#Critique Museum – Killing in the Rain (T.1)

#Critique Museum – Killing in the Rain (T.1)

Note de l'auteur

9782811619893Avec Museum, l’éditeur Pika dégaine un thriller sombre très imprégné des codes du cinéma. Une série de meurtres atroces qui met les enquêteurs sur les dents, un mystérieux tueur au masque de grenouille, le tout emballé dans une ambiance pesante et réaliste, le titre de Ryôsuke Tomoe s’inscrit dès son premier tome dans la lignée des polars noirs. Loin des « Death Game » ce sous-genre décérébré très à la mode en ce moment dans le seinen, Museum construit solidement son récit en forme de puzzle et invite les lecteurs, à l’instar des enquêteurs, à venir le résoudre.

 

Une femme dévorée par des chiens, une autre retrouvée congelée ou encore un homme découpé en morceaux… Les meurtres s’enchaînent sans lien apparent et le lieutenant de police de la première brigade criminelle, Hisashi Sawamura et le sergent Nishino tentent tant bien que mal de trouver une piste. D’autant que le coupable aime laisser sur les lieux du crime, une sorte de signature, un papier sur lequel il est à chaque fois inscrit le nom de la punition qui a été infligée à la victime. Dès lors que Sawamura et ses collègues parviennent à remettre en place les pièces du puzzle, s’engage une course contre la montre pour éviter qu’il n’y ait plus de victimes, à commencer par la femme et le fils du lieutenant. D’un bout à l’autre du tome, Museum épouse les codes cinématographiques et semble s’imposer comme un cousin éloigné du Seven de David Fincher. Son atmosphère oppressante, son réalisme presque clinique, son découpage millimétré et cette tension qui monte crescendo sont autant d’éléments qui participent au rapprochement avec le septième art. D’une certaine manière, Museum fait dans le classicisme le plus pur avec son histoire de serial killer mais il le fait avec une grande rigueur pour un résultat des plus convaincants. Mené à un rythme soutenu, le récit ne souffre d’aucun passage en creux, prenant malgré tout le temps de développer en surface le personnage de Sawamura.

 

9782811619893_pgFormellement, le trait photoréaliste et soigné de Ryôsuke Tomoe apporte une vraie plus-value au titre. Il gomme presque l’effet bande dessinée et par la même occasion, la distanciation du lecteur par rapport à ce qu’il lit. Nous voilà au plus près, spectateur privilégié d’une enquête morbide, d’un fait divers sinistre. Le procédé de sanction punitive rend le récit d’autant plus dérangeant et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le titre s’ouvre sur la définition du mot « lynchage ». Museum nous invite à frissonner sous la pluie et à sonder les tréfonds de l’âme humaine. Un vrai seinen donc, qui ne cherche pas à adoucir son propos par quelques subterfuges que ce soit comme du second degré ou des personnages à l’air trop juvénile. Le mangaka ne tombe pas non plus dans l’exagération ou l’outrance même si les meurtres sont assez glauques et graphiques. Bref, ce premier tome est clairement une réussite, on se retrouve rapidement happé par ce thriller à la narration efficace et maîtrisée. Rajoutez à cela un final aussi intriguant qu’alléchant et vous obtiendrez une excellente surprise dont on attend d’ores et déjà le deuxième tome, de pied ferme.

 

Museum – Killing in the Rain (T.1)
De Ryôsuke Tomoe
Édité par Pika

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