personnages, pourtant le point fort habituel des productions asiatiques, traduisent à eux seuls la déconvenue du long métrage. Réduit à de simples caractérisations dignes des pires clichés de série Z nanardeuse, ils ne dépassent jamais leur condition archétypale, s’enfonçant dans la bouffonnerie la plus veine. Pour exemple, l’Empereur est présenté tel un adolescent pétochard tandis que le Commandant Lin Meï (interprété par l’angélique Jing Tian) se contente de rester mutique et incompétente dans les batailles. Même Matt Damon, acteur sélectionné pour sa capacité à amener le spectateur occidental dans les salles obscures, semble perdu dans un chaos esthétique, indigne des mockbusters du studio Asylum. Ce ne sont ni le récit, premier degré au possible, ni les seconds rôles en carton (Pedro Pascal et Willem Dafoe en roue libre) qui feront passer la pilule. On constatera également la fainéantise du scénario, incapable de mettre en haleine, malgré une durée n’excédant pas l’heure et demie, montre en main. La surprise est donc de taille, de lire les noms de Tony Gilroy, Edward Zwick ou encore Max Brooks au générique, pour une histoire aussi calamiteuse.

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Toutefois, la plus grande déception revient incontestablement à la mise en scène. Connu pour sa polyvalence, Zhang Yimou est un formaliste de talent, capable de proposer des spectacles grandiloquents (Le Secret des poignards volants, Hero) comme des récits intimistes émouvants (Coming Home, Vivre !). Dans La Grande Muraille, il se fourvoie comme rarement un auteur n’a pu le faire, dans un blockbuster sans saveur. Les scènes d’actions paraissent molles, les tentatives de démesure semblent faibles, le tout gardant une allure rudement artificielle. Privilégiant les CGI dégoulinants, Zhang Yimou trahit l’intérêt premier d’un tel spectacle : l’immersion. Ainsi, il paraît impossible de suspendre son incrédulité devant des créatures aux graphismes indignes d’une PlayStation 3 en fin de vie. Malgré une bande originale attrayante signée Ramin Djawadi (Game of Thrones, Warcraft) sous forme de cache-misère, le long métrage n’arrivera jamais à décoller. Pire, La Grande Muraille ne paraît jamais frustrant, comme si toute forme d’espoir était annihilée dès les premières minutes d’un film constamment ridicule.

Film abrutissant et laid, la Grande Muraille reste comme le premier échec de 2017 et la plus grande déconvenue de son auteur. Véritable constat d’urgence d’une production calamiteuse, c’est le mauvais goût qui culmine dans un récit jamais haletant ni même divertissant. La comparaison avec l’abject Gods of Egypt est inévitable, tant au niveau des polémiques douteuses de « whitewashing » que de l’infamie visuelle proposée. Une véritable catastrophe industrielle, ayant déjà récolté 160 millions de dollars dans son pays d’origine. Un score honorable pour un blokcbuster boursouflé et anecdotique, qui on l’espère, ne restera qu’un accident de parcours pour une production sino-américaine.

La Grande Muraille
De Zhang Yimou
Avec Matt Damon, Pedro Pascal, Jing Tian, Willem Dafoe…

Synopsis : Entre le courage et l’effroi, l’humanité et la monstruosité, il existe une frontière qui ne doit en aucun cas céder. William Garin, un mercenaire emprisonné dans les geôles de la Grande Muraille de Chine, découvre la fonction secrète de la plus colossale des merveilles du monde. L’édifice tremble sous les attaques incessantes de créatures monstrueuses, dont l’acharnement n’a d’égal que leur soif d’anéantir l’espèce humaine dans sa totalité. Il rejoint alors ses geôliers, une faction d’élite de l’armée chinoise, dans un ultime affrontement pour la survie de l’humanité. C’est en combattant cette force incommensurable qu’il trouvera sa véritable vocation : l’héroïsme.

En salles depuis le 11 janvier 2017


La Grande Muraille (The Great Wall) – Bande… par DailyMars

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