#Critique : montre-moi ton côté sombre (Nox / Canal+)

#Critique : montre-moi ton côté sombre (Nox / Canal+)

Note de l'auteur

En apparence, Nox pourrait être trop vite ignoré comme un polar de plus dont notre bon vieux paysage audiovisuel est si friand. Mais, en s’y plongeant en profondeur, l’expérience s’avèrera bien plus intense que la moyenne.

Alors qu’ils sont en planque en sous-sol pour tenter de coincer une équipe de malfaiteurs spécialisée en attaque de distributeurs d’argent, Julie et Raphaël se séparent. La première ne refait pas surface et son coéquipier va tenter par tous les moyens de la retrouver. Il sera aidé en cela par la mère de la disparue, elle-même ancienne flic…

Le premier contact avec Nox est bien loin d’être en sa faveur. Les codes habituels de la série policière tricolore ne surprennent pas — mais alors vraiment pas — et elle ne se distingue pas spécialement sur ce registre. Lorsque Nathalie Baye tente de nous faire croire qu’elle peut impressionner un énergumène par quelques pichenettes grossières avec la crosse de son arme, la situation tendrait même au risible.

Mais, sans occulter ce facteur, on comprend rapidement que ce n’est pas ce qui intéresse Mabrouk El Mechri (JCVD, Sans issue). Il ne dispose sûrement pas ici des mêmes largesses budgétaires que pour Maison close, mais il n’en fait pas moins preuve d’efficacité. El Mechri s’attache plutôt à ses personnages pour insister sur leurs troubles et magnifier des parcours soignés et bien écrits.

Surtout, il s’assure de mettre son casting en valeur et il aurait tort de s’en priver tant celui-ci est brillant. Outre Nathalie Baye et Maïwenn, Nox s’offre une luxueuse brochette de seconds rôles constituée — tenez-vous bien — de Valérie Donzelli, Noémie Lvovsky, Lubna Azabal ou bien encore Sergi López. Nul doute que la perspective d’une mini-série bien délimitée (6 épisodes seulement) aura su attirer des actrices et acteurs habituellement peu enclins à s’engager sur une série. Néanmoins, au milieu de cet attelage de très grande classe, on retient le talent d’un Malik Zidi en flic touchant face à l’adversité.

L’influence scandinave. Après avoir succombé au niveau formidable de l’interprétation, le téléspectateur s’enfoncera dans les méandres d’un récit finement agencé. Le jeu des fausses pistes fonctionne à plein. Le milieu des sous-sols parisiens est un terrain de jeu relativement original qui véhicule une mythologie singulière. Et, pour finir, un crescendo assez diabolique se chargera de convaincre les derniers indécis. Tous les ingrédients qui témoignent d’une certaine transposition d’un savoir-faire scandinave (le fameux Scandi-Noir ou Nordic-Noir). Une juste combinaison entre suspens et dosage des artifices de narration.
À
 ce titre, les scandinaves exercent une propension à fixer le terreau de leurs récits sur un constat social. Pour Nox, ce cahier des charges est intégralement respecté puisqu’il s’agit ici de mettre en lumière les bas-fonds urbains et notamment leurs occupants vulnérables, souvent en marge du système. Un enjeu encore rare dans le contexte de la série française.

Au final, Nox est une belle tentative, dont la liberté d’exécution n’est peut-être pas non plus étrangère au caractère limité de la mini-série. Un format sur lequel Canal+ pourrait sans doute miser un peu plus souvent.

NOX (Canal+) Minisérie en 6 parties,
Diffusée dès le 12 mars.
Une série créée par Frédéric Cavayé, Quoc Dang Tran et Jérôme Fansten.
Réalisée par Mabrouk El Mechri.
Avec Nathalie Baye, Malik Zidi, Maïwenn , frédéric pierrot, Lubna Azabal, Valérie Donzelli, Noémie Lvovsky.

Visuel : Nox © Canal Plus.

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