#Critique Les Bracas : Goonies version Metallica

#Critique Les Bracas : Goonies version Metallica

Note de l'auteur

L’illustration de couverture de Julien Solé exprime la quintessence des Bracas de Dylan Pelot : une bande de jeunes façon Goonies mais un peu plus âgés que dans le film, sapés comme les fans de hard-rock qu’ils sont, accrochés à des tentacules baveurs pour la touche fantastique.

LesBracas_orgL’histoire : Sacha et ses “Bracas”, nom de sa bande de potes, ont quelques passions communes : le heavy metal, le cinéma “bis” (films d’horreur et autres Jackie Chan). Sacha y ajoute les effets spéciaux et une envie dévorante de cinéma. Leur projet : tourner un court métrage d’horreur essentiellement centré sur la fabrication d’effets (qu’ils espèrent) brillants, de quoi lancer leur carrière commune. Mais la maison où Sacha vit avec sa mère est régulièrement visitée, il découvre que des toiles peintes par feu son père ont été déplacées…

Mon avis : Il faut peut-être avoir eu 17 ans dans les années 80 (ou avoir été ado/enfant et bénéficié des goûts avant-gardistes d’un grand frère ou d’une grande sœur : c’est d’ailleurs un peu de la vie de mon propre grand frère que j’y ai découvert) pour profiter pleinement de ce très beau roman d’initiation. Il y a beaucoup des Goonies dans ce livre, une parenté illustrée avec talent et humour par Julien Solé dans son illustration de couverture. Sauf que les Mickey et autres Mouth sont désormais de grands ados surnommés Cha, Pilpoil, Zinzin, P’tit Ji, Fox et Taquet. Sans oublier le chat Ozzy.

C’est aussi tout l’amour des VHS, trésors perdus des vidéothèques, que Dylan Pelot exprime ici. Les sorties inespérées, les boîtiers avec ou sans l’élastique autour (signe que la vidéo est disponible ou pas), une façon de mater Ghostbusters si on l’a raté lors de sa sortie au cinéma. Et de préférence avec les potes, car c’est peut-être bien le plus important. Les “Bracas”, comme ils ont été baptisés, sont des Goonies en diable, qui auraient écouté Black Sabbath, Metallica, Anthrax et consorts, regardé Lucio Fulci, Romero et Jackie Chan au lieu de faire du vélo du côté d’Astoria.

Il y a cette forme d’insouciance, voire de naïveté (avec tout ce que ce terme peut receler de positif), très eighties dans Les Bracas. Soulignée d’un style limpide, drôle, jamais emprunté. Un style qui regorge de sincérité pour son matériau. Comme si Dylan Pelot s’était raconté, lui et toute sa génération, à travers ce roman. Et si la fin peut décevoir (c’est le cas, malheureusement), il ne faut pas oublier que l’essentiel n’est pas là : Les Bracas, c’est avant tout un très beau roman français digne de ses aînés américains, et un plaisir de lecture absolu.

Si vous aimez : les films amerloques des années 80 (Goonies, War Games, Explorers, mais aussi, en vrac, les films de kung-fu à la Bruce Lee et Jackie Chan et les grands films d’horreur italiens), le heavy metal, et que le fantastique s’invite, pour une fois, dans un trou perdu de la France profonde avec des noms aussi improbables que Grollo-sur-Moselle, Friche-Envrac et Latatouille).

Pelot_Babelio

Dylan Pelot (c) Babelio

Autour du livre : Dylan Pelot est mort bien trop tôt, à l’âge de 44 ans, d’une rupture d’anévrisme à Nancy. Il était le fils de l’écrivain Pierre Pelot, auteur d’une quantité astronomique de livres. Dylan (de son vrai nom Pierre-Dylan Grosdemange, si l’on en croit sa page Wikipedia) et Pierre Pelot ont d’ailleurs signé ensemble la série Vincent, écrite par le père et illustrée par le fils. On ne peut que rêver de ce que Dylan Pelot aurait pu écrire d’autre s’il avait vécu plus longtemps… Tout est dit par Pierre Pelot dans sa « chronique dominicale » signée peu après dans Vosges Matin et qu’il consacre à la disparition de son fils. Un homme qu’on aurait voulu, du coup, nous aussi, connaître.

Extrait : « Des punks, des new wave, des funky, quelques restes de baba cool et, en grande majorité, des “sans étiquette” composaient la foule agglutinée entre le bastringue et le coin où les Bracas avaient pris racine. C’était un beau spectacle, toute cette jeunesse bravant les intempéries, risquant leur vie pour décompresser après une semaine d’étude, de travail peu reluisant, ou de pas grand-chose. Ça sentait l’insouciance, la joie de se retrouver pour rire et danser, mater et draguer, voire plus si affinités. Les Bracas contemplaient l’insupportable manège depuis leur bulle hermétique. Lorsque le moment venait d’aller chercher une tournée générale, deux des membres de la bande prenaient leur courage à deux mains pour affronter la foule, faisant au mieux pour que l’immersion en terre ennemie soit la plus courte possible. Ils s’en retournaient les mains pleines de canettes de bière qu’ils distribuaient aux autres puis les sirotaient silencieusement. Tout chez eux laissait à penser qu’ils venaient là pour montrer leur envie d’être ailleurs. »

Les Bracas
Écrit par Dylan Pelot
Édité par Bragelonne

Partager