#critique Live by Night

#critique Live by Night

Note de l'auteur

Dans les années 20, Ben Affleck, truand mais pas trop, affronte mafia, flics ripoux et femmes fatales. Tiré d’un polar de Dennis Lehane, un hommage aux films de gangsters plaisant mais fade.

 

 

Live by Night 3

 

Depuis Argo et sa myriade d’Oscars, mais aussi et surtout son interprétation de Batman, Ben Affleck est le nouveau wonderboy de la Warner. Pour sa nouvelle mise en scène, le studio lui a donc signé un chèque en blanc et Affleck a choisi de réaliser « un film de gangsters classique de la Warner », une lettre d’amour aux chefs-d’œuvre de Raoul Walsh ou d’Howard Hawks, avec tacots rutilants et des kilotonnes de costards années 20.

Pour son gros caprice vintage, Ben Affleck adapte à nouveau un roman de Dennis Lehane. Nous sommes à Boston, dans les années 20. Ben, qui s’est offert le rôle principal, incarne un gangster flamboyant, malfrat mais pas trop, un bon gars revenu des tranchées françaises bien décidé à profiter de la vie, un mec cool mais aussi amoureux, loyal, antiraciste… Fils rebelle du chef de la police locale, il multiplie les braquages mais il a la malheureuse idée de culbuter la poule du boss de la mafia irlandaise. Il se prend alors un coup de pied dans les valseuses à te castrer un bœuf, plonge trois années en prison et, devenu l’associé d’un boss italien, décide de changer d’air en Floride. À Tampa, il organise le trafic de rhum, dans un pays en proie à la prohibition, aux allumés de dieu et à la ségrégation raciale. Très vite, l’argent coule à flot. Ben s’éprend de la belle Zoe Saldana, mais va devoir affronter des flics racistes, des dingues du Ku Klux Klan, des prêcheurs pentecôtistes, et la mafia irlandaise en la personne de son ennemi juré.

 

Live by NightLe premier problème de Live by Night, c’est son scénario, écrit par Ben Affleck himself. C’est un drôle d’objet, à la fois un thriller, un mélo, une critique du capitalisme, une ode à la tolérance, un film d’action, une histoire d’amour… Au mieux, le bouzin ressemble à un best of, un hommage aux classiques du genre avec femmes fatales, bastons et poursuites de voitures. Au pire, à une enfilade de clichés (le boss est moche et méchant, les Cubains dansent la salsa, les racistes du KKK sont des consanguins à bec-de-lièvre…). Ben Affleck tente de suivre la plupart des pistes du roman, des intrigues secondaires, et donc se perd, tente des raccourcis hasardeux. Pour étoffer encore son récit, il multiplie les personnages secondaires avec plus ou moins de bonheur. La plupart sont peu fouillés, des clichés sur patte, comme Zoe Saldana, une belle plante sans personnalité aucune, même si Chris Cooper donne un peu de chair à son flic torturé et qu’Elle Fanning s’impose en gamine prise dans un réseau de prostitution, revenue en allumée de dieu. En l’état (et avant le Director’s cut), la structure narrative est bancale, la voix off ne fonctionne pas toujours et le film aurait dû durer soit 3 heures (voire se décliner en série TV) ou 90 minutes. Il reste néanmoins quelque chose d’absolument merveilleux dans le scénario de Live by Night, ce sont les dialogues affûtés de Dennis Lehane qu’Affleck a eu la bonne idée de garder in extenso.

 

Derrière la caméra, Ben Affleck prouve qu’il est un solide artisan, et emballe plusieurs beaux moments de cinéma comme la poursuite de voitures, des fusillades, la scène finale assez déchirante. Ce n’est pas vraiment surprenant car Affleck a déjà ciselé trois films remarquables : Gone Baby Gone (son chef-d’œuvre), The Town et Argo. Néanmoins, il manque à la plupart des scènes de Live by Night une urgence, une vérité, car Affleck, submergé par le décorum et la reconstitution XXL, fait dans le chromo, bégaie, patine. Les lumières de Robert Richardson, directeur de la photo de Quentin Tarantino, sont crépusculaires à souhait, mais illustratives. Bref, ça sent la naphtaline, le formol et Live by Night manque cruellement d’émotion. On sent bien qu’Affleck le taxidermiste aimerait réaliser son Il était une fois en Amérique, mais il peine à insuffler de la vie, et fait du ciné de nouveau riche avec ses costards immaculés ou ses belles voitures. Néanmoins, Affleck est un excellent directeur d’acteurs et il parvient à emballer quelques scènes épatantes, je pense à celles avec Sienna Miller (hallucinante), Elle Fanning, Chris Cooper ou Brendan Gleeson. Il retrouve alors la puissance atomique de Gone Baby Gone.

Live by Night 2Un autre problème de Live by Night, c’est l’interprétation de Ben Affleck lui-même. Flottant dans des costards trop grands pour lui, en surpoids de 20 kilos, avec un visage étrange, comme sans traits, qui ressemble à un masque de théâtre No, Ben Affleck, très narcissique, se filme sous toutes ses coutures et s’offre une composition toute en monolithisme, mais assez désincarnée. En le regardant, je ne pouvais m’empêcher de penser que son frère, Casey, aurait apporté plus d’ambiguïté, de profondeur, à ce personnage un peu trop lisse et mélancolique. Un temps envisagé pour le rôle, Leo DiCaprio aurait été un choix plus judicieux…

En parlant de Casey, comparons les trajectoires des deux frangins Affleck. Il y a dix ans, Ben dirigeait Casey dans Gone Baby gone, révélation de leur talent incandescent. Cette année, Ben s’est vautré dans des trucs impersonnels voire improbables comme Batman v Superman, Suicide Squad, Mr Wolff et ce Live by Night. De son côté, Casey a illuminé le polar Triple 9 et réalisé la performance de sa vie avec Manchester by the Sea qui devrait lui valoir un Oscar.

Ben, tu nous dois une revanche sur ce coup-là…

 

 

Live by Night
Réalisé par Ben Affleck
Avec Ben Affleck, Zoe Saldana, Elle Fanning, Brendan Gleeson, Sienna Miller, Chris Cooper.
En salles depuis le 18 janvier.

 

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