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#Critique : Mettre le Moi dans l’engrenage (Search Party s2 / TBS / OCS)

#Critique : Mettre le Moi dans l’engrenage (Search Party s2 / TBS / OCS)

Note de l'auteur

Après des débuts très confidentiels l’an dernier, Search Party revient pour une saison 2 toute aussi délicieuse et lourde de sens. Le prolongement d’un subtil amalgame de genre accompagné d’un regard générationnel acéré. Une pépite !

Après les dix premiers épisodes d’une saison 1 fascinante, notre Guillaume ne disait pas autre chose dans cette même colonne : “Search Party [est un] objet inoffensif, voire irritant au début, se transformant en poison envoûtant, en spectacle vénéneux.”
Sans aller trop loin pour ne pas en révéler la substance à celles et ceux d’entre vous qui n’auraient pas encore succombé aux péripéties de ce quatuor inénarrable, l’intrépide Dory (Alia Shawkat), son boyfriend Drew (John Reynolds) et leurs deux amis, les fantasques Portia (Meredith Hagner) et Elliott (John Early) s’embarquent, sous l’impulsion de la première, dans une improbable enquête pour retrouver une ancienne (et vague) camarade de classe répondant au nom (si musical en anglais dans le texte) de Chantal.

Au terme de la saison, Sarah-Violet Bliss et Charles Rogers (créateurs de la série) n’hésiteront pas à tirer la nappe d’un coup sec sans renverser la vaisselle, avec une certaine élégance il faut bien le dire, assénant ainsi leur coup de grâce vis-à-vis de l’enjeu central de leur petit chef-d’œuvre, mais nous allons y revenir.
Cette saison 2 embraye précisément là où la précédente s’était arrêtée. Il n’est nullement question d’inventer un artificiel recommencement mais bien de faire évoluer la série. Le temps de l’enquête est révolu et le duo Bliss-Rogers d’embrasser pleinement les conséquences des choix de Dory et ses compères. La confirmation de l’épatante ambition de Search Party.

Car ce qui se présente comme une comédie inoffensive, voire superfétatoire en période d’avalanche sérielle, se révèle rapidement comme une symbiose étonnante à la croisée des genres. Bien qu’elle louvoie franchement sur la corde humoristique, Search Party ne le fait jamais au détriment de ce qu’elle veut exprimer. En saison 1, l’enquête sur le mode du thriller n’est à aucun instant galvaudée. Sur la première partie de la saison 2 (que nous avons pu voir), Bliss et Rogers n’hésitent pas à se rapprocher d’une tonalité plus dramatique tout en basculant vers un autre registre du récit à suspens, de l’engrenage malin et captivant. Un petit tour de force qui n’en oublie pas un humour noir toujours efficient.

L’efficacité justement tout comme l’accroche principale de ce deuxième opus : ”I miss when my problems were about nothing.” On a rarement vu une œuvre sérielle s’approprier avec autant de facilité l’égoïsme entre insouciance et immaturité d’une génération, même si ces traits de caractères résonnent bien au-delà des seuls “millennials”. Au détour d’une conversation en voiture, Dory s’exclament en substance : “Mais nous sommes des gens bien”. Le quatuor s’empresse d’acquiescer mais les émotions qui défilent simultanément sur leurs visages soulignent le doute qui les taraude.
C’est tout le talent de Bliss et Rogers que d’avoir su trouver la distance idéale pour aborder leurs personnages. Enfermés dans leurs petites convictions, ils n’en sont pas moins attachants et capable de se dévouer pour leurs amis, à l’encontre même de leurs aspirations premières. Cette contradiction domine fondamentalement la série. Elle se traduit par l’usage d’un humour en apparence débridé, mais en réalité intelligemment dosé pour ne pas amoindrir l’intégrité de ses personnages. Le caractère léger de cette comédie tel qu’on croit le discerner de prime abord n’est qu’un mirage. Search Party est une construction sensée et réfléchie.

Notons que ces velléités fonctionnent aussi grâce à un casting aux petits oignons. Alia Shawkat est touchante de sincérité. Ces complices Hagner et Early titillent constamment les limites de la caricature et Reynolds bénéficie en saison 2 d’un peu plus de lumière (intérieure, si je puis dire). Ajoutons quelques renforts remarqués comme J. Smith-Cameron (Rectify) ou bien encore Jay Duplass (Transparent) renforçant la conviction de tenir là un très bel ensemble.

Le constat est sans appel : voici une petite merveille de comédie douce-amère. Remercions OCS de croire en cette série peu médiatisée mais ô combien méritante !

Bande-annonce (à ne pas voir si vous n’avez pas vu la saison 1 !) :

SEARCH PARTY Saison 2 (TBS) en dix épisodes.
Diffusée en US+24 sur OCS dès le 20 novembre.
Série créée par Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers et Michael Showalter.
Épisodes écrits par Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers, Jordan Firstman, Starlee Kine, Anthony King, Christina Lee, Andrew Fleming & Matt Kriete.
Épisodes réalisés par Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers, Lilly Burns & Michael Showalter.
Avec Alia Shawkat, John Reynolds, John Early, Meredith Hagner & Brandon Michael Hall.
Musique originale de Daniel Wohl.

Visuel : Jon Pack © Turner Entertainment Networks, Inc A Time Warner Comapny. All Rights Reserved.

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