#critique NieR Automata

#critique NieR Automata

Note de l'auteur

NieR : Replicant est l’un des rares RPG japonais à avoir survécu à la génération précédente dans la mémoire des joueurs. Sacrifié sur l’autel de la critique professionnelle qui y voyait un jeu trop étrange et bien mal fichu, là où les fans, eux, auront trouvé un titre bien plus riche et complexe qu’il n’y paraît, à la construction narrative rafraîchissante. Square-Enix a entendu l’appel des joueurs, et a permis à Yoko Taro, avec l’aide du studio Platinum Games (Bayonetta, Vanquish, Mad World), de faire perdurer la licence en offrant une suite, NieR : Automata. Et Bon Dieu, quelle merveilleuse idée !

58baa1ea314adLa baston au Nier-vana

Pour les frileux de l’histoire, pas d’inquiétude : il n’est pas nécessaire d’avoir joué à NieR premier du nom pour apprécier la totalité du scénario, même si quelques références pointues viendront titiller le fan. Si l’envie vous prend d’élargir vos connaissances, des résumés traînent sur le net concernant l’univers des jeux Drakengard dont la série NieR est un spin-off. Mais revenons à ce NieR Automata : le jeu se déroule sur Terre, dans un futur très éloigné où les humains se sont réfugiés sur la Lune suite à une invasion de machines sur notre bonne vieille planète bleue, fomentée par une race extraterrestre. Seuls des androïdes très développés sont restés sur Terre, et ont fini par combattre les machines pour les repousser, sans grand succès. Pour leur donner un coup de pouce, les humains construisent la section YoRHa, une équipe d’androïdes spécialisés dans le combat. Le joueur dirige donc l’un de ces androïdes, 2 B, accompagné par un jeune éclaireur, 9S, chargés de combattre les machines au milieu d’une Terre en ruines.

NieR_Automata_20170415201452Contrairement à son aîné qui était un RPG japonais pur jus, NieR Automata s’oriente vers un Action-RPG survitaminé, Platinum Games oblige. Vifs et rapides, alternant les coups faibles et d’autres plus puissants, les personnages se battent avec une telle férocité qu’il est impossible de lâcher l’écran, virevoltant à coups de parades et de contre-attaques dont le studio a le secret. Yoko Taro étant un véritable fan des RPG et de « shmup », les ennemis n’hésiteront pas à larguer quelques boulettes d’énergie à l’intention du joueur, qui pourra même à l’occasion intégrer un module de vol histoire d’honorer comme il se doit l’héritage du shoot’em up. Mais la véritable clef de voûte du système de jeu réside dans l’incorporation de l’informatique au cœur même du gameplay. Les différentes compétences et améliorations sont activables via des puces de fonctionnalité, comprises dans un espace à taille variable où est également dispatchée l’interface de tout le jeu. Les fous furieux pourront donc carrément désactiver toute information à l’écran histoire de grappiller de l’espace mémoire pour y placer son petit boost de vitesse supplémentaire.

NieR_Automata_20170406163627Tout le titre tourne d’ailleurs autour de ce concept : Yoko Taro considère ses personnages comme des systèmes d’exploitation informatiques et multiplie les effets visuels en s’amusant avec des glitchs. Certaines attaques ennemies pourront même désactiver des fonctions indispensables de vos personnages, quitte à transformer le camp d’en face en une jolie mosaïque, l’androïde étant incapable d’analyser ses adversaires. Mais si le jeu bénéficie d’un dynamisme certain et d’un système original, la richesse des combats tourne court quand on se rend compte à quel point les stratégies se répètent. On pourra bien entendu changer d’armes qui modifieront le style et la vitesse des attaques, voire customiser les petits bots vous accompagnant pour balancer des attaques puissantes lorsque la menace mécanique devient un peu trop pesante. On aurait aimé autant de richesses qu’un Bayonetta, il faudra se contenter d’un gameplay vif et bourrin, à défaut d’une variété de situations qui aurait pu sauver quelques moments de vides ludiques.

NieR_Automata_20170416010312Hélas, on pourra aussi reprocher la pauvreté du monde ouvert que nous propose le titre. Après un Legend of Zelda : Breath of the Wild faramineux, difficile de passer outre les multiples murs invisibles et le level design paresseux donnant l’impression d’avoir dix ans de retard. On a ici et là quelques panoramas chatoyants, bercés par une lumière superbe, mais ces quelques moments ne suffisent pas à enlever la tristesse globale qui nous envahit devant ce monde ouvert. Le jeu sauve les meubles par un « 60 fps » quasi constant, fort appréciable pour un titre au rythme cadencé, et propose même quelques effets de mise en scène mélangeant beat’em all et shoot’em up en un ballet aérien du plus bel effet. NieR Automata souffle constamment le chaud et le froid : on apprécie des séquences narratives fortes ponctuées par l’impeccable jeu des doubleurs japonais, mais on peste contre les multiples allers-retours ou la faiblesse de certaines quêtes secondaires qui se résument souvent à des missions FedEx. Fort heureusement, NieR Automata se démarque sur son histoire et ses personnages, véritables machines à émotions qui ne cessent de surprendre.

