#Critique les voies du seigneur (Hand of God / Amazon)

#Critique les voies du seigneur (Hand of God / Amazon)

Note de l'auteur

Le lancement de la saison 2 de Hand of God, disponible dès aujourd’hui, est une première. Depuis le lancement de Prime Video (le service de vidéo à la demande par abonnement d’Amazon) à l’international mi-décembre (dont la France), aucune série n’avait pu être rendue disponible simultanément entre les territoires originaux et le reste du monde.*
C’est donc l’occasion de dresser le bilan d’une série entre chien et loup, au propre comme au figuré, qui prêchait avec conviction mais sans la bonne parole.

Pernell Harris est un juge officiant dans la ville – fictionnelle – de San Vicente en Californie. On découvre pourtant le personnage dans une position qui n’a rien de respectable, s’exhibant dans le plus simple appareil alors qu’il batifole dans une fontaine publique.
À sa décharge, Harris vient de perdre son fils et le deuil l’accable. Alors qu’il perd pied, une apparition va l’aider à relever la tête tout en le guidant vers une foi religieuse impétueuse, très éloignée du droit chemin de la légalité…

Ce point de départ ambitieux, renforcé par un docte titre de circonstance, déclenche une franche curiosité. S’emparer du sujet religieux de la sorte n’est pas donné à tout le monde, spécialement outre-Atlantique, et on imagine sans mal combien le pitch de cette série a dû en refroidir plus d’un.
Cette idée, c’est celle de Ben Watkins. Celui dont on ne connaissait que le travail sur Burn Notice allait tout de même finir par convaincre, même si on soupçonne fortement qu’au-delà de son script, c’est plutôt les deux atouts crédibles dont il s’était assuré la collaboration qui auront fait pencher la balance. Le toujours très bon Ron Perlman (Hellboy, Sons of Anarchy) d’une part et le cinéaste Marc Forster (World War Z, Quantum of Solace, Finding Neverland) d’autre part.

Ce dernier se contente de mettre en scène les deux premiers volets, mais il insuffle une ambiance vénéneuse en adéquation avec un récit qui se complait dans l’ombre.
Pour aller dans cette direction sous un soleil californien, Forster délivre une mise en scène qui n’est pas sans rappeler une autre série Amazon (Bosch façonnée par Jim McKay). Le soleil s’y fait rare et ne daigne se montrer qu’en fin de journée, renforçant l’idée d’une cité inhospitalière.

Et c’est tout le propos de Watkins. San Vicente abrite une constellation de personnages tous corrompus à des degrés divers. En tête de gondole, Harris (Perlman) est un antihéros pur jus dont le désir de rédemption n’a de valeur qu’à ses yeux. Mais dans l’univers saturé de cynisme qu’est Hand of God, sa trajectoire ne dénote pas plus que ça.
En cela, la série exerce une certaine fascination. Malgré la généralisation de motivations peu avouables à tous les étages, l’écosystème fonctionne et ne sera jamais mis en défaut, au-delà bien sûr de la perception compromise de son personnage principal.

hand-of-god_garret-dillahunt

La série bénéficie surtout d’un casting cohérent et performant. Outre un impeccable Perlman, Dana Delany (Desperate Housewives) offre un contrepoint important dans le rôle de la femme du juge. Et puis, il y a Garret Dillahunt qui campe ici un paumé passablement glaçant, pour oublier définitivement son rôle dans la comédie Raising Hope. Aux côtés d’Harris, Andre Royo (The Wire) se signale également en tant que maire ultra-actif et plus vrai que nature. Enfin, la chanteuse Erykah Badu fait plusieurs apparitions remarquées pour un second rôle qui aurait mérité un peu plus de présence.

Mais cet aréopage de talents ne suffit pas à élever un thriller programmatique sans suspens. La saison 2 reprend la continuité du fil narratif principal – le mystère entourant la mort du fils de Pernell – sans réveiller un quelconque intérêt qui s’était déjà noyé dès les tous premiers épisodes.
On regrettera surtout que le nerf de la guerre, le sujet de la religion, ne soit finalement qu’un facteur d’ambiance. Il y avait pourtant la place d’en faire le procès (d’autant plus qu’il s’agit là d’un juge !), notamment lorsque la série évoquait l’opportunisme de ces prêtres bouffis de fierté.

Hand of God n’aura pas de saison 3. Sans rien révéler du final, on devine que Watkins espérait poursuivre son étude des péchés capitaux à San Vicente. Il ne fait nul doute pourtant que ses acteurs et lui-même seront bien plus utiles ailleurs !

HAND OF GOD Saison 1 & 2
visibles sur Prime Video
Série créée par Ben Watkins.
Série écrite par Ben Watkins & Daniel Tuch, Becky Hartman Edwards, Sam Forman, Deborah Schoeneman, Ali Garfinkel, Mark Hudis, Benjamin Jones et Theresa Rebeck.
Episodes 1 & 2 réalisés par Marc Forster.
Avec Ron Perlman, Dana Delany, Garret Dillahunt, Alona Tal, Elizabeth McLaughlin, Andre Royo, Emayatzy Corinealdi, Julian Morris et Erykah Badu.
Musique originale de : Marc Streitenfeld.

*: pour plus de détails sur cette distinction, voir cet édito.

Visuels : Hand of God © Picrow, Link Entr. & Amazon Studios

Partager