#Critique Muscle Shoals

#Critique Muscle Shoals

Note de l'auteur

Muscle Shoals, Alabama, petite bourgade située au nord de l’état à la frontière du Tennessee et traversée par la rivière du même nom, a tout de la petite agglomération typique du sud des États-Unis. On y aime le poisson-chat frit, le football, les dimanches après-midis à siroter du thé glacé sous le porche, toutes choses simples qui font que la vie est douce pour les 13 000 âmes qui y vivent. Des âmes… Là-bas, on dit Soul.

Parce que Muscle Shoals a une petite particularité par rapport à ses sœurs du Heart of Dixie (le Dixieland étant le surnom donné aux états du Sud), elle abrite les studios d’enregistrement qui ont inventé ce qui s’appelait encore à l’époque le Rhythm n Blues avant que le terme R’nB ne se retrouve dévoyé par les accros à l’auto-tune adeptes de la musique de supermarché.

Rick Hall, fondateur des studios FAME

Rick Hall, fondateur des studios FAME

C’est également là qu’est né le Southern Rock, rencontre fraternelle entre les musiques noires, du blues du delta du Mississippi à la Soul de Georgie, et la Country Music prisée par les blancs, deux communautés qui vivaient encore à l’époque dans la crainte et parfois la haine de l’autre. I have a dream comme disait l’autre, c’est à Muscle Shoals que ce rêve a commencé à devenir réalité.

C’est donc de cela et de bien d’autres choses que nous parle ce documentaire signé par Greg Camalier, découvert sur le Netflix américain et disponible en DVD sous nos latitudes. Centré autour de la vie de Rick Hall, fondateur et patron des studios FAME, il revient sur les origines du studio mythique, la création du son Muscle Shoals, l’émancipation d’une partie de l’équipe originelle qui donnera naissance aux Muscle Shoals Sound Studios et bien évidemment, les artistes qui ont contribué à placer la ville sur la carte. Et quels artistes…

Aretha et les Swampers

Aretha et les Swampers

De Percy Sledge qui y enregistra When a Man Loves a Woman, le titre qui popularisa les techniques de productions du studio FAME aux Rolling Stones en passant par Aretha Franklin, Bob Dylan, Traffic, Lynyrd Skynyrd, Paul Simon, The Allman Brothers… La liste est interminable. Et chacun de ces musiciens nous raconte la même histoire, il y a un son à Muscle Shoals comparable à nul autre au monde.

D’après les locaux, c’est vers la rivière Tennessee qu’il faudrait regarder pour avoir le commencement d’une explication. En langue Cherokee en effet, elle est surnommée « la rivière qui chante », parce que selon la légende, un esprit de femme vivrait dans ses eaux et offrirait ses mélodies à ceux qui savent les écouter. Après tout, c’est un explication pas plus bête qu’une autre et qui a l’avantage d’être poétique !

Sa Majesté Keith

Sa Majesté Keith

Bono, quant à lui, extrapole un peu la chose en établissant un parallèle avec Liverpool et le fleuve Mersey qui accoucha du fameux Mersey Beat, ainsi qu’avec le Mississippi (on y revient). D’après lui, ce serait comme si la musique s’extirpait de la boue… Bon après, c’est Bono hein !

Et le leader de U2 n’est que le premier d’une longue liste à témoigner face caméra de l’importance qu’a eu le son Muscle Shoals sur toute une génération de musiciens. On retrouve par exemple Mick Jagger et Keith Richards se remémorant les sessions d’enregistrement enfumées de Sticky Fingers, souvenirs bien différents de ceux du patron des studios qui se rappelle de jeunes anglais très polis qui disaient non à la drogue ! Petits malins.

Et puis il y a l’histoire des Swampers, le groupe de musiciens de sessions responsables du groove des chansons enregistrées aux studios FAME dans les années 60, des petits gars du cru habités par une flamme soul qui ciselèrent quelques uns des plus grands hits d’Aretha Franklin, d’Etta James ou de Wilson Pickett… Ce dernier fut d’ailleurs très impressionné par un jeune guitariste débutant aux longs cheveux blonds qui participa à sa version du Hey Jude des Beatles, un certain Duane Allman.

Wilson Pickett et Duane Allman

Wilson Pickett et Duane Allman

Ces mêmes Swampers décidèrent un jour de prendre leur indépendance et d’ouvrir leur propre studio, le Muscle Shoals Sound Studios, celui-là même où les frères Allman firent leurs débuts et où Lynyrd Skynyrd enregistra ses premiers titres, vivant dans un motel à deux sous et se nourrissant uniquement de sandwiches au beurre de cacahuète payés par le ramassage de bouteilles consignées ! Le dernier couplet de Sweet Home Alabama ne parle d’ailleurs que de cela…

On apprend donc une foule de choses en accompagnant Rick Hall le long de la route de la mémoire comme on dit là-bas. L’homme est attachant et la passion pour la musique qui l’anime encore aujourd’hui force le respect. De son premier enregistrement (Steal Away par Jimmy Hughes) où il avoue avoir pleuré de joie à celui qui clôt le documentaire, une version gospel déchirante de Pressing On par Alicia Keys, le voyage vaut le détour et il serait bien bête de passer à côté.

 

 

 

 

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