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#Critique Les Chants de la Terre lointaine : comme échos d’un univers glacé

#Critique Les Chants de la Terre lointaine : comme échos d’un univers glacé

Note de l'auteur

Une longue nouvelle, un synopsis de film puis un roman : Arthur C. Clarke a donné plusieurs vies à ses Chants de la Terre lointaine. Le roman, en tout cas, confirme en partie l’image d’un auteur plus à l’aise avec les concepts et l’esprit qu’avec les sentiments et les corps.

Chants de la Terre lointaineL’histoire : Dans un futur très lointain, la Terre a disparu, carbonisée par un Soleil transformé en nova. Plusieurs siècles auparavant, l’humanité a néanmoins lancé dans l’espace des vaisseaux-semeurs, chargés de répandre les gènes humains afin de recréer, ailleurs, de nouvelles civilisations. Or, juste avant la disparition de la Terre, l’homme a enfin découvert le moyen d’atteindre une vitesse relativement proche de celle de la lumière, ce qui permettait d’envisager des voyages « habités » (bien que les colons soient placés en état de cryogénisation).

Le roman débute avec l’arrivée du Magellan, le dernier vaisseau envoyé par la Terre avant de mourir, à proximité de Thalassa, planète colonisée voici longtemps par un vaisseau-semeur. Et dont les habitants, les Thalassans, ne pensent à leur Terre originelle que sous forme de légende. L’équipage du Magellan doit prendre contact avec cette civilisation à la fois proche et étrangère, et réparer son bouclier protecteur afin d’assurer la fin de son voyage vers Sagan 2, sa destination.

Mon avis : Autant le dire tout de suite, Arthur C. Clarke est à la fois un immense écrivain et un piètre raconteur. Ce n’est pas tant que son écriture est froide, dénuée d’expressions sentimentales, voire du naturel le plus basique : c’est qu’il semble souvent ignorer comment on raconte une histoire. Comment attirer l’attention du lecteur, attiser sa curiosité, l’obliger à avoir envie d’en savoir plus sur les personnages, l’histoire, les événements qui vont suivre et les causes qui en expliquent le déroulement.

Prenez un Stephen King. Tous ses livres ne sont pas parfaits – certains ne sont même pas bons – mais quasiment à chaque fois, il parvient à vous prendre par la main, par le cœur ou par les tripes, et à vous emmener où il en a envie. Sur plus de mille pages ou moins de quinze. À l’inverse, Arthur C. Clarke a toujours beaucoup de choses à dire, mais ses œuvres ressemblent plus à des exposés qu’à des fictions.

Arthur C. Clarke

Arthur C. Clarke

Ce constat assez dur – et guère original, il faut l’avouer – ne vaut pas totalement pour Les Chants de la Terre lointaine, ceci dit. Clarke, au bout de quelques pages, parvient à instaurer un dialogue intéressant entre les Thalassans et les passagers du Magellan. Il en résulte un récit choral à deux voix principales (celle de la nouvelle Terre qui n’a jamais connu l’ancienne, et celle des Terriens d’origine qui ont vu leur système solaire partir en fumée), dont les acteurs s’opposent ou s’attirent. L’amour est-il possible entre deux créatures que des siècles séparent ? L’équipage du Magellan doit-il repartir de Thalassa pour remplir une mission décidée il y a si longtemps, ou rester et jouir de ce paradis, au risque d’en troubler l’harmonieux développement ?

Certaines situations relèvent malheureusement du cliché (le roman a été publié en 1986, né d’une longue nouvelle écrite en 1957), tout comme les relations sentimentales. Comme si Clarke avait lu “Les Sentiments humains pour les Nuls” avant de les décrire… En ressort un texte un peu terne, manquant d’intensité, bien qu’intellectuellement intéressant et s’offrant parfois (rarement) quelques envolées lyriques (voir extrait ci-après). Il n’est évidemment pas question ici d’opposer froideur de l’écriture et intensité du récit. James Ellroy est un écrivain fabuleux, un raconteur incroyable et d’une froideur à glacer le Serengeti.

Si vous aimez : Arthur C. Clarke incarne presque un pan de la littérature à lui seul. On ne saurait néanmoins manquer de citer Stanley Kubrick et son 2001, Odyssée de l’espace, bien sûr, film adapté d’une nouvelle de Clarke datant de 1951. Kubrick est d’ailleurs une preuve supplémentaire qu’une certaine froideur narrative n’empêche pas une vraie incandescence du récit.

Mike Oldfield, The Songs of Distant EarthAutour du livre : Dans son introduction au roman, l’auteur indique avoir écrit celui-ci en réaction (négative) à « la pléthore de feuilletons spatiaux à la télévision et au cinéma ». Et ce, tout en avouant avoir « beaucoup aimé le meilleur de Star Trek et les épopées Lucas-Spielberg ». On rétorquera qu’au moins, ces derniers savaient captiver leur auditoire… Dernier détail, Mike Oldfield (Tubular Bells) a sorti en 1994 un album entièrement inspiré de la nouvelle Songs of a Distant Earth, album qui porte à peu près ce même titre.

Extrait : « Pour des légions d’auditeurs, le concert était un rappel de choses qu’ils n’avaient jamais connues, qui appartenaient à la Terre seule. Le lent battement de puissantes cloches, montant comme une fumée invisible des clochers des cathédrales ; la chanson de pêcheurs patients, dans des langues maintenant perdues à jamais, ramant contre la marée dans les dernières lueurs du jour pour rentrer au port ; les chants des armées marchant à la bataille, que le temps avait privées de leurs souffrances et de leurs maux ; le murmure de dix millions de voix alors que les grandes métropoles de l’humanité s’éveillaient pour saluer l’aube ; la froide danse des aurores boréales sur des mers de glace infinies ; le rugissement des puissants moteurs poussant des engins sur la route des étoiles. Tout cela les auditeurs l’entendaient dans la musique surgissant de la nuit… les chants de la Terre lointaine, transportés à travers les années-lumière… »

Les Chants de la Terre lointaine
Écrit par Arthur C. Clarke
Édité par Bragelonne

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