#Critique Lemmy The Movie

#Critique Lemmy The Movie

Une silhouette trapue, vêtue de jean noir et coiffée d’un chapeau de cow-boy déambule au milieu des rayons d’un disquaire. L’homme s’arrête devant le stand consacré aux rééditions des Beatles et semble contrarié par ce qu’il y trouve. Ou plutôt par ce qu’il n’y trouve pas… Il aborde un vendeur et lui demande s’il est possible de se procurer le coffret des rééditions Mono des albums des Fab Four. Perplexité du vendeur qui va se renseigner auprès de sa patronne, une patronne qui vient trouver le client en personne afin de lui offrir son propre exemplaire de l’objet, le seul du magasin. Ainsi va la vie de Lemmy Kilmister, leader emblématique de Motörhead et symbole du rockn’roll way of life dans le monde entier, un client décidément pas comme les autres…

La stéréo c'est pour les fillettes

La stéréo c’est pour les fillettes

Cette anecdote qui ouvre le documentaire de Greg Olliver et Wes Orshoski décrit à merveille le personnage et le contenu du film des deux réalisateurs américains, qui est à la fois un portrait de Lemmy mais également une réflexion sur ce qu’est le rock’n’roll en général au travers du regard d’un homme unique en son genre qui, selon sa propre expression, se « rappelle du temps où le rockn’roll n’existait pas encore ».

Car, aussi étonnant que cela paraisse, Lemmy se souvient de tout, ou presque. De l’époque où les disques étaient encore un « truc de bonnes femmes » destinés à divertir ou à faire passer le temps, de l’arrivée d’Elvis Presley qui changea tout, de l’explosion des Beatles dans les années 60 dont Lemmy est resté un fan inconditionnel, et puis du reste… Posant un regard étonnamment lucide et détaché sur sa propre carrière, il parle de ses premiers groupes, de ses années de roadie et de la rencontre avec Jimi Hendrix (qui l’impressionna fortement tant par son talent que pour sa consommation de groupies et d’acide), de son passage au sein d’Hawkwind qui l’amena à fonder Motörhead suite à une éviction qu’il n’a toujours pas digéré trente ans après les faits.

Allez, une dernière !

Allez, une dernière !

Lemmy est comme ça, entier, immuable et à l’époque apparemment increvable. Quand de nombreuses rock stars de sa dimension vivent loin du reste du monde, enfermés dans des villas de millionnaires sur les hauteurs de Los Angeles, lui habite un appartement indescriptible, véritable musée rempli de trophées hétéroclites, au cœur même de la cité des anges. Lorsqu’il n’est pas en tournée, on peut le voir tous les jours au Rainbow, son bar favori, vissé sur un tabouret au bar en train de jouer à un jeu vidéo préhistorique dont il détient tous les highscores ! Et puis pour se détendre le week-end, il emprunte un tank et va tirer au canon dans la campagne…

Henry Rollins, l'homme qui aime encore les K7

Henry Rollins, l’homme qui aime encore les K7

C’est ce genre de détails que l’on apprend, éberlués, en découvrant ce film. Ceux-là, et bien d’autres, relatés par l’intéressé ou par ses nombreux amis qui témoignent face à la caméra, des « collègues » comme Dave Grohl, les mecs de Metallica, Slash et Duff McKagan (Guns N’ Roses), Mick Jones (The Clash), Ozzy Osbourne, l’éternel Henry Rollins ou encore Joan Jett (entre autres, la liste est interminable) mais aussi des personnalités diverses comme l’acteur Billy Bob Thornton ou le catcheur Triple H. Une sacrée galerie de portraits pourtant reléguée au second plan lorsque Lemmy confesse son amour pour son fils en présence de ce dernier devant les auteurs qui ont du mal à réaliser ce qui se passe devant leurs yeux… Car c’est aussi cela, Lemmy.

Lemmytallica

Lemmytallica

Et la musique dans tout ça ? À l’exception de quelques extraits de concerts de Motörhead et d’un jam monstrueux avec ses disciples de Metallica enregistré à Nashville, il y en a assez peu dans ce film car, vous l’aurez déjà compris, là n’est pas le sujet. On pourra cependant se reporter aux bonus gargantuesques présents sur le Blu-ray pour compenser le manque, un manque pas si grave que cela au final puisqu’en sortant de Lemmy, on a le sentiment d’avoir vécu un véritable moment de cinéma, mille fois plus riche qu’un biopic et infiniment plus réjouissant et enthousiasmant.

Si on vous demande un jour ce qu’est le rock’n’roll, vous saurez désormais que la réponse tient en cinq lettres…

Partager