#Critique : le folklore de l’effroi (Lore s1 / Amazon)

#Critique : le folklore de l’effroi (Lore s1 / Amazon)

Note de l'auteur

En ce jour d’Halloween, pourquoi ne pas aborder le spectre de l’horreur par ses fondements ?! C’est justement ce que propose Lore, une anthologie sur le mode du docufiction, visible sur Amazon depuis le 13 octobre. Malgré une exécution très inégale, son auteur évalue de manière remarquable nos plus grandes hantises.

Avant d’être déclinée pour le petit écran, Lore a d’abord été imaginé comme un podcast qui compte (au moment de l’écriture de ces lignes) 72 entrées. Aaron Mahnke, son créateur, a rencontré avec ce médium un franc succès qu’il a ensuite prolongé par une série de trois livres recueillant / prolongeant ces récits audio, des représentations sur scène et donc désormais une série pour le compte de Prime Video.

Mahnke est avant cela un romancier officiant sur le registre du thriller surnaturel au sens large. Passionné très jeune par le folklore du macabre en tout genre, il parcourt très tôt des ouvrages décrivant la moindre manifestation étrange pourvu qu’elle soit née dans un contexte réel et/ou historique. Devenu écrivain, il amplifie ses recherches et collecte de nombreuses anecdotes qu’il compile sans trop savoir qu’en faire.
Comme il réside dans la région de la Nouvelle-Angleterre (non loin de Salem, tiens, tiens…) il envisage d’abord de partager ses trouvailles dans une publication à portée locale. Son initiation au podcast lui fait l’effet d’une révélation et c’est ainsi que naît Lore, qu’il continue aujourd’hui d’animer de manière indépendante.

Contrairement à ses romans établis sur de la fiction, Mahnke a construit Lore sur des sujets parfaitement authentiques. Le principe de son podcast qu’il décline ici dans cette adaptation consiste à développer un thème au travers d’un ou plusieurs récits caractéristiques. Les sujets abordés sont très variés et la saison 1 le démontre en enchaînant sur l’influence des morts, les asiles et le traitement de la folie, les superstitions, la communication avec la vie post mortem, le loup garou ou bien encore la projection sur les objets. Dans chaque cas, Mahnke décrit soigneusement des situations et événements historiques concrets tous plus passionnants les uns que les autres.

Mais malgré la force de son sujet, Lore est ici difficilement adapté. Alors que Mahnke continue d’en assurer la narration, la transposition de sa voix est un premier écueil spectaculaire. La chaleur et la proximité du ton qu’il emploie pour le podcast sont remplacées par une logorrhée mécanique et distante. Il faut sans doute y entendre le désir d’apporter une élocution la plus compréhensible possible, mais ce choix a pour conséquence directe de nuire à toute la saveur de son récit.

La déclinaison visuelle est également diversement réussie. La construction protéiforme assemblant des images d’archives, des reconstitutions avec acteurs et des séquences animées convient idéalement pour l’exercice. Le travail d’animation (épisode 1 et 5) est particulièrement poignant. Il constitue une illustration ainsi qu’une source d’ambiance fantastique.
Par contre, les passages qui retranscrivent avec acteurs les éléments de récit sont moins convaincants. Il faut admettre que Mahnke refuse toute dimension à spectacle. N’y cherchez donc pas la présence du moindre « jump scare ». Les actrices et acteurs ainsi que la mise en scène ne sont pas spécialement à pointer du doigt. On s’aperçoit surtout du caractère modeste des productions engagées. Notre période faste étant ce qu’elle est, dès qu’il s’agit de reconstitution d’époque, le téléspectateur est désormais exigeant et le moins que l’on puisse dire de Lore, c’est que l’ambition de cette transposition à l’écran n’est pas au rendez-vous.

Néanmoins la forme ne nuit pas à la valeur du contenu. La force de Lore demeure cette faculté à démontrer l’absurdité et parfois l’aléatoire dans la création d’un motif effrayant. La série signale également le caractère prépondérant de croyances incohérentes dans cet espace – pas très malin, il faut le reconnaître – de notre cerveau, ce terreau fécond aux mécanismes de l’horreur.

Avec un travail de recherche historique saignant (si je puis dire !), Lore mériterait vraiment un petit coup de pouce côté production. Peut-être pour une éventuelle saison 2 ?

Correspondance des épisodes :
s01e01 They Made a Tonic – Podcast ép. 1
s01e02 Echoes – Podcast ép. 6
s01e03 Black Stockings – Podcast ép. 11
s01e04 Passing Notes – Podcast ép. 37
s01e05 The Beast Within – Podcast ép. 3
s01e06 Unboxed – Podcast ép. 15

LORE (Amazon Prime Video) Saison 1 en six épisodes
disponibles depuis le 13 octobre en version originale sous-titrée en français (la version française sera disponible le 1er décembre).
Série créée par Aaron Mahnke
D’après le podcast du même nom.
Série écrite par David Chiu, David Coggeshall, Jeff Eckerle, Tyler Hisel, Marilyn Osborn, Glen Morgan et Patrick Wall.
Série réalisée par Nick Copus, Darnell Martin, Michael E. Satrazemis et Thomas J. Wright.
Avec Robert Patrick, Holland Roden, Colm Feore, Kristin Bauer van Straten, Cathal Pendred, Campbell Scott, Adam Goldberg, Nadine Lewington et Kristen Cloke.
Musique originale de Chad Lawson.

Visuel © Amazon Studios, Propagate Content & Valhalla Entertainment.

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