• Home »
  • BOOKS »
  • #Critique Les Papillons géomètres : des insectes aux ailes de plomb
#Critique Les Papillons géomètres : des insectes aux ailes de plomb

#Critique Les Papillons géomètres : des insectes aux ailes de plomb

Note de l'auteur

Christine Luce publie Les Papillons géomètres aux moutons électriques. Un livre à la présentation soignée mais un roman au contenu ambigu, à la fois prouesse musculaire et statue de bronze lourde et creuse. Trop d’adjectifs tuent le style… et la lecture.

papillons-geometresL’histoire : Eve a disparu corps et biens voici cinq ans. Depuis, grâce à une médium, son mari John Blake la retrouve une fois par an. Cette année, elle n’apparaît pas… Blake disparaît à son tour, et la médium se lance sur sa piste, entourée de son assistante ultra-perceptive, du cousin de la disparue et d’un esprit plutôt atypique surnommé l’Enquêteur.

Mon avis : Résumée ainsi, l’histoire des Papillons géomètres laisserait attendre une aventure à la fois rétro et exotique, mêlant le fog londonien d’un Sherlock Holmes (qui n’est jamais tout à fait éloigné) et cet occultisme dont Arthur Conan Doyle était lui-même friand. Un beau roman d’aventure victorien, entre brume et enchantement, monde des morts et interzone où ils se mêlent aux vivants. Le roman de Christine Luce est à la fois bien plus et beaucoup moins que cela.

Bien plus car, si la langue est un muscle, ce livre est, d’une certaine façon, une prouesse d’athlète. Comme une démonstration de force sur 238 pages, une façon de se fixer une trame, un style, une exigence de richesse lexicale et syntaxique, et de s’y tenir jusqu’au bout.

Revers de la médaille (sans doute pas inévitable, mais cela semble le cas ici), la narration manque de relief, de variations de tons, malgré des alternances de chapitres vus par l’esprit Enquêteur, détaillant les actions des deux femmes, ou de moments mettant en scène Aleister Crowley (très inexploité). Tout cela manque singulièrement de tension, d’intensité, de nervosité, et produit un texte plutôt beau mais franchement épais. La débauche d’adjectifs, notamment, alourdit terriblement l’ensemble. Certaines phrases sont redondantes. Comme s’il s’agissait de pousser le bouchon jusqu’au bout, de remplir tous les trous de la phrase, en dépit du lecteur lui-même et de son simple plaisir de lecture.

Un roman peut tenter d’imiter la vie ou de la sublimer, visant des dialogues naturels, une certaine électricité dans l’action, une justesse (voire une sobriété ou, à l’inverse, un côté baroque) des descriptions. Ici, chaque phrase concourt à l’impression d’un roman qui tenterait d’imiter un autre roman, voire plusieurs romans en un seul, comme un pastiche. Ce roman dit les choses plutôt que de les faire ressentir, comme lorsque l’auteure décrit les classes sociales qui se partagent les rues de Londres en fonction du moment de la journée.

Si vous aimez : les grands auteurs du XIXe siècle français, Maupassant, Barbey d’Aurevilly, avec un soupçon de Conan Doyle et pourquoi pas d’Oscar Wilde. L’éditeur parle quant à lui d’une rencontre entre Gérard de Nerval et Neil Gaiman

christine_luce

Christine Luce

Autour du livre : grande lectrice, Christine Luce est aussi l’auteure d’un roman jeunesse, Charlotte Caillou contre les Zénaïdes (édité par le Carnoplaste), où Charlotte, 13 ans aujourd’hui – elle est née un 29 février au dernier coup de minuit – dévore des livres et voyage dans un « univers de travers ». L’auteure tient aussi un blog, esthetedemule.redux.online.

Extrait : « Je fis un pas supplémentaire dans ce qui se révéla l’intérieur d’un salon cossu ; les moulures coloniales du buffet plaqué contre la paroi, les pieds du mobilier, chantournés en pattes léonines, et les lames-appliques au gaz étalaient, jusqu’au cadre à dorures ornant le mur d’un paysage champêtre, l’opulence des logis bien garnis. Pourtant, quand je m’approchai pour l’observer, le tableau provoquait un malaise diffus. Un chemin rocailleux serpentait, accidenté par les détours que lui imposaient les fossés à sec et creusés le long des prés, la terre crevassée se hérissait de mottes poussiéreuses et des vestiges du foin après la moisson. À l’heure où le soleil arase les ombres de sa lumière impitoyable, chaque pierre, ornière ou brin d’herbe étaient brossés jusqu’à la minutie maniaque et, choisies sur une palette étendue, les couleurs exaltaient les teintes mordorées d’un été suffocant. »

Les Papillons géomètres
Écrit
par Christine Luce
Édité par Les moutons électriques

Partager