#Critique Le Vétéran de Franck Giroud et Gilles Mezzomo

#Critique Le Vétéran de Franck Giroud et Gilles Mezzomo

Note de l'auteur

Waterloo n’est pas une morne plaine pour tout le monde. Blessé lors de cette grande défaite impériale, un grognard en perd son identité. Qui est-il vraiment ? Celui qu’il croit, celui qu’on lui fait croire qu’il est ? Une poule n’y retrouverait pas ses petits dans ce récit aussi flippant que passionnant.

2143_P1L’histoire : Maxime Danjou aka Sang de bœuf, se réveille au Val-de-Grâce dans un drôle d’état en juin 1815. Avec d’importants troubles de la mémoire et un uniforme qui ne lui appartient pas. À peine sorti de l’hôpital, une rixe le conduit chez les pandores. Là, une femme vient le chercher et le reconnaît comme Théodore Brunoy, colonel de l’armée napoléonienne. Qui croire ? Que croire ? Amnésie, manipulation, cauchemar ? Quête d’identité vertigineuse.

Mon avis : pieds et poings liés ! On est pris dans cette énigme du début à la fin. La dimension psychologique est prégnante de la première bulle à la dernière. La mise en abyme du personnage est totale et on se demande s’il ne va pas tourner « loco » dans ce premier tome qui en appellera un second et dernier. Convaincu d’être quelqu’un que personne ne reconnaît avec de plus en plus d’indices qui indiquent qu’il n’est pas celui qu’il prétend être… Cette quête effrénée de vérité pourrait le perdre. Surtout qu’une machination est peut-être ourdie contre sa personne. Le trouble ultime intervient à la toute fin de cette BD avec l’assassinat de la femme, « sa » femme, à qui il vient de faire l’amour. Avec tout près de lui un sabre ensanglanté. Nul doute, on attend avec impatience la suite.

On est aussi au début de la science de ceux qu’on appelle les aliénistes qui évoquent une amnésie extrême avec transfert de personnalité. Pas illogique quand celui que le personnage principal croit être sort des guerres napoléoniennes avec le statut de héros et que celui que les autres voient en lui est un couard qui a abandonné ses hommes au milieu du gué. Pas loin non plus de ce qu’on nomme aujourd’hui trouble de stress post-traumatique avec ces vétérans qui sont encore un peu là-bas et pas totalement rentrés chez eux.2143_P2

Si vous aimez : The Truman Show de Peter Weir.

En accompagnement : Je ne suis pas celui que tu crois de l’illustre inconnu Fabien Martin. Bon en vrai, il a quand même fait les premières parties de Nolwenn Leroy, Francis Cabrel ou Michel Jonasz

Autour de la BD : difficile de présenter Frank Giroud, féru d’histoire, et scénariste protéiforme. Quand il est à la baguette, la petite histoire ne déçoit que rarement. Le trait de Gilles Mezzomo est plaisant.

Extraits : « Oh ! Colonel Brunoy ! Que nous vaut l’honneur de votre visite ? »

« Vous… Vous me reconnaissez ? »

« Dame ! J’ai passé suffisamment de temps sur votre portrait ! Mais vous n’avez pas l’air bien, suivez-moi. »

2143_P3« Et là-dessus, vous prétendez me reconnaître alors que moi, je… Je ne me souviens absolument pas de vous ! »

« Je comprends combien ces pertes de mémoire peuvent être douloureuses, mais… Songez que vous auriez pu périr sur ce maudit champ de bataille ! En revenir défiguré ou amputé ! »

« Parfois, je me demande s’il n’aurait pas mieux valu. »

Le Vétéran (t.1)
Écrit par Frank Giroud
Dessiné par Gilles Mezzomo
Édité par Glénat

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