#Critique Les Voies d’Anubis : un classique intemporel

#Critique Les Voies d’Anubis : un classique intemporel

Note de l'auteur

Grand roman du voyage temporel (avec ses incontournables clins d’œil en matière de paradoxes) mais surtout de l’exploration littéraire, Les Voies d’Anubis est l’un des chefs-d’œuvre de Tim Powers. Où l’on croise lord Byron (ou presque) et Samuel Coleridge, où l’on voyage de Londres à l’Égypte et retour, où l’on change de peau plus vite encore que d’époque.

L’histoire : Brendan Doyle est invité à donner une conférence sur Samuel Taylor Coleridge par un riche homme d’affaires américain. À l’arrivée, c’est à un voyage vers l’Angleterre de 1810 qu’il est convié, en compagnie de personnalités prêtes à payer une petite fortune pour assister, en chair et en os, à une causerie de Coleridge. Mais le voyage cache bien d’autres objectifs qu’une « simple » excitation littéraire, et les machinations ne tardent pas à s’entrecroiser.

Mon avis : Roman publié en 1983 par Tim Powers, Les Voies d’Anubis est un passionnant récit d’aventures, mêlant références littéraires (voir notamment les exergues de chaque chapitre), paradoxes temporels, personnages changeants et étonnants (la palme à Joe Face de Chien, vrai-faux loup-garou qui échappe avec art aux griffes de la police), mystères égyptiens…

Des personnages historiques y croisent le chemin des héros de fiction. Car Tim Powers s’est fait une règle absolue de respecter l’Histoire, mais en l’épiçant de ses propres réflexions et idées : « Sans changer ou ignorer aucun des faits avérés, ni modifier le calendrier des événements, je cherchais quel fait important mais non enregistré pourrait les expliquer tous. » Avec un goût immodéré pour le fantastique, l’étrange et le surnaturel, le cocktail est excellent.

Cette exigence intellectuelle s’exprime aussi dans le style. Précis, clair, sans gras ni fioriture. Pas d’envolée lyrique, donc, mais pas le moindre soupçon de sécheresse pour autant, attention. Car les livres de Powers sont de vrais plaisirs de lecture, rien ne venant se mettre en travers de l’avancée du récit. À l’occasion, un passage peut paraître un peu plus obscur (la traduction n’est pas tout à fait sans défaut – pourquoi traduire le fameux « Now » anglais de début de paragraphe, par « Maintenant », ce qui ne fonctionne pas en français ?). Mais cela ne pèse pas lourd dans le bonheur global que l’on ressent à suivre Brendan Doyle dans le fog londonien comme dans la poussière du désert égyptien.

Dans la bibliographie de l’auteur, Les Voies d’Anubis résonne particulièrement bien avec Le Poids de son regard (publié pour la première fois en 1989). On y retrouve à nouveau lord Byron, mais aussi Percy Shelley et son épouse Mary, le docteur Polidori, François Villon, des succubes, la genèse de Frankenstein, tout le souffle romantique de ces poètes anglais exilés et exaltés… Là où Les Voies d’Anubis se concentre sur un personnage, Le Poids de son regard exprime toute la ferveur d’une époque avec un brio absolu et encore plus de souffle.

Il faut encore signaler un troisième roman, Parmi les tombes (2012), qui s’inscrit plus ou moins à la suite du Poids de son regard. Ces trois romans ont été traduits et publiés par les éditions Bragelonne en 2013. La présente édition des Voies d’Anubis est d’ailleurs des plus soignées, dorée sur tranche, avec de petits détails comme les cobras hiéroglyphiques entourant les numéros de page.

Tim Powers

Autour de l’œuvre : Tim Powers a été l’ami entre autres de Philip K. Dick qui a dessiné David, un des personnages de son propre roman VALIS (SIVA en français), à partir de lui. Powers est également l’auteur de Sur des mers plus ignorées, dont les droits avaient été acheté par Disney pour en incorporer certains éléments dans sa franchise Pirates des Caraïbes. Les Voies d’Anubis a remporté le prestigieux Philip K. Dick Award en 1983 et le Science Fiction Chronicle Award l’année suivante.

Extrait : « Dans les hautes herbes, la créature trouvait plus simple de ramper que de marcher car elle pouvait s’accrocher aux tiges pour se propulser et ne se servir de ses pieds que pour frapper un coup bref et reprendre de la distance avec le sol. Pour un improbable observateur, elle aurait donné l’impression d’être un agile crustacé rasant le fond d’un océan.
Bien, se dit la chose qui, en un temps, n’avait pas été distinguable d’un homme, le dernier tableau vient d’être joué, le grand cercle est bouclé, l’homme qui m’a détruit est en route pour être tué par moi. J’ai vu les yags s’éteindre et je sais qu’il est parti. La chose gloussa comme un tas de feuilles mortes que le vent soulève. Il y a une demi-heure encore, je craignais qu’il ne pût échapper à la mort et maintenant il est mort depuis cent vingt-six ans. »

Les Voies d’Anubis
Écrit
par Tim Powers
Édité par Bragelonne

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