#Critique L’Oiseau des tempêtes : sans bec ni plumes

#Critique L’Oiseau des tempêtes : sans bec ni plumes

Note de l'auteur

N’est pas Alexandre Dumas qui veut. Serge Brussolo livre un roman d’aventures plutôt fade, pas totalement désagréable mais sans véritable souffle. Son protagoniste féminin n’a pas (encore ?) tenu ses promesses.

loiseaudestempêtes coverL’histoire : Marion, fille d’une ex-comédienne (et peut-être du Roi-Soleil en personne), vit en Bretagne avec son beau-père, lui-même au service d’un noble un peu fou. Celui-ci s’est mis en tête d’écumer les mers à bord de l’Oiseau des tempêtes, une épave qu’il veut transformer en vaisseau pirate (et qui, bien qu’elle donne son nom au roman, n’y joue qu’un rôle extrêmement secondaire). Commence alors, pour Marion, une odyssée qui l’emmènera à Marseille avec des faux-monnayeurs, recueillie par un jeune seigneur guère argenté, déportée comme esclave à marier aux colonies…

Mon avis : le roman de Serge Brussolo évoque immanquablement les grandes sagas historico-populaires d’Alexandre Dumas. Il n’en atteint pas tout à fait le niveau, ceci dit, et livre un roman qui, s’il ne manque pas complètement de qualités, demeure inabouti.

On a davantage l’impression d’un recueil de notes préliminaires, d’un premier jet plutôt bien ficelé – mais d’un premier jet malgré tout. Le style reste assez neutre et sans réelle saveur. Comme s’il ne s’était pas agi de soigner la narration mais simplement d’emmener le lecteur d’un point A à un point Z en passant par toutes les lettres de son alphabet narratif.

En outre, Marion, personnage féminin a priori fort et volontaire, pas loin donc d’une figure féministe qu’on voudrait sympathique, peine à s’imposer. Les événements qu’elle traverse l’emportent sans qu’elle ne puisse vraiment influer sur eux. Sa fuite du manoir la conduit dans une forêt toute proche, où elle demeure plusieurs jours en compagnie d’un Indien revanchard… avant d’être ramenée au manoir. Plus tard, elle est installée dans un bâtiment reculé, une gentilhommière qui a autrefois servi à abriter des orgies. Un auteur tel que Stephen King (auquel on semble souvent comparer Brussolo) aurait pleinement exploité cette situation ; Marion, au bout de quelques pages de faible exploration, est rapidement recapturée. Et ainsi de suite. Jamais vraiment libre mais jamais complètement entravée non plus, Marion reste largement intouchée dans ces quelque 400 pages. Tout comme le lecteur.

Serge Brussolo

Serge Brussolo

Brussolo ne raconte pas l’histoire : il la résume, l’expose dans un synopsis très complet mais manquant singulièrement de densité, d’intensité. On ne tremble pas pour Marion, on ne ressent rien à la lecture de ses « aventures ». La piraterie n’est qu’effleurée. Et la fin abrupte n’arrange rien, même si elle ouvre la porte à une suite potentielle.

Si vous aimez : Alexandre Dumas, les histoires de pirates, les parcours de vie semés d’embûches, les personnages féminins qui tentent de prendre en main leur destinée (même si aucune de ces dimensions, en réalité, n’aboutit à quelque chose de solide ici).

Extrait : « Marion se signe. Une grande angoisse l’étreint où se mêlent les avertissements d’André-Louis et la catastrophe imminente. Elle voudrait fuir tout cela, courir à travers la lande assez longtemps pour sortir des terres du baron, même si cela est impossible en vérité. Une fille comme elle ne peut espérer survivre seule dans le monde qui l’entoure. Et puis, elle en sait trop. Elle pourrait tous les faire condamner à la potence ; si elle tentait de s’enfuir, Chavral se lancerait aussitôt à sa poursuite pour s’assurer de son silence définitif. C’est une loi que tous les habitants du village se doivent de respecter sous peine de mort : personne ne peut s’en aller. Ceux qui ont tenté de passer outre ne sont jamais allés bien loin. »

L’Oiseau des tempêtes
Écrit
par Serge Brussolo
Édité par Fleuve éditions

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