Man O’War Corsair: Pourquoi on a plus de rhum ?

Man O’War Corsair: Pourquoi on a plus de rhum ?

Note de l'auteur

Les licences facilement exploitables en jeu vidéo et pouvant se décliner dans tous les genres se comptent sur les doigts d’une main. Si l’on pense tout de suite à Star Wars ou à l’univers imaginé par J.R.R Tolkien, c’est bel et bien les jeux estampillés Warhammer qui inondent le magasin Steam depuis quelques années. Warhammer Fantasy Battle et son pendant futuriste Warhammer 40K sont de célèbres jeux de plateaux avec des figurines à peindre qui ont connu leurs heures de gloire dans les années 90 et 2000. En perte de vitesse et face à des ventes décevantes depuis un petit moment déjà, Games Workshop a eu la bonne idée de distribuer plus facilement sa juteuse licence à des studios de jeux vidéo. Si la majorité sont des jeux moyens pour ne pas dire médiocres, certains titres comme les excellents Warhammer Total War (critique ici) ou Warhammer : Vermintide (critique ici) ont su comblé les amoureux de cet univers dark fantasy.

Spin-off de Warhammer Fantasy Battle, Man O’War était un jeu de plateau sorti en 1993 et consacré uniquement aux batailles navales. Et c’est tout naturellement que le petit studio indé Evil Twin Artworks s’est emparé de l’adaptation avec, certes un petit budget, mais une grosse ambition et envie. En early access pendant plus d’un an sur Steam, les développeurs ont abattu un boulot monstre pour enfin sortir une version définitive fin Avril. Man O’War Corsair est un jeu auquel je ne m’attendais pas et qui m’a rappelé mes péripéties sur Mount and Blade. Véritable bac à sable en monde ouvert, le titre de Evil Twin propose un gameplay qui mélange batailles navales, exploration, gestion, commerce et le tout saupoudré avec des éléments de RPG.

 

À bâbord !

Man O’War Corsair est un jeu d’action-aventure solo qui ressemble énormément à un savant mélange entre le légendaire Mount and Blade et le mythique Sid Meier’s Pirates. Pour ceux qui ne sont pas du tout familiers avec ces titres, je vais tenter d’expliquer au mieux en quelques phrases le concept un peu particulier de ce genre de jeux. Dans Man O’War Corsair, vous incarnez tout simplement un capitaine aux commandes d’un navire et de son équipage. Au début d’une campagne, le joueur est littéralement lâché dans l’univers gigantesque, mais extrêmement hostile des océans du monde de Warhammer sans vraiment d’explications. Votre objectif ? Aucun ! Le joueur peut faire à peu près tout ce qu’il veut (dans les limites et règles imposées par le gameplay) à la manière d’un jeu de rôle papier. Il n’y a pas de scénario à proprement parler, c’est donc à vous de forger votre propre histoire. Si l’envie vous prend, vous pouvez être un pirate, un contrebandier, un corsaire, un simple marchand, un explorateur, un officiel de la marine, un transporteur, bref tous les métiers de la mer possibles et imaginables. Et l’imagination tient justement une place très importante dans ce genre un peu obscur du grand public. Que ça soit Man O’War Corsair ou Mount and Blade, ce type de jeux demande un certain investissement en temps et reste au final assez difficile d’accès aux néophytes.

Après la phase de création de son personnage qui aurait gagné à être un peu plus complète, le joueur est donc directement catapulté à bord de son navire. Le contrôle du bateau est relativement simple, les développeurs ont privilégié une approche arcade de la navigation plutôt qu’une simulation poussée comme Naval Action. Mis à part le cap, le joueur doit évidemment faire attention à la force et direction du vent pour gonfler efficacement les voiles. En plus des drapeaux, vous disposez d’une boussole en bas à droite de l’écran indiquant non seulement les points cardinaux, mais aussi la direction du vent sous forme de couleurs. Si voir la coque de son navire fendre les vagues provoque un sentiment de satisfaction et d’apaisement, j’aurais quand même aimé un peu plus d’interactions avec l’équipage comme des chants de marins ou plus d’immersion avec par exemple la possibilité de mouiller où l’on veut et de profiter des cabines.

Les batailles navales sont souvent intenses et reprennent quasiment à l’identique le concept de Assassin’s Creed 4 : Black Flag et Assassin’s Creed Rogue. En fonction de la météo et du vent, le joueur doit essayer de tourner autour de sa proie en tirant des boulets de canon. Les dégâts étant localisés, vous pouvez immobiliser le bateau ennemi en démolissant son mât ou le mettre hors d’état de nuire en visant son pont et ses canons. Envoyer les navires par le fond est toujours tentant, mais sachez que vous pouvez aussi vous lancer à l’abordage pour récupérer un peu de butin. Autant les batailles navales sont plutôt réussies, autant les combats au corps à corps sont juste nullissimes. Oubliez les esquives, les sauts et les pirouettes à la Jack Sparrow, les mêlées se limitent à des déplacements affreusement lents et un choix entre une attaque légère, mais rapide, une attaque lourde et une parade.

