# Critique On a fait le tri N°20

# Critique On a fait le tri N°20

Parce qu’on n’a malheureusement pas le temps de vous parler en détail de tous les bouquins qui sont passés entre nos mains, ‘On a fait le tri’ revient sur les dernières sorties de la planète comics.

 

monstress-comics-volume-1-tpb-hardcover-cartonnee-273546Monstress – Tome 1

Série très dense par sa narration et la richesse de son dessin, la BD de Marjorie Liu et Sana Takeda fait partie de ses œuvres situées à la frontière du comic et du manga. Racontant la lutte entre divers protagonistes et races dans un univers de fantasy où se côtoie magie, science et démons, Monstress intrigue pour peu qu’on accepte de se perdre sans retenue. Si ce n’est pas le cas où si la séduction n’opère que très peu comme ce fut notre cas, on sera vite fatigué par le fait d’être balancé sans aucune autre forme de procès dans un monde où tout semble très touffu voire incompréhensible. À charge de recoller les morceaux dans les codes, règles et personnages si on est pris dedans. Si ce n’est le cas, on fermera rapidement le livre.

 

 

 

ASTRONAUTS IN TROUBLE C1C4.inddAstronauts in Trouble

Autre ouvrage qu’on fermera rapidement avec un sentiment de déception assez important, Astronauts in Trouble participe à la reconnaissance artistique d’un Charlie Adlard (le dessinateur de Walking Dead), ce dont on ne se plaindra guère. Série ambitieuse dans l’idée et sa mise en forme, les épisodes nous content l’histoire de la conquête de la Lune sur différentes périodes reliées par un fil rouge : les journalistes d’une équipe de télévision. Rappelant par certains aspects L’Histoire du futur de Robert Heinlein (et notamment sa nouvelle L’homme qui vendit la Lune), Astronault in Trouble est malheureusement plombé par une narration très brouillonne. Outre le peu d’attache qu’on peut avoir avec des personnages qui parcourent les différents récits sans qu’on arrive à la identifier rapidement, la série pâtie aussi d’une volonté de traiter de plusieurs sujets sans jamais les lier et en passant de l’un à l’autre sans qu’on sache vraiment ce qui le justifie. Si on y découvre ici un Adlard déjà proche de son style sur Walking Dead, on le voit encore traîner quelques boulets dans la manière de rendre clair un récit. Si cette BD a au moins une valeur historique quant au travail d’un dessinateur incroyable, il ne faut pas en attendre beaucoup plus.

 

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Sans nuance

Terminons avec les déceptions en expédiant cet ouvrage directement à la poubelle. Sorte de complément idiot à Sex Criminals de Matt Fraction et Chip Zdarsky, Sans nuance est un recueil de blagues Carambar tendance beauf. Le genre de petit bouquin à 2 € qu’on retrouve à la caisse d’un magasin culturel nous proposant « 100 blagues pour animer l’apéro » et qu’on prend pour offrir à tonton André. Si Sex Criminals détonne par sa capacité éducative, son humour et son audace, Sans nuance est totalement à l’opposé. C’est une chose de s’écrire ce genre de blagues graveleuses entre potes, mais ce n’était vraiment pas la peine d’en faire un livre.

 

 

 

i-hate-fairyland-comics-volume-1-tpb-hardcover-cartonnee-266882I Hate Fairyland – Tome 1

Connu en France pour, notamment, son adaptation des récits du Magicien d’Oz ou de la récente série Rocket Raccoon, Skottie Young se distingue par la beauté de ses couvertures et son approche humoristique basée sur des versions enfantines des super-héros. On garde ainsi en tête sa relecture comique de la saga Avengers vs X-men dans laquelle les deux équipes s’affrontent pour la possession du jardin d’enfants ou pour avoir les deux petits nouveaux dans leur équipe. Avec I Hate Fairyland, l’auteur s’amuse aujourd’hui à démonter tous les codes issus des contes de fées et autres récits merveilleux. Avec son style permettant d’être en phase avec l’aspect sirupeux de ces histoires pour mieux le détruire ensuite, Young met en scène les aventures de Gertrude dont la quête pour trouver la clé qui lui permettra de rentrer dans notre réalité dure depuis une trentaine d’années. Femme colérique coincée dans un corps de fillette et dans un univers qui la débecte totalement, Gertrude n’hésite pas à trucider tout sur son passage pour arriver enfin à trouver la porte de sortie. Beau, drôle et caustique, I Hate Fairyland use du slapstick, du running gag et de dialogues caustiques avec brio (on soulignera l’excellente traduction française) et se pose comme un des meilleurs récits de son auteur.