NieR_Automata_20170416150422Cartes en mains,  jeu de Taro

Le titre est bâti sur une structure narrative étonnante : le joueur verra les crédits de fin au bout de sept à huit heures. Mais le jeu n’abandonne pas le combattant frustré que nous sommes pour autant et lui suggère de recharger la partie pour aborder l’aventure d’une tout autre façon. On change alors de personnage, et très vite on se rend compte des subtiles modifications de l’aventure, apportant une lumière bien différente sur des événements déjà vus. Il faudra terminer l’aventure trois fois pour saisir toutes les nuances du scénario. Si on regrette certains passages sentant beaucoup trop le réchauffé, hormis le nouveau protagoniste et son gameplay inédit, on reste surpris et abasourdi devant l’incroyable richesse du scénario se déroulant juste devant nos yeux, sans crier gare.

NieR_Automata_20170415204401C’est pendant le troisième run que l’aventure prend alors toute son ampleur en lui apportant une dimension complètement inédite. L’aspect cyclique du scénario apparaît comme une évidence lors de la (réelle) fin du jeu, et tout le message philosophique de Yoko Taro transcende littéralement le simple jeu d’action RPG bourrin qu’on veut essayer de nous vendre. Certes, c’est fait parfois avec une naïveté touchante, mais la démarche est honnête, passionnée et pleine de cœur. Mais c’est surtout l’humanité étonnante et la richesse de ses personnages qui sautent à la figure. En mettant en scène des androïdes interdits de toute émotion, et en confrontant 2 B, soldat frigide, à 9 S, éclaireur plein d’humour et de curiosité, Yoko Taro choisit de montrer la réalité d’un avenir en ruines, au pessimisme ambiant et ravageur, d’où subsiste une étincelle d’humanité venant de machines cherchant véritablement un sens à leur vie. Démocratie, monarchie, religion, discrimination, quête de la beauté ou apprentissage de la peur et de la méfiance, chacun des pans du jeu dévoile comment des êtres de métal tentent de singer l’humain, et nous montrent le résultat quand rien n’est là pour les guider.

nier-automata01Des machines devenues folles pour avoir tenté de sonder l’âme humaine et essayé de la comprendre ; des machines qui en élèvent d’autres en tentant de leur inculquer nos préceptes les plus basiques… Faut-il combattre ces êtres qui défendent simplement un idéal qu’ils se sont forgé ? Est-il juste d’éradiquer des machines qui tentent d’exister par eux-mêmes, en s’extrayant du joug de leurs maîtres ? Autant de questions qui trouvent des réponses d’une justesse rarement vues ailleurs, alternant de purs moments de grâce, au travers d’un scénario d’une noirceur qu’on n’avait pas vu venir. Il faut ajouter à ça l’incroyable partition de Keiichi Okabe et Keigo Hoashi, qui nous régale de musiques somptueuses portées par des chœurs au dialecte inventé et des envolées instrumentales magistrales, venant sublimer les moments les plus forts. Je vous renvoie à la critique de Professeur Zikiki pour découvrir tout ça.

NieR_Automata_20170408013536Par un véritable miracle, NieR Automata parvient à faire oublier ses défauts évidents grâce à un univers et une direction narrative extrêmement forte. On subit de véritables montagnes russes émotionnelles, passant de l’excitation éprouvée lors d’un prologue dynamique jusqu’à l’arrivée dans ce monde ouvert tout triste aux multiples murs invisibles faisant grincer les dents du joueur pointilleux. Puis vient la conclusion du premier run, suivi de la découverte des fins supplémentaires et du pourquoi du comment. C’est quand on saisit la portée significative de l’œuvre de Yoko Taro, quand on commence à discerner là où il veut en venir, que l’on comprend pourquoi c’est un grand jeu. Quand on se retrouve submergé par l’émotion lors d’une scène forte impliquant le personnage de Pascal (Blaise, référence philosophique tout comme Engels, Jean-Paul et quelques autres), subjuguée par la folle musique de Keiichi Okabe, on comprend alors que la simplicité et la répétitivité du reste du jeu sont au pire de simples égarements obligatoires, au mieux des séquences nécessaires pour y porter le message définitif, celui d’une œuvre profondément humaniste portée par de simples robots, qui nous rassemble et nous unit. Et ce n’est qu’au moment des crédits du jeu sur la dernière fin, la fin « E », que l’on prend conscience de tout ça. Au diable la technique à la ramasse ou les petites faiblesses de son système de jeu, NieR Automata a parfaitement réussi ce qu’il entreprend et restera une œuvre qu’on aura du mal à oublier.

NieR : Automata

Développeur : Platinum Games
Éditeur : Square-Enix
Prix : 60 euros


NieR : Automata—Accolades Launch Trailer par mftgametrailers

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