 

À Tribord !

En dehors des mers hostiles, le joueur peut amarrer son navire dans les nombreux ports. Une fois à terre, vous pouvez vous balader tranquillement dans ces petites villes portuaires pour faire du commerce ou recruter du sang frais. Vous retrouvez tout d’abord les échoppes dans lesquelles vous pouvez vendre votre cargaison ou acheter des marchandises (quinze au total). Chaque région du Vieux Monde de Warhammer,voire certains ports bien connus, possède des ressources locales que vous ne trouverez que là-bas. Il est donc dans l’intérêt du joueur d’acheter ses marchandises de luxes pour les revendre bien plus cher dans un port lointain et réaliser une belle plus-value. Vous avez également la possibilité d’acheter de nouvelles armes et vêtements pour votre avatar, sympathique, mais anecdotique. En plus de son système d’économie, Man O’War Corsair a un côté gestion d’équipage non négligeable. C’est dans les tavernes malsaines du coin que vous pouvez recruter un équipage de plus en plus compétent en fonction de la taille de votre bourse. Si au début du jeu vos compagnons des mers sont des miteux avec la gangrène, une fois que l’or coulera à flot vous pourrez embaucher de vrais soldats voire des mages. Il est aussi important d’embarquer suffisamment de provisions pour nourrir vos matelots, surtout si vous prévoyez un long voyage sans escales, et avoir assez d’or pour payer le salaire de ces pauvres bougres sous peine de mutinerie. Eh oui, être capitaine d’un navire c’est comme gérer une PME !

Dans les chantiers navals, vous pouvez évidemment réparer votre voilier contre quelques pièces d’or, mais aussi l’améliorer en achetant de nouvelles batteries de canons voire carrément un navire flambant neuf. Et pour finir, vous retrouvez dans chaque port des tableaux d’affichage vous proposant de nombreuses missions diverses et variées contre des récompenses. Les quêtes sont proposées sous forme de textes et sont assez intéressantes puisqu’elles tirent parti du lore de Warhammer. Éliminer des pirates ou une flotte d’une faction ennemie, saboter les lignes commerciales, se livrer à de la contrebande, escorter des personnages importants, transporter des marchandises ou même livrer des courriers, ce ne sont pas les activités qui manquent dans Man O’War Corsair. Certaines missions améliorent aussi votre relation avec telle ou telle faction, vous donnant plus facilement accès à ses ports. À l’opposé, plus le joueur coule les navires d’une faction, plus elle lui sera hostile avec par exemple une augmentation des patrouilles. De plus, certaines villes peuvent vous refuser l’accès à leur port voire carrément vous canarder à vue à la manière d’un Sid Meier’s Pirates.

 

Besoin d’une Fontaine de Jouvence

La réalisation technique est vraiment… catastrophique pour rester poli. Réalisé sous le moteur Unity, Man O War Corsair n’est clairement pas une vitrine technologique et ressemble à un jeu de l’ère PS2. En plus d’avoir des textures vieillottes, la caméra est collée à la poupe du navire sans pouvoir zoomer ou dézoomer ce qui peut être assez énervant dans certaines situations. Mais le pire reste quand même les horribles animations ultras rigides des personnages qui frisent le ridicule. Heureusement, quelques moments de grâce viennent sauver le jeu du naufrage absolu et notamment le cycle de météo dynamique. Écumer les mers sous une fine bruine ou au milieu des flocons de neige fait toujours son petit effet. Pour ce qui est de la bande-son, les musiques sont à tout à fait correctes au contraire des bruitages qui font vraiment toc.

 

Conclusion

Malgré tous ses défauts, Man O War Corsair reste pour moi une bonne expérience.  Il faut avouer que le studio a fait un gros effort pour reconstituer avec fidélité le monde maritime de Warhammer. Voguer sur les océans et dompter les vagues procure toujours cette sensation enivrante de liberté. Si cette adaptation oublie un peu l’aspect tactique du jeu de plateau, elle reste de bonne facture si vous aimez les jeux d’aventure bac à sable. Sachez aussi que les développeurs sont très réactifs et prennent en compte les retours des joueurs via de nombreux updates. Pour le moment, l’amélioration technique du jeu ne semble pas être la priorité du studio qui préfère étoffer encore davantage le contenu avec un mode multijoueur annoncé.

 

Man O’War Corsair

Développeur : Evil Twins Artworks
Éditeur : Evil Twins Artworks
Prix : 28 € (18 € jusqu’au 2 octobre)

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