#Critique Memories of Murder

#Critique Memories of Murder

Note de l'auteur

Un thriller tétanisant, inspiré de l’histoire vraie du premier tueur en série de l’histoire de la Corée qui viola et assassina dix femmes, avant de disparaître dans la nature. La reprise du chef-d’œuvre de Bong Joon-ho.

 

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« Le cinéma met souvent en scène des tueurs en série, mais le fait que celui-ci soit réel, qu’il soit peut-être parmi nous, est très troublant. Je me dis que s’il est en vie, il a dû voir mon film, peut-être même d’ailleurs avec un certain plaisir. »

Alors qu’Okja vient de percuter les écrans télé grâce à Netflix, un distributeur courageux, La Rabbia, a la bonne idée de ressortir en copie restaurée 4K Memories of Murder de Bong Joon-ho, son chef-d’œuvre à ce jour. Il y est question d’un serial killer insaisissable, de femmes massacrées, deux flics que tout oppose… Impression de déjà-vu ? Au détail près que Memories of Murder ne ressemble en rien à une série Z de W9 et est inspiré d’une histoire vraie : celle du premier tueur en série de l’histoire de la Corée du Sud qui viola et assassina dix femmes, dans un rayon de seulement deux kilomètres, avant de s’évaporer dans la nature… Énorme carton au box-office coréen, hold-up au festival du film policier de Cognac (4 récompenses dont le grand prix), ce thriller au style majestueux colle aux basques de deux flics à la poursuite d’une ombre. La caméra de Bong Joon-ho filme la pluie battante, scrute les visages, dissèque les âmes. Terrifiant. À l’époque du tournage, Bong Joon-ho n’a que 33 ans et seulement un long-métrage (Barking Dog) dans sa filmo. Et pourtant, la révélation de son talent est éclatante. Formellement, c’est bien sûr éblouissant. Les poursuites, l’organisation de l’espace, la nuit sombre d’où émergent des ombres menaçantes, la beauté des cadrages, des mouvements de caméra, tout est parfait. Bong Joon-ho pose les bases de son cinéma : il signe un récit à plusieurs vitesses, accélère avec une course-poursuite nocturne dans le village, ralentit le tempo avec les phases d’exténuation des deux flics mis en échec par l’assassin, il mélange les genres (ce qui deviendra sa marque de fabrique), entre horreur pure et comédie bouffonne, donne de l’épaisseur à tous ses personnages, humanise ses flics, plonge son spectateur dans l’incertitude et surtout il n’offre aucune résolution finale.

 

MOM7Si Memories of Murder vieillit bien, c’est parce que le polar se double d’une dimension métaphorique. À travers un fait divers sanglant qui a bouleversé la Corée, Bong Joon-ho parle de son pays. Le film se déroule dans les années 80, époque où le général Chun Doo-hwan a renversé son prédécesseur et instauré une dictature militaire. Bong Joon-ho montre des innocents sacrifiés, la peur, la mort, et quasiment un état fasciste avec des flics qui bousculent, frappent, torturent leurs victimes, même des débiles mentaux, pour obtenir leurs aveux. Une incroyable métaphore de son pays, sous couvert d’un polar et d’une histoire de serial killer.

De plus, Bong Joon-ho sait filmer une des choses les plus difficiles à capter, le regard. Ici, c’est le regard fatigué de Song Kang-ho. Flic de la campagne, roublard, peu scrupuleux, brutal et borné, il se révèle peu à peu obsédé par cette énigme, avec une volonté intense, pure, de trouver le coupable et une tristesse absolue de ne pas y parvenir. Dans ses yeux, il y a le désespoir d’un homme en échec, qui sera hanté toute sa vie par ces assassinats et cette époque tragique.

 

Capture d’écran 2017-07-06 à 10.31.10Le cinéma est une affaire de regard et surtout de subjectivité. On peut aimer Terrence Malick, Lars Von Trier, Michael Haneke, George Miller, ou même parfois Michael Bay, Guy Ritchie ou encore, soyons fou, Luc Besson. Oui, tout est possible ! Il n’y a qu’un caractère objectif dans la critique cinématographique, le temps. Après 10 ou 20 ans, on voit plus clairement si le film qui nous était apparu comme un chef-d’œuvre tient encore la route ou si le navet que l’on avait vomi ne recèle pas des trésors cachés. À une époque où un magazine ciné (Cinéma Teaser, pour ne pas le nommer) peut titrer « Baby Driver : déjà un classique », pour un film qui n’est pas encore sorti, venez vous confronter à Memories of Murder. Distribué en France il y a 13 ans, c’est définitivement un des (seuls) grands polars des années 2000, avec peut-être Zodiac de David Fincher et Mystic River de Clint Eastwood. La reprise de l’été !

 

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Memories of Murder
Réalisé par Bong Joon-ho
Avec Song Kan-ho, Kim Sang-kyung, Byun Hee-bong
En salles depuis le 5 juillet 2017

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