#Critique : Mother

#Critique : Mother

Note de l'auteur

Dans une maison au milieu de nulle part, un écrivain et sa femme sont confrontés à de mystérieux visiteurs, puis à des fans en délire. Bas de plafond, boursouflé, prétentieux : le plus mauvais film de l’auteur de Black Swan.

Darren Aronofsky est le type même du cinéaste surestimé, pour le moins inégal qui mixe réalisation coup de boule et scénar conceptuel. J’étais sorti groogy de Requiem for a Dream et j’avais adoré The Wrestler, chemin de croix de Mickey Rourke, catcheur en quête de rédemption. Je suis plus circonspect devant The Fountain, nanar new age irregardable ou Black Swan, croisement improbable entre Phantom of the Paradise, Répulsion et Les Chaussons rouges. De fait, Aronofsky me semble un virtuose du pompé/collé et de l’esbroufe. Pas un film où il n’en fait pas des tonnes sur le plan formel, où il ne tombe pas dans l’hystérie, où il ne copie ses glorieux aînés, ou même les frères Dardenne dans The Wrestler. C‘était limite dans Black Swan, insupportable dans Noé, repompage éhonté de Conan le barbare, Batman façon Christopher Nolan, Mad Max 2, La Route ou Le Seigneur des anneaux, 2 heures de Biblic Fantasy kitsch et ridicule, avec géants de pierre, anges de lumière, Abel et Caïn en silhouettes découpées sur fond de soleil couchant et un serpent en 3D censé représenter le diable.

Avec Mother, Darren Aronofsky s’enfonce un peu plus dans Nanarland. C’est son plus mauvais film, un des pires de l’année (de la décennie ?). Ici, il repompe le Polanski de Rosemary’s Baby et de Répulsion. Il y est question d’un couple qui vit dans une grande maison au milieu de nulle part. Lui, c’est Javier Bardem, bogoss ténébreux, poète poète qui n’arrive plus à écrire. On le voit donc prendre son beau stylo plume, mais c’est ballot, page blanche, il n’y arrive plus. Il n’arrive plus non plus à baiser bobonne (tu as bien compris, l’impuissance de l’écrivain, hein ?). Elle, c’est Jennifer Lawrence, 20 ans plus jeune. C’est madame Bricorama. Elle a retapé la maison du sol au plafond, refait les enduits, la peinture, la plomberie… Mais bobonne fait également la bouffe, le ménage, débouche les chiottes, tout pour que Mooosieur puisse écrire son grand œuvre tranquilos. Un soir, un inconnu débarque, accueilli à bras ouverts par Bardem, puis sa femme zarbi et leurs fils défoncés au crack. Après avoir réussi à faire l’amour à Bobonne, l’écrivain parvient à faire un enfant (bingo) et torcher son livre (tu vois la parabole). Dans une seconde partie, la maison est prise d’assaut par les fans hardcore de l’écrivain qui picolent, baisent, repeignent le plafond, pètent sur les meringues, puis s’étripent. Bon… C’est l’émeute avec guerre de tranchées dans la baraque en ruine, intervention de l’armée, tirs à l’arme lourde. Bienvenue dans le portnaouaq.

Vous pensez que j’ai fumé la moquette ? Il n’en est rien, c’est plutôt Aronofsky qui s’est gravement poudré le nez. Les scènes sont disjointes, le récit incohérent, les acteurs en roue libre. Pendant la première heure, Jennifer Lawrence voit son univers envahi par des intrus divers et variés. C’est long, vain, mais Aronofsky parvient à générer une tension en cadrant son actrice serré. Il multiplie les plans où il la suit de dos déambuler dans les couloirs sans fin, comme dans un film des Dardenne. Il y a également cette idée intéressante que son héroïne ne fait qu’un avec sa maison. Le plancher saigne, il y a comme un cœur dans les murs et Jennifer Lawrence ressent physiquement les détériorations du foyer. Ensuite, Aronofsky passe en mode hystéro, en multipliant les visions violentes, gore, les séquences spectaculaires. C’est le chaos, mais il est impossible de prendre ces grosses scènes de foule au sérieux, tellement c’est outré. Plus grave, Aronofsky patine dans la métaphore (du pied gauche, ça porte bonheur). Tout y passe : la misère, la guerre, la délinquance, le fanatisme, l’obscurantisme, les sectes… Bobo la tête ! Exit les tourments de Jennifer Lawrence, Aronofsky ne parle plus que de ce qui l’intéresse au plus au monde : son nombril. Eh oui, ce créateur qui n’arrive plus à créer, cet artiste qui détruit tout autour de lui, cet homme dont l’œuvre est arrachée, ingérée par ses fans, bon sang, mais c’est bien dur, c’est Darren Aronofsky himself ! Pendant une plombe, le cinéaste enchaîne les métaphores gros sabots sur la créativité, l’inspiration. C’est stupide, boursouflé et incroyablement prétentieux. Et surtout, le pauvre spectateur, à qui l’on n’épargne pas la mort d’un bébé et un tas de visions peu ragoûtantes, s’en bat les steaks des états d’âme de Darren Aronofsky. Le naufrage est total.

À fuir !

 

Mother
Réalisé par Darren Aronofsky
Avec Javier Bardem, Jennifer Lawrence, Ed Harris
Sortie en salles le 13 septembre 2017

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