#Critique Little Caesar – Brutally Honest

#Critique Little Caesar – Brutally Honest

Note de l'auteur

Il aura fallu une bonne trentaine d’années pour voir arriver cet album dans les bacs, mais l’attente en valait la chandelle, ou plutôt la bougie, comme celles que l’on peut trouver sous le moteur d’un chopper rutilant avalant la poussière d’une route californienne ! Little Caesar, gang de bikers au grand cœur qui reste l’un des groupes les plus cultes de la côte Ouest des USA nous offre enfin un live qui témoigne de la furie et de l’immense classe de ces mecs sur scène. N’oubliez pas votre casque, la route s’annonce chaotique !

Si ma mémoire est bonne, il me semble bien qu’un p’tit gars chevelu a dit il y a fort longtemps un truc du genre « heureux les ignorants, un jour ce sera la fête », ou quelque chose d’approchant, mon catéchisme est un peu rouillé… Eh bien ce jour est arrivé les enfants ! En tout cas pour tous ceux qui n’ont jamais jeté une oreille sur la musique de Little Cæsar, on ne sait pas si on doit vous envier ou vous plaindre les mecs !

L'indispensable premier album

L’indispensable premier album

Mais ne brûlons pas les étapes, petit rappel des faits. Little Cæsar est un pur produit du Los Angeles des grandes années, quand le rock’n’roll a décidé de tourner le dos aux permanentes et au maquillage pour revenir aux fondamentaux, une transition initiée par un petit groupe d’amateurs de flingues et de roses qui a fini par mal tourner, certes, mais ceci est une autre histoire… Ron Young et sa bande étaient censés incarner la suite des événements, coupables d’un premier album éponyme (Little Cæsar – 1990) sorti chez Geffen et produit par l’incontournable Bob Rock, album plus que parfait, qui non seulement n’a pas pris une ride aujourd’hui mais réalisait également un joli tour de force, faire la liaison entre un rock pur et dur, des racines blues sublimées et un amour de la soul music complètement assumé.

Des bikers tatoués qui reprennent Aretha Franklin (Chain of Fools) et les Temptations (I Wish It Would Rain) ? Bah oui, et ça sonnait méchamment bien. Et puis bon, manque de notoriété, arrivée du grunge, du hip hop et des cochonneries électroniques, on va dire que le timing n’était pas terrible, bienvenue dans les oubliettes du rock’n’roll pendant un paquet d’années…

Heuu, on peut discuter?

Heu, on peut discuter ?

Sauf que voilà, l’ami Ron Young n’est pas du genre à se morfondre dans un bar de Sunset Boulevard sur la gloire qu’il aurait pu récolter. Il avait une vie avant la musique et il en a une autre après ! Videur de boîte de nuit, acteur (le motard qui prend ses mains pour des burgers sur le grill au début de Terminator 2, c’est lui !) , mécanicien, dresseur de chiens, le gars a laissé l’orage passer sans trop s’en faire, en gardant à l’esprit que sa musique valait de l’or mais qu’elle ne valait pas le coup de se gâcher la santé ! Un mec intelligent en somme.

Et puis à l’orée du XXIème siècle, un petit truc appelé Internet a commencé à poindre le bout de son nez avec son cortège de réseaux sociaux et l’ami Young a réalisé que les gens, son public, ne l’avaient pas oublié ! Deux albums plus tard, Little Cæsar renaissait de ses cendres sous l’influence des fans avec qui le chanteur partage tout et n’importe quoi en permanence par le biais de sa page Facebook ! Des bagnoles vintage qu’il restaure à ses diatribes anti-Trump en passant par ses idées de nouvelles chansons, tout y passe !

4-3

Photographie : Heather Harris

Le résultat de tout cela, c’est Brutally Honest le bien nommé, un double album live enregistré en Hollande dans quelques clubhouses de motards retraçant plus de trente ans de carrière avec une élégance et une sincérité qui laissent pantois ! Passons sur le son général (parfait), la voix du mec (inchangée) et la qualité des chansons, l’important est ailleurs… L’ambiance !

On sent la petite salle, l’odeur de la bière renversée sur le sol, la sueur des mecs sous leur cuir, trois accords et la vérité comme dirait l’autre ! Et puis la setlist, pardon ! Tout y passe depuis le premier album joué quasi en intégralité (y compris les reprises Motown citées plus haut et augmentées de clins d’œil supplémentaires) jusqu’aux meilleurs moment des petits derniers (Dirty Water, American Dream, Hard Rock Hell) en passant par les titres rares de l’entre-deux qui valent leur pesant de gasoil (Rum and Coke) et même un morceau tiré de leur premier EP, autant dire un machin préhistorique ! (Tastes Good to Me). Sans parler du moment de grâce ultime qu’est In Your Arms vampirisée par un Proud Mary sorti de nulle part, prototype de la ballade hard rock qui voit les gros durs verser une larme dans leur verre et passer un bras autour de la taille de leur copine… Essayez, vous verrez, ça marche à tous les coups.

Au final, deux heures de rock’n’roll sans fioritures, chaud et limpide comme une rasade de Jack Daniel’s sans glaçon ! Ce qui nous ramène à ce que disait le jeune mec cité plus haut avant d’aller se faire punaiser sur une croix, heureux ceux qui ne connaissent pas encore Little Cæsar… Après avoir écouté ce Brutally Honest, il y a fort à parier que plein de trucs iront mieux ! On appelle ça une épiphanie, je crois.

 

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