#Critique Missions

#Critique Missions

Note de l'auteur

Nouvelle série OCS Signature, produite par Empreinte Digitale (Les Grands), couronnée par le prix découverte de l’ACS au dernier Festival Séries Mania, Missions réconcilie la France et la science-fiction dans un format peu courant pour le genre. Une réussite.

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©OCS

Missions est une série de science-fiction française dont la première saison est constituée de dix épisodes de 22 minutes. Ainsi résumé, on mesure le degré de folie, d’inconscience, d’audace, d’insolence et d’insouciance du projet. Il y a le genre que l’on croise rarement dans notre production hexagonale, persuadée que nous ne savons pas faire ou que c’est beaucoup trop cher. Et il y a le format de 22 minutes qui ne s’inscrit pas naturellement dans l’ADN de nos grilles de programmes, préférant les formats très courts ou plus longs. Missions incarne une anomalie dans notre paysage télévisuel. Et pourtant…

La série de Julien Lacombe (créateur, scénariste et réalisateur), Ami Cohen (créateur et scénariste) et Henri Debeurme (créateur et producteur) ravive des souvenirs de toute une génération biberonnée à la télévision dans les années 80. Une époque où voir une fiction découpée en épisodes d’une vingtaine de minutes et n’hésitant pas à explorer des genres tels que le fantastique, la science-fiction ou la fantasy était possible. C’était de l’animation, japonaise le plus souvent, que l’on regardait le mercredi. Missions électrise notre mémoire pour nous replacer dans les souliers de notre enfance où l’on pouvait s’émerveiller devant un grand spectacle d’aventure et se sentir frustrer au terme des 22 minutes de programme.

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@OCS

Missions exploite le vieux fantasme de l’exploration spatiale et plus particulièrement martienne. De la SF classique, vintage dans son utilisation des maquettes ou décors, généreuse par sa façon de mixer les influences récentes ou anciennes (de Interstellar de Christopher Nolan aux Chroniques martiennes de Bradbury) et habile pour nous tenir en haleine au rythme des nombreux cliffhangers et coups de théâtre. La série est un bel éloge de la frustration, minutant ses effets en jonglant entre l’attente, la temporisation et l’accélération dans la dernière ligne droite. L’écriture ainsi affûtée dégraisse tout élément superflu sans sacrifier respiration et suspension qu’ils prennent la forme de flash-back, de légère comédie ou de drame introspectif.

Il y a une vraie écriture sérielle et pas un vague découpage d’un récit continu. On suit les aventures d’un équipage, personnalités aux cases un peu rigides et campés par des comédiens pas tous à la hauteur de l’ambition affichée. La navigation de l’anglais au français pose parfois problème dans la justesse du jeu, vite balayée par un récit qui sait ménager ses effets. Portée par une SF rigoureuse, les auteurs construisent une belle aventure martienne, aux références marquées mais pas encombrantes, jusque dans une résolution qui entrouvre de belles possibilités.

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@OCS

Il se passe quelque chose avec ce format. Aux États-Unis ou en Angleterre, c’est le terrain devenu très fertile pour des fictions insaisissables, mixant la comédie et le drame ou trouvant dans cet entre-deux, la matière à produire de nouvelles formes de réflexions (I Love Dick, Fleabag pour les plus récentes). En France, c’est une façon d’exploiter le genre (Hero Corp, Les Grands, Dead Landes,…). Missions s’inscrit dans cette lignée nationale et prouve, si besoin était, que la France possède la maîtrise. Après la très réussie série adolescente Les Grands (autre genre qui souffre de la comparaison anglo-saxonne), Empreinte Digitale ajoute la SF à son tableau de chasse et s’affirme comme une maison sérieuse pour bouger les lignes.

Missions (OCS), 10×22 minutes
Créée par Julien Lacombe, Ami Cohen et Henri Debeurme
Écrite par Julien Lacombe et Ami Cohen
Réalisée par Julien Lacombe
Avec Hélène Viviès, Clément Aubert, Arben, Bajraktaraj, Jean-Toussaint Bernard, Mathias Mlekuz,…
Diffusée le 1 juin à 20h40 sur OCS City et en intégralité sur OCS Go.

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