République nanardière (critique du Crocodile du Botswanga)

République nanardière (critique du Crocodile du Botswanga)

Note de l'auteur

CrocodileAffSatire à tort et à travers dans le nouveau film du tandem Fabrice Eboué et Thomas Ngijol, deux ans après Case départ. Si ça fait parfois mouche, ça n’égratigne personne.

Leslie Konda, star émergente du football européen, est invité dans son pays natal le Botswanga pour y être décoré par le Président Bobo Bambibi et participer à une campagne de prévention du Sida qui lui apportera un conséquent bonus image. Dans son voyage, Le footeux est accompagné par son manager qui est contraint par Bambibi de le céder à l’équipe nationale botswangaise sous peine de finir dévoré par de charmants crocodiles baptisés Marine, Jean-Marie, Marion, etc, tous animaux de compagnie du dictateur.

Passage en revue

Le Saturday Night Live et le Théâtre du Splendide ont, parmi d’autres, amplement démontré que la scène est une des meilleures écoles du gag. Il n’est pourtant pas simple de passer de la stand-up comedy au film, d’éminents membres du Jamel Comedy Club en font ici les frais. A vouloir attaquer sur tous les fronts – néocolonialisme et françafrique, dictature et corruption, totalitarisme paranoïaque et nettoyage ethnique, transferts de joueurs et valises de billets – les auteurs ne se donnent pas les moyens d’aller au bout de chacun de leurs sujets (par exemple le foot, très vite on s’en fout). Un manque de persistance dû à un scénario qui sert davantage à joindre des idées disparates qu’à raconter une histoire, et qui tire du même coup le film du côté des nanars sympathiques. L’ensemble étant d’ores et déjà daté – en plus des crocodiles aux noms tendancieux, quelle curieuse idée de faire une vanne sur François Bayrou – que reste-t-il à se mettre sous la dent ? L’essence même du stand-up : le personnage et son interprétation.

© John Waxxx 2013

© John Waxxx 2013

Distribution de médailles

La République démocratique botswangaise est présidée par une sorte de synthèse de tous ces dictateurs corrompus pilleurs des richesses de l’Afrique post-coloniale que Thomas Ngijol se plait à agrémenter de lubies grotesques et d’élans paranoïaques certes drôles mais qui auraient gagné à être tant soit peu terrifiants, à l’image d’un Idi Amin Dada à la fois affable et d’une cruauté sans bornes. Le comédien n’apportant aucune nuance à son personnage – ce qui en limite nettement la portée – c’est finalement Claudia Tagbo, fendarde, qui donne du relief à ce dictateur de pacotille dont elle est à la fois l’épouse et l’éminence grise. Dans le registre de l’arriviste veule qu’est Didier le manager, Fabrice Eboué jongle hardiment entre le personnage tête à claques et le pauvre type attachant, le scénario lui accordant en prime une salutaire touche de mauvais goût grâce à un accessoire gonflable pas très original mais qui en a en réserve.

Au final la caricature proposée par Le Crocodile du Botswanga s’avère bien trop inoffensive pour persister par-delà le générique. Préférons une autre vision de la dictature, d’obédience certes plus totalitaire, celle du Royaume de Bubune dans Jacky au royaume des filles, le chef d’ œuvre de Riad Sattouf parvenant à démontrer toute l’absurdité de ce type de régime avec bien plus de grâce, d’humour et d’efficacité que le balai de chiottes du ministre des cabinets de la République du Botswanga.

En salles depuis le 19 février.

2014. France. 1h30. Réalisé par Fabrice Eboué et Lionel Steketee. Avec Fabrice Eboué, Thomas Ngijol, Claudia Tagbo, Ibrahim Koma, Franck de la Personne, Etienne Chicot

Le Crocodile du Botswanga – Bande-Annonce… par Lyricis

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