Les Témoins : quand les morts perdent le Nord

Les Témoins : quand les morts perdent le Nord

Note de l'auteur

Au premier regard, Les Témoins est avant tout un polar efficace et glaçant, comme France 2 sait si bien les produire. Mais cette nouvelle création du couple Hadmar-Herpoux est saisissante par la singularité de son style visuel et rapidement, se révèle aussi fascinante qu’angoissante, bien qu’avec peu de prises de risque.

Synopsis

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© Cinétévé

Le nom du protagoniste, Paul « Maisonneuve », n’est ici pas fortuit puisqu’au cœur de l’intrigue sont des maisons-témoins, ces logements construits pour relancer l’activité immobilière dans les zones où l’économie est en berne, comme ici au Tréport. Dans ces maisons, quelqu’un dispose des corps extirpés de tombes profanées, prenant soin au passage d’y laisser des éléments renvoyant à la vie intime de Maisonneuve (Thierry Lhermitte); ce dernier, brutalement hanté par son passé, se retrouve à enquêter, aux côtés de la jeune Sandra Winckler (Marie Dompnier). Pour insister sur cette dimension morbide, tous les épisodes commencent de la même manière : une musique légère mais menaçante, des vues aériennes sur une ville grise, comme un horizon sans lumière, et surtout sans figure humaine, où la vie aurait quitté tous ces lieux désertés : cimetières, prisons désaffectés et maisons sans vie.

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© Cinétévé

Après Les Oubliées [2008] aux thématiques similaires, Pigalle la nuit [2009] et Signature [2011], on ne pouvait attendre qu’avec impatience le fruit d’une nouvelle collaboration entre Hervé Hadmar et Marc Herpoux. Leur association marque un tournant dans la création de fiction télévisée en France, tant ils mettent l’accent sur un véritable dialogue entre écriture et réalisation : ici l’un est au service de l’autre, et réciproquement. La qualité du résultat ne passe d’ailleurs pas inaperçue, puisqu’avant même sa diffusion en France, les droits d’adaptation et de diffusion ont déjà été vendus aux quatre coins de l’Europe. La série, composée, de six épisodes, est une forme achevée qui se suffit à elle-même, brisant ainsi avec la tradition du polar procédurier. Herpoux et Hadmar l’ont annoncé récemment : si saison 2 il devait y avoir, ce serait avec de nouveaux personnages, une nouvelle histoire, sous la forme d’une anthologie. Mais les épisodes n’en sont pas moins faits pour s’enchaîner, construisant petit à petit une histoire complexe, faisant monter non pas la tension narrative, qui elle reste constante, mais le malaise du spectateur.

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© Cinétévé

 Car la force des Témoins tient essentiellement dans l’ambiance qu’elle installe, dans le ressenti qu’elle impose : la grisaille du Nord, les bâtisses uniformes, la plage du Tréport et son blockhaus sinistre. Tout est là pour contribuer à faire du décor le principal sujet de l’histoire. Au centre du récit, c’est une histoire assez classique que l’on trouve : des meurtres, une enquête, le tout saupoudré de quête de vengeance et d’innocence perdue. Mais c’est son traitement qui lui est moins attendu. À la couleur de la série, grise, froide (les auteurs précisent qu’elle n’a été tournée qu’en hiver, intentionnellement) s’ajoute une très forte symbolique du conte de fée. On le voit dès le générique : Sandra Winckler court vers une porte, l’ouvre, pour voir un loup s’en échapper. Et tout au long de la saison, ce loup sera partout : tatoué sur un bras, aperçu dans la forêt, rôdant dans un cimetière. C’est donc en filant la métaphore du « Petit Chaperon Rouge », en insistant sur la dimension profondément psychanalytique, voire cauchemardesque, de tous ces symboles que Les Témoins marque et parvient à être réellement terrifiant par moments, sans en devenir grotesque.

Les Témoins est donc une série puissante, constante dans son style prégnant, et dont l’emprise perdure au fil des épisodes. Mais en dépit de toutes ces qualités indéniables, elle n’en reste pas moins un polar normé, construit par les contraintes du prime time et des attentes d’un spectateur habitué du genre, si bien que beaucoup d’éléments d’intrigue sont trop rapidement évacués au profit d’une résolution précipitée de l’enquête, pour mener à une conclusion de la série pourra décevoir par son excès de conformisme.

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© Cinétévé

 

Les Témoins, série crée par Marc Herpoux et Hervé Hadmar, réalisée par Hervé Hadmar.

Production Cinétévé.

Avec Thierry Lhermitte (Paul Maisonneuve), Marie Dompnier (Sandra Winckler), Jan Hammenecker (Justin).

Diffusion sur France 2 à partir du mercredi 18 mars.

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