#Critique : Oasis – Supersonic

#Critique : Oasis – Supersonic

Note de l'auteur

Plus de vingt cinq ans après sa création, Oasis reste un groupe sujet à controverses… Figure emblématique du brit rock des années 90, le groupe reste pour certains le dernier grand frisson de la musique pop anglaise quand d’autres le considèrent comme une vaste supercherie outrageusement surestimée. Supersonic se propose de faire la part des choses mais malheureusement, rate partiellement sa cible.

L’idée de base n’était pourtant pas mauvaise. Au travers d’images d’archives rares, patiemment collectées par le réalisateur et monteur Mat Whitecross, le film retrace la formation et le succès foudroyant d’Oasis, depuis les premières répétitions du groupe jusqu’au concert mythique donné à Knebworth en 1996, supposé point culminant de la carrière des frères Gallagher.

Whitecross n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai dans le monde de la musique, puisqu’il fut monteur pour Michael Winterbottom de l’étrange 9 Songs (2004), sorte de bootleg porno rock un brin racoleur, avant de réaliser en 2010 le très bon Sex & Drugs & Rock n’ Roll, un biopic sur la vie de Ian Dury avec Andy Serkis dans le rôle du chanteur maudit. Il est depuis le vidéographe officiel de Coldplay.

Oasis circa 1994

Oasis circa 1994

On peut donc estimer que le bonhomme sait de quoi il parle lorsqu’il s’attaque au monument Oasis, et son approche fonctionne plutôt bien dans la première partie du film qui nous présente l’enfance de Noel Gallagher. On y apprend sa relation tumultueuse avec un père tyrannique et violent, le bouleversement de sa vie lors de la venue au monde de Liam, de cinq ans son cadet, et son intérêt précoce pour la musique.

Alors sur la voie d’une délinquance presque banale dans le milieu ouvrier de Manchester dont il est issu, c’est son amour pour la musique qui va finir par l’emporter, influencé par les groupes de l’époque tels que les Stone Roses ou les Smiths, et bien entendu John Lennon et les Beatles qui resteront pour lui une source inépuisable d’inspiration.

Devenu roadie pour les Inspiral Carpets suite à une solide amitié avec le guitariste Graham Lambert, il découvre un jour que Liam a lui même formé un groupe, The Rain, et malgré le fait qu’il trouve les compositions un peu faiblardes, il est impressionné par la performance de son petit frère. Ce moment clé, documenté ici grâce à des images d’archives montrant le groupe qui va devenir Oasis en répétitions, explique beaucoup de choses sur la suite des événements et est sans doute l’apport le plus important de Supersonic.

Car en effet, on y voit Noel Gallagher prendre le pouvoir au sein du groupe de son frère, comme un aîné autoritaire qui confisquerait le jouet favori de son cadet pour se l’approprier. Certes, les compositions de Noel vont changer la donne. Certes, les chansons d’Oasis vont les placer sur orbite et en faire le groupe numéro 1 en Angleterre en l’espace de deux albums parfaits de bout en bout. Mais au final, il est évident que depuis le départ, quelqu’un s’est fait spolier…

Bah oui Noel, et la musique dans tout ça?

Bah oui Noel, et la musique dans tout ça?

Et c’est bien là le premier défaut majeur du film, au lieu d’approfondir cet élément de fait qui va conditionner la relation entre les deux frères et finir par détruire le groupe, Supersonic se contente d’enchaîner les documents d’archives, souvent passionnants au demeurant, sans jamais chercher à analyser quoi que ce soit, ni à établir de réelle narration, ce qui finit par être frustrant pour le spectateur.

Autre problème, le film parle très peu de musique… Un comble ! Si l’on a droit à quelques extraits de sessions en studio, dont celui assez édifiant où l’on voit Liam se dépêcher de finir ses parties vocales pour aller regarder un match de football, Supersonic passe complètement à côté du processus de composition de Noel Gallagher, et de la production en général. C’est à peine si l’on évoque le travail inouï de Mark Coyle, puis d’Owen Morris sur le son de Definitely Maybe (1994), un album qui reste sans le moindre doute l’un des meilleurs disques de rock britannique jamais enregistré, excusez du peu !

Knebworth - 1996

Knebworth – 1996

Dernier point, Supersonic s’achève sur le concert donné par Oasis à Knebworth juste après la parution de leur second album What’s the Story (Morning Glory)?, une étape certes importante dans leur carrière mais loin d’en être le summum, selon l’humble avis de l’auteur de ces lignes ! En effet, quid de Be Here Now (1997), album aussi important sinon supérieur en qualité à son prédécesseur. Pourquoi ne pas prolonger le récit en parlant de la lente démocratisation au sein du groupe qui verra Liam Gallagher, et de nouveaux musiciens (Andy Bell, Gem Archer) être associés à la composition des morceaux ?

On pourra dire que tel n’était pas le propos du documentaire, son titre évoquant clairement l’aspect météorique du succès d’Oasis comme base de réflexion… Il n’en reste pas moins qu’on sort de Supersonic un peu déçus et frustrés, avec le sentiment qu’il manque quelque chose à l’histoire, un chapitre par-ci par-là, voire une conclusion. Et pas mal de chansons. Ceci posé, le film est un must see pour tous les fans des lads de Manchester qui y trouveront de quoi enrichir leur connaissance du groupe… Ce n’est déjà pas si mal.

 

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