#Critique : La Tour sombre

#Critique : La Tour sombre

Note de l'auteur

Adapté de Stephen King, ce nanar cosmique s’apparente à une immersion dans un caisson d’isolation sensorielle. Ou comment passer 90 minutes dans une salle de cinéma sans n’avoir rien vu.

Walter (Matthew McConaughey) and Roland (Idris Elba) in Columbia Pictures THE DARK TOWER.

 

Ce n’est pas un film, c’est un trou noir. Dès le début de La Tour sombre, tu es aspiré dans une faille spatio-temporelle dont tu ressors 90 minutes plus tard lors du générique du fin, avec l’étrange impression de n’avoir rien vu, rien ressenti. Il y a bien un acteur qui ressemble à Idris Elba qui mime un cowboy plus balèze que Lucky Luke, un clone de Matthew McConaughey au visage lisse, comme s’il portait un masque de cire, qui gesticule, des péripéties sûrement variées à base de flingues et de balles qui ricochent dans tous les sens, des figurants qui roulent des yeux, des effets spéciaux zarbis, des millions de dollars qui clignotent, mais rien n’y fait, jamais pendant la projection, je n’ai pu m’intéresser à ce qui se déroulait sur l’écran, comme si le projectionniste faisait défiler un DCP vierge. Un brouillard. Le néant. Un naufrage total et absolu.

La tour sombre 2

Que penser d’un truc pareil ? Difficile à dire…

La Tour sombre a été « écrit » par quatre scénaristes. Des truffes comme Akiva Goldsman, coupable d’avoir torché des choses aussi honteuses que Transformers ou les Batman de Joel Schumacher, avec la collaboration d’un pote du réalisateur, le Danois Anders Thomas Jensen, auteur de choses subtiles comme After the Wedding. Tu imagines les réunions de travail entre ces mecs que tout oppose ? Les scènes sont disjointes, le récit incohérent, les acteurs s’endorment ou beuglent des répliques passionnantes comme (« The tower will fall ! »). Vu le résultat final, je pense également qu’une armée de scénaristes non crédités et des script doctors défoncés au calvados ont dû tenter de rafistoler le script pendant le tournage, pour un résultat sans queue ni tête, bas de plafond, avec de grands trous dans la narration. Car l’idée est quand même de tenter de condenser en 1h30 la grande œuvre de Stephen King : huit volumes écrits entre 1982 et 2012, quelque chose comme 5000 pages entre heroic fantasy, SF, western, polar et horreur. À l’arrivée, il reste donc une tour bien phallique qui sert de pilier entre plusieurs univers et Jake, un enfant avec « le shining » (oui, oui) capable potentiellement de la détruire. Jake rêve d’un HOMME EN NOIR qui veut abattre cette tour (pourquoi ? Parce que !) et d’un pistolero qui cherche à empêcher la fin du monde. La suite, c’est du papier peint, des gens qui gesticulent en Dolby Atmos, du rien 24 fois par seconde. Tout est toc, les rochers sont en carton, le méchant est puni, les gentils récompensés, la Terre qui est sauvée. Ouf !

Après avoir vu le film, Stephen King a écrit à Nikolaj Arcel, réalisateur de la chose : « Ce n’est pas exactement mon roman, mais on en retrouve l’esprit et le ton et je suis très content» J’aime beaucoup le « pas exactement » ! J’espère seulement que le chèque était plein de zéros, Stephen.

 

La tour sombre

La Tour sombre
Réalisé par Nikolaj Arcel
Avec Idris Elba et Matthew McConaughey.
En salles depuis le 9 août 2017.

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