#Critique Mob Psycho 100 (T.1, 2 & 3)

#Critique Mob Psycho 100 (T.1, 2 & 3)

Note de l'auteur

Il n’aura pas fallu bien longtemps pour que ONE s’impose comme un mangaka aussi atypique qu’indispensable. Après l’incroyable carton de One-Punch Man, en duo avec Yusuke Murata, le voilà de retour, seul aux commandes de Mob Psycho 100, un shōnen barré et inclassable, qui partage la même ADN que son aîné. Dans un style graphique minimaliste, voire enfantin, ONE nous balance une sorte d’OVNI, un truc légèrement auteurisant et parfois un peu désincarné mais qui parvient à conserver notre attention grâce à un savant dosage. Le shōnen n’est pas tout à fait mort, il respire encore !

 

Shigeo Kageyama, surnommé Mob, est un jeune adolescent discret et assez mystérieux. Sous ses airs de dépressif neurasthénique, Shigeo n’est pas aussi lisse et inintéressant qu’il paraît car il possède en fait des pouvoirs psychiques. Malheureusement, nombreux sont ceux qui souhaitent se servir de lui et le manipuler pour parvenir à leurs fins. Faux médiums, chefs de gangs, clubs scolaires ou encore sectes religieuses, toutes et tous voient en Mob une opportunité pour changer leur vie. Ce qu’ils ignorent, c’est que régulièrement, au gré des expériences que le jeune homme vit, son pouvoir explose et devient incontrôlable. Ne sachant pas lui-même comment gérer cette puissance incommensurable, Mob tente d’avancer dans la vie, semblant plus subir les événements qu’autre chose. Sur de nombreux points, les personnages de Mob et de Saitama dans One-Punch Man se ressemblent. Malgré leur grande force, tous deux aspirent à une vie paisible et sans histoire. Ils dégagent cette même nonchalance, cette même expression d’ennui, comme si tout leur glissait dessus. Loin de l’archétype des personnages complexes, renfermant de vastes blessures et de lourds secrets, ils sont, l’un comme l’autre, sans aspérités apparentes, peu caractérisés, comme juste esquissés. Plus encore que Saitama, Mob est impénétrable, ne laissant paraître aucune expression, faisant de lui un parfait anti-héros auquel on aura bien du mal à s’identifier.

 

Les différents protagonistes gravitant autour de lui sont tout aussi déconcertants. Que ce soit Arataka Reigen, un charlatan qui exploite Mob pour s’enrichir sur son dos, Kageyama, son frère qui le jalouse secrètement ou encore Tomé Kurata, la présidente illuminée et un brin hystérique du club de télépathie, prête à tout pour éviter sa dissolution, il ne semble pas y en avoir un pour rattraper l’autre. L’univers de Mob Psycho 100, bien qu’anodin en apparence, recèle son lot de bizarreries et de situations surréalistes, voire absurdes. L’étrange tempo du récit additionné au trait maladroit, éloigné des canons du genre font du manga de ONE un truc indéfinissable qu’on serait tenté de ranger aux côtés de certains titres d’Inio Asano ou Hajime Umeda. On y retrouve une forme de radicalité dans son désir d’anticonformisme. Alors que le mangaka a commencé sa carrière en publiant One-Punch Man sur le net, pour la version papier, le dessin a été confié à l’excellent Yusuke Murata. Avec Mob Psycho 100, c’est un peu comme s’il reprenait les rênes de son œuvre, affirmant un style naïf, qui en rebutera plus d’un et qui, évidemment souffre de la comparaison avec le titre précédent. ONE le sait, mais il assume sa patte graphique. Et alors que rien ne pouvait le laisser présager compte-tenu du minimalisme de son trait, c’est sur les scènes d’action, qu’il s’en sort le mieux. La maladresse du dessin se dilue dans un torrent d’encre tandis que le dessinateur griffonne ses pages. La simplicité se meut en fureur et certaines séquences parviennent à nous électriser.

 

Dans le second tome, la rencontre entre Mob et Teru, un étudiant d’un collège rival, possédant lui aussi des pouvoirs psychiques, est aussi improbable qu’hallucinante. Au fil des tomes, l’auteur nous indique la progression avant l’explosion de Mob. La tension monte au fur et à mesure que le pourcentage augmente et le procédé fonctionne à plein tube. Bien qu’il ne renie pas son appartenance au shōnen, Mob Psycho 100 entend bien jouer selon ses règles, quitte à laisser certains lecteurs sur le bord de la route. N’en reste pas moins une proposition intéressante, sans concession et pas racoleuse pour un sou. Et putain, ça fait du bien !

 

Mob Psycho 100 (T.1, 2 & 3)
De ONE
Édité par Kurokawa

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