#Critique Levius (T. 2 & 3)

#Critique Levius (T. 2 & 3)

Note de l'auteur

LeviusLe premier cycle de Levius prend fin avec ces tomes 2 et 3. Avec son univers SF évoluant dans le cercle sportif mais également à travers ses très grandes qualités graphiques, le premier opus nous avait bluffés. Eh bien, cette suite est du même acabit. De manière fort sérieuse et appliquée, Haruhisa Nakata poursuit son exigeant seinen. Un titre violent, introspectif et contemplatif dans lequel le talent du dessinateur explose et vient s’imprimer durablement dans notre rétine. Chaque planche est un uppercut et ça tombe plutôt bien vu le sujet !

 

Nous sommes toujours en 1842, dans un monde ravagé par des années de guerre. Levius Cromwell pratique la boxe mécanique, un nouveau sport de combat dans lequel s’affrontent des femmes et des hommes possédant des membres mécaniques activés par de la vapeur. Alors qu’il devait affronter Hugo pour atteindre le niveau 1 de la ligue professionnelle, ce dernier se fait mettre en pièce, hors du ring, par A. J., une mystérieuse et redoutable combattante soutenue par Amethyst, un obscur groupe industriel impliqué dans la guerre. La jeune fille s’avère être la véritable arme de pointe de l’entreprise dont le docteur clown Jack Puting est le représentant. L’affiche opposera donc Levius à A. J. dans un combat aussi intense que violent. Rage, mélancolie, introspection, Haruhisa Nakata nous emporte dans un tourbillon émotionnel, un trip viscéral où le sang et la sueur se mêlent à la vapeur et à l’acier. Son univers steampunk devient le théâtre d’une tragédie sur fond de compétition sportive et de complot industriel au milieu duquel les personnages se retrouvent broyés. On les suit littéralement se battre et se débattre dans l’arène, tels des gladiateurs 2.0. L’auteur se concentre sur un petit nombre de protagonistes, ce qui lui permet d’aller plus en profondeur et de les faire exister.

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Le second tome plus particulièrement, se focalise sur l’énigmatique A. J., machine de guerre manipulée par un Jack Puting, cousin lointain du Joker, tout aussi cinglé et sadique. Bien que la jeune femme ne puisse pas parler (sans cordes vocales, c’est compliqué), elle s’exprime avec son corps mais aussi avec le regard. Dans ce premier cycle de Levius, les yeux sont partout, telles les portes de l’âme, ils laissent paraître l’humanité que renferme chacun des personnages. Les yeux ne mentent pas et reflètent l’intégralité de la palette émotionnelle. Pour Nakata, le regard semble être ce qu’il y a de plus humain chez nous et ce n’est d’ailleurs pas pour rien si c’est tout ce qu’il reste ou presque, du pauvre Hugo après s’être fait massacrer par A. J., un globe oculaire dans une cuve. Ce second tome nous en apprend donc plus sur la jeune combattante et notamment son triste et funeste destin au sein d’Amethyst. Plus atroce encore, Jack se délecte de ses exploits et raconte les tortures qu’il a fait endurer à son père. Il s’impose très vite comme un antagoniste de choix dans son degré de folie et de cruauté. À ce titre, la découverte de son antre est absolument géniale, s’étalant sur une double page somptueuse qui donne la mesure du talent du mangaka. Mais à travers ses confessions morbides, on en apprend surtout d’avantage sur les enjeux se cachant derrière la boxe mécanique et le rôle de l’entreprise militaire tirant les ficelles dans l’ombre.

 

56b6fed3faa059e0e4e6730fb7618780Le troisième et dernier tome du cycle se penche donc forcément sur le combat entre Levius et A. J., dans une arène pleine à craquer, devant un public survolté. Là encore, Tanaka nous offre un spectacle de haute volée dans lequel violence et rage se déchaînent. Levius se donne corps et âme pour sauver A. J. et paradoxalement cela doit passer par une confrontation douloureuse et mortifère. L’immersion est totale, l’expérience est intense et chaque coup laisse une trace. Au milieu de la fureur, les personnages, qu’ils soient sur le ring ou en dehors, jettent leur dernière force dans la bataille pour un final flamboyant et épique. Au-delà de l’univers et du récit maîtrisé de Haruhisa Nakata, c’est incontestablement son approche graphique qui fait de Levius ce qu’il est. La finesse, l’élégance et la minutie y côtoient une véritable puissance et agressivité dans le trait pour un rendu ultra-réaliste. Les noirs profonds, le tramage un peu grossier, ses lignes qui tendent vers l’abstraction lors des phases de combat, tout contribue à démultiplier la force du récit. Sa tendance au surdécoupage va d’ailleurs dans ce sens, n’hésitant pas à abuser d’inserts et de gros plans qui rythment certaines pages. Cela ne l’empêche pas de nous balancer des pleines pages hallucinantes dans lesquelles il finit d’asseoir son style ultra-percutant. Ce premier cycle de Levius impose clairement sa marque et ces trois tomes forment de solides bases pour le prochain cycle à venir, intitulé Levius Est. Avec son titre, Haruhisa Nakata nous met une grande claque dans la gueule et nous fout K.-O… Et franchement, c’est bon !

 

Levius (T. 2 & 3)
De Haruhisa Nakata
Édité par Kana

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