#Critique Le Cycle de Linn : fission du noyau familial

#Critique Le Cycle de Linn : fission du noyau familial

Note de l'auteur

Guerres intestines et spatiales, complots à tout-va et petits meurtres en famille : la Terre du double roman de Van Vogt ressemble à la Rome antique sur son déclin. Un homme néanmoins se détache du lot. Tant par son physique, rendu difforme par les radiations émises par les Dieux de l’Atome, que par son intellect.

L’histoire : Clane Linn est né difforme à cause des « Dieux de l’Atome ». Or, le mutant est aussi le petit-fils de l’Empereur. C’est pourquoi, malgré la pratique qui veut que l’on tue les mutants, il est élevé à la cour. Certes à l’écart, mais le destin l’a doté de capacités intellectuelles hors du commun, et semble vouloir le faire grimper dans l’échelle du pouvoir, sur fond de tentative d’unification du système solaire.

Mon avis : Composé de deux romans, L’Empire de l’atome (1956) et Le Sorcier de Linn (1962), ce cycle fleure bon la guerre froide et la peur de la destruction nucléaire. Et de « guerre froide » (expression créée par un autre écrivain, George Orwell, en 1945), il est finalement question dans cette œuvre du Canadien A. E. Van Vogt, dont le style évoque les grands auteurs de SF de son temps, notamment l’Anglais glacé Arthur C. Clarke.

Pas tant dans son fonctionnement propre, puisque les guerres de Linn sont bel et bien déclarées et consommées, que ce soit sur Terre ou dans l’espace. « Froide », car les actes des uns et des autres paraissent figés dans un intellectualisme paralysant. Un peu à la (future) manière du Frank Herbert de Dune (1965) et de son héros hautement cérébral, Van Vogt détaille ici, de sa naissance à l’accomplissement de son destin, le parcours de Clane Linn. Un homme qui, à sa naissance, semblait voué à la mort et qui contredira toutes les prédictions.

Tout cela est, donc, très (trop ?) cérébral. C’est un style, peut-être un peu suranné mais terriblement efficace, bien que lassant par moment. Plus intéressant, peut-être, est l’usage magique de l’atome et de la puissance des radiations. Une magie au plein sens du terme, les quatre dieux tutélaires de la civilisation de Linn ayant pour noms Uranium, Plutonium, Radium et Icks. Une magie qui voit les hommes réduits en poussière sous l’effet d’une puissance invisible, mais maîtrisée par le mutant Clane. Celui-ci, plongé dans un univers rappelant la Rome antique (mélange de complots, de meurtres et de guerres fratricides), tente pourtant d’assurer la survie de l’humanité sans devoir recourir à l’assassinat de ses ennemis. Ou comment, de l’atome, naît un homme à part qui pourrait bien sauver le monde.

Il manque seulement à cette œuvre majeure d’un auteur central de la science-fiction, pour qu’elle soit complète et définitivement passionnante, un peu de chair. D’humain. De vie physique plutôt que corticale. De viscères.

A. E. Van Vogt

Si vous aimez : dans les cycles plus récents (quoique celui-ci affiche déjà plus de deux décennies au compteur), on pourrait citer L’Assassin royal de Robin Hobb, pour son côté « l’irrésistible ascension sociale d’un homme que tout destinait à finir au ban de la société, plongé dans le marigot politique de son temps, non loin de son aïeul tout-puissant mais entouré de comploteurs ». J’arrête là, mais les ressemblances sont assez frappantes.

Extrait : « Cette question permit à Czinczar de souffler ; il ne s’était pas rendu compte à quel degré de tension intérieure il était parvenu. Après tout, pensa-t-il, la situation était assez simple. Il avait lancé une invitation publique aux savants du temple de venir veiller sur les « reliques de métal divin » qui étaient tombées entre les mains des conquérants. C’était une proposition habilement formulée, destinée à gagner l’approbation générale des vaincus, même si elle menait le savant du temple à consommer sa propre perte. La seule condition formulée, en termes extrêmement prudents, était qu’en échange du privilège de veiller sur les reliques, les expériences se poursuivraient comme si la guerre n’avait jamais eu lieu.
– Les dieux, déclarait pieusement Czinczar dans son invitation, sont au-dessus des vaines querelles humaines. »

Le Cycle de Linn
Écrit par Alfred Elton Van Vogt
Édité par Mnémos

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