 

dark-night-une-histoire-vraie-comics-volume-1-tpb-hardcover-cartonnee-266867Dark Night : Une histoire vraie

Album très attendu, Dark Night : Une histoire vraie, a fait beaucoup parler de lui par son approche intimiste de la part d’un auteur connu et célébré par la communauté geek en général. Scénariste phare de la série animée Batman et créateur du personnage d’Harley Quinn, Paul Dini dévoile dans ce graphic novel dessiné par Eduardo Risso l’agression violente dont il fut victime il y a une vingtaine d’années. Si celle-ci est au centre du récit et dépeinte avec une dureté extrême, c’est d’avantage le travail de reconstruction qui intéresse et questionne Dini. Mais là où beaucoup se sont arrêtés à la capacité de la fiction comme outil de guérison mentale (les personnages de l’univers Batman discutant régulièrement avec Dini), la description que le scénariste se fait de lui-même nous apparaît bien plus intéressante. Dépassant la simple idée de la résilience suite à une agression, il décrit un mal-être bien plus ancien et bien plus profond, comme si l’agression dont il fut victime avait mis en évidence sa propre solitude et son incapacité à communiquer avec l’extérieur de manière générale. Pas tendre envers lui-même et par-delà envers une certaine communauté, Dark Night : Une histoire vraie pose des questions intéressantes, fait réfléchir et, peut-être, faire prendre conscience de la nécessité à évoluer et repenser certaines choses pour grandir.

 

sons-of-the-devil-comics-volume-1-tpb-hardcover-cartonnee-271679Sons of the Devil

Jouant habilement avec les flash-back afin de faire monter progressivement la tension et donner un impact suffisant aux révélations, ce premier tome de Sons of the Devil nous conte le quotidien de Travis, jeune homme violent dont l’instabilité émotionnelle semble avoir pour source son abandon par ses parents quand il était bébé. La réalité des faits étant bien différentes, il va se retrouver au centre d’une cabale ayant pour objet la résurrection d’un démon. Sans être révolutionnaire, la série de Brian Buccellato a au moins le mérite d’être efficace dans la narration et de bénéficier des dessins d’un Toni Infante lorgnant parfois sur American Vampire.

 

 

 

 

 

the-wicked-the-divine-comics-volume-2-tpb-hardcover-cartonnee-271691The Wicked + The Divine – Tome 2

La grosse sortie de chez Glénat Comics continue à tracer un chemin qu’emprunteront avec plaisir les lecteurs pour peu qu’ils soient sensibles à l’univers (par exemple) de Neil Gaiman ou de ceux créés par les plus grandes pop-stars dont la série de Kieron Gillen et Jamie McKelvie se fait l’écho. Si la série pourrait pâtir de la disparition d’un des personnages clés des précédents épisodes, il n’en est finalement rien tant l’exploration de ce panthéon est riche en nouveaux personnages et nouvelles perspectives. Les auteurs de Young Avengers n’ont plus à prouver qu’ils forment un duo hautement capable de bien raconter une histoire, quand bien même le sujet ne serait pas intéressant de prime abord pour certains lecteurs, dont l’auteur de ces lignes. Questionnant notre rapport au divin tout en le mettant en parallèle avec la célébrité tel qu’elle est montrée ou désirée aujourd’hui, ce deuxième tome de The Wicked + The Divine ne déçoit pas.

 

 

 

 

black-widow-comics-volume-