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On a lu… Les archives de la Suicide Squad (T.1) de John Ostrander et Luke McDonnell

On a lu… Les archives de la Suicide Squad (T.1) de John Ostrander et Luke McDonnell

Note de l'auteur

Oubliez le film et le récent comic pour repartir en arrière à une époque que les moins de vingt ans ne veulent pas trop connaître. Plongez dans les Archives de la Suicide Squad et ne vous y trompez pas, voilà la seule et unique série valable consacrée aux 12 Salopards versions super-pouvoirs.

 

les-archives-de-la-suicide-squad-t1-2Plus de quatre ans après son arrivée dans le paysage éditorial français, on peut dorénavant constater les bienfaits de la stratégie d’Urban Comics basée sur un retour en arrière progressif et accompagné dans la découverte du catalogue de DC Comics. L’actualité cinématographique est également un atout considérable, mais en guidant le lecteur vers le passé étape par étape, l’éditeur donne suffisamment de clés pour encourager à la lecture des œuvres qui n’auraient pas forcément beaucoup d’échos si elles avaient été balancées telles quelles dans les rayonnages.

 

Après une année consacrée à la saga Infinite Crisis, le lecteur (re)découvre depuis quelques mois l’étape historique précédente à savoir Crisis on Infinite Earths et fort de cette solide base, Urban peut débuter l’exploration d’une période de renouveau créatif incroyable mais qui fut quasiment peu édité en France¹. Preuve en est aujourd’hui avec Suicide Squad de John Ostrander et Luke McDonnell, une « petite » série dans les faits qui se révélera, le temps passant, comme une œuvre influente pour beaucoup d’autres.

 

Quand tout a échoué. Il reste la Suicide Squad.

 

les-archives-de-la-suicide-squad-t1-3Si le scénariste profite du crossover Legends (publié en France dans La Légende de Darkseid) pour introduire la Suicide Squad, c’est dans le premier épisode de la série éponyme qu’il donne le ton². Face à un puissant groupe terroriste dont la dangerosité prend à la gorge dès les premières pages (cela d’autant plus dans notre contexte politique actuel), l’inflexible Amanda Waller, adoubée par le président Reagan, décide de « pérenniser » l’escadron suicide. Basé à Belle Rêve (une prison pour super-vilains), ce groupe hétéroclite est composé en partie d’anciens repris de justice à qui une offre qu’ils ne peuvent refuser est faite : participer à une mission où très peu peuvent espérer revenir vivant en échange de voir leur peine diminuée voire même annulée.

 

Si le principe n’est pas nouveau (il suffit juste de penser au génial Les Douze Salopards de Robert Aldrich avec les belles gueules de Charles Bronson, Lee Marvin, Donald Sutherland etc.) et que Chris Claremont a tâté de l’idée avec la Freedom Force dans Uncanny X-men #199 deux ans auparavant, c’est avec Suicide Squad que John Ostrander va véritablement construire sur la durée un univers passionnant. Cela tient en premier lieu au caractère imprévisible de la série basée sur un casting de personnages bien choisis qu’il va développer au point qu’on en oublie aujourd’hui qu’un vilain tel que Deadshot était un quasi inconnu avant 1987.

 

les-archives-de-la-suicide-squad-t1-5En privilégiant des personnages qui tiennent plus du méchant de bas étage que du Joker en puissance, la série s’offre une grande liberté créatrice et s’en sert dès ses débuts en montrant que personne n’est à l’abri de mourir. Ce caractère imprévisible court tout du long des épisodes et va toucher des personnages qu’on aurait pu croire épargnés par le concept. De fait, ce sentiment de vivre sur la corde raide va contribuer à créer ou renforcer des personnalités à sang chaud. Chaque mission donne lieu à des interactions fortes et en tant que lecteur, le sentiment de voir un brasier prêt à s’embraser à tout moment est un sentiment véritablement palpable.

 

John Ostrander et le dessinateur Luke McDonnell, vont également entourer ces super-collants penchants du mauvais côté de la loi de toute une galerie de seconds rôles intéressants. Que ce soit Amanda Waller, le directeur Economos, les docteurs Lagrieve et Herrs ou bien encore Briscoe, tous participent à rendre vivante la série. Ce casting « humain » rend d’autant plus vraisemblable les péripéties extraordinaires de l’équipe que celle-ci va être composée de personnalités diverses. Alors que Captain Boomerang se pose comme une belle enflure, Deadshot semble révéler une nature beaucoup plus ambiguë. Prisonnier de leurs démons, l’Enchanteresse et le Tigre de Bronze semblent être les deux faces d’une même pièce. Brillante par sa capacité à naviguer dans les eaux troubles sans jamais céder à un quelconque manichéisme, Suicide Squad se pose enfin comme une série politique et critique de son époque avec comme ligne de mire le gouvernement Reagan et sa politique économique et sociale désastreuse dont les effets à long terme se font sentir sur la fin de son mandat au moment où commence la série (et si cela vous rappelle des choses actuelles chez nous, c’est normal).

 

Composée d’histoires bouclées en un épisode ou bien courant sur trois ou quatre numéros ainsi que de récits faisant partie d’un crossover ou d’une saga événementielle (on saluera au passage les remises dans le contexte effectué par Urban), Suicide Squad reste un modèle de construction de récit sur la durée tout en proposant une équipe hétéroclite a qui les groupes et héros badass et proactif des années 90 peuvent payer un tribu.

 

 

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Les archives de la Suicide Squad – Tome 1 (DC Classiques, Urban Comics, DC Comics) comprend les épisodes US de Suicide Squad #1 à #16, Secret Origins #14 & #28, Doom Patrol/Suicide Squad #1 et Justice League International #13

Écrit par John Ostrander (Suicide Squad #1 à #16 et Secret Origins #14), Paul Kupperberg (Doom Patrol/Suicide Squad #1), Robert Greenberger (Secret Origins #28) et Keith Giffen & J.M. DeMatteis (pour Justice League International #13)

Dessiné par Luke McDonnell (Suicide Squad #1 à #16 et Secret Origins #14), Erik Larsen (Doom Patrol/Suicide Squad #1), Rob Liefeld (Secret Origins #28) et Keith Giffen (pour Justice League International #13)

Prix : 35 €

 

 

 

 

 

¹ Du fait de l’arrêt des revues d’Arédit et de la non reprise de la licence par un autre éditeur. On se plaît encore à rêver ce qu’aurait pu faire à l’époque Lug avec une revue proposant Superman de John Byrne, Flash de Mike Baron, Justice League International de Keith Giffen & J.M. DeMatteis et Wonder Woman de George Pérez.

² On conseillera d’ailleurs au lecteur de la présente édition de mettre de côté l’épisode qui ouvre le volume (Secret Origins #14) et qui raconte le passé de Rick Flag pour commencer directement avec Suicide Squad #1.

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