#Critique Manhunter d’Archie Goodwin et Walter Simonson

#Critique Manhunter d’Archie Goodwin et Walter Simonson

Note de l'auteur

Longtemps confiné aux cercles des connaisseurs, le personnage de Manhunter se retrouve enfin dans la lumière à travers une intégrale unique et inédite en France. Une occasion incontournable pour le lecteur français de découvrir le récit d’un personnage dont les descendants se nomment Wolverine ou le Winter Soldier.

 

manhunter 002Ça raconte quoi ?

Héros durant la Seconde Guerre mondiale, Paul Kirk fut mortellement blessé lors d’un safari, il se retrouva ressuscité vingt-cinq ans plus tard par une organisation secrète aux ramifications multiples. Devenu un soldat puissant et disposant d’un facteur auto-guérisseur, Paul Kirk va cependant se rebeller contre le Conseil quand il découvre leur véritable but. Traqué partout dans le monde, celui qui est devenu le Manhunter tente de s’opposer à ses anciens maîtres et les clones faits à son image.

 

C’est de qui ?

Du grand Archie Goodwin et illustré par un tout jeune Walter Simonson qui démontre déjà un immense talent.

 

 

 

manhunter 004C’est bien ?

Non seulement c’est bien, mais Manhunter est un récit fondateur dans la construction de certaines figures devenues célèbres par la suite tout autant qu’il reste un des travaux majeurs d’un des plus grands dessinateurs de comics. L’existence d’une telle édition est d’autant plus à saluer qu’elle procède d’un travail éditorial conséquent et coûte relativement peu cher¹.

 

Même si le snobisme de l’amateur de BD vis-à-vis du kiosque fera que cette grande œuvre passera sous les radars de beaucoup de monde, il n’en reste pas moins que l’existence d’une telle édition est à saluer. Initialement publiée en histoire secondaire (ou back-up) dans la revue Detective Comics (du #437 au #443), Manhunter se compose de huit courts épisodes et se conclut avec un récit plus tardif rendant hommage à son scénariste : Archie Goodwin.

 

manhunter 003Connu pour son travail imposant sur les revues Creepy et Eerie, Archie Goodwin reprend avec ingéniosité un personnage popularisé par Jack Kirby et Joe Simon en 1942 pour en proposer une suite dépassant tout ce dont on pouvait s’attendre d’un récit complémentaire d’une série mettant en vedette Batman. Exceptionnel pour l’époque, ce travail de refonte et de modernisation accompagné d’une approche graphique inédite préfigure ce que des gens comme Alan Moore et Neil Gaiman ont pu faire avec Swamp Thing et Sandman. Avec l’envie de raconter les aventures d’un personnage à l’opposé du Chevalier Noir, Archie Goodwin et Walter Simonson vont créer un héros au costume coloré, qui parcourt le monde et qui n’hésite pas à tuer ses adversaires. L’avant-dernier épisode qui voit l’apparition de Batman met d’ailleurs bien en évidence les différences entre les deux personnages.

 

Récit somme à la croisée des chemins, Manhunter s’appuie sur le passé du héros tout en proposant une nouvelles approche. Aventure très classique qui s’appuie sur l’enquête d’une agent d’Interpol pour découvrir la vérité sur Paul Kirk, la série décrit une vaste société secrète (tel le Spectre de James Bond) s’appuyant sur une nouvelle technique : le clonage. Si celle-ci fait aujourd’hui partie du paysage de la science-fiction, il en était tout autrement en 1973. Tout comme l’était la cryogénisation permettant de faire revenir à l’époque moderne un personnage des années 1940. Astuce qu’utilisera Ed Brubaker pour faire revenir Bucky Barnes sous les traits du Winter Soldier en 2005 dans la série Captain America. De même, alors que les super-héros plus violents et extrêmes sont désormais monnaie courante, le Manhunter se pose comme un modèle duquel a pu naître un mutant célèbre nommé Wolverine. Personnage au lourd passé d’espion, n’hésitant pas à tuer et disposant d’un facteur autoguérisseur, Manhunter est l’ancêtre d’un Logan qui apparaîtra un an plus tard dans The Incredible Hulk #180. On appréciera d’ailleurs l’ingéniosité de la traduction de Jean-Marc Lainé qui n’hésite pas à tracer une ligne claire entre les deux personnages en faisant dire à Paul Kirk, le leitmotiv célèbre de Logan : « Je suis le meilleur dans ma partie ».

 

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Récit précurseur à l’influence importante dans l’univers des super-héros, Manhunter se distingue également par l’excellence du dessin de Walter Simonson. Alors en début de carrière, le futur réformateur de Thor, fait preuve déjà d’un talent certains dans le découpage, la gestion du rythme et la composition des pages. Et de même que le personnage de Manhunter est autant une figure du passé qu’un personnage moderne, les dessins de Simonson rappellent tout à la fois certains de ses maîtres américains tout en s’inspirant d’artistes français tel que Moebius ou Philippe Druillet.

 

Récit incontournable pour tout fan de super-héros et de comics, la sortie de Manhunter prouve une fois de plus la pertinence d’une telle offre en kiosque. Ne pas s’y pencher maintenant pour le découvrir des années plus tard à l’occasion d’une hypothétique édition en librairie bien plus cher ne serait pas seulement dommage, ce serait totalement grotesque.

 

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Manhunter (DC Kiosque, Urban Comics, DC Comics) récit inclus dans Batman Univers HS N°5 et comprend les épisodes US de Detective Comics #437 à #443 et Manhunter The Final Chapter
Écrit par Archie Goodwin
Dessiné par Walter Simonson

¹ 6,90 €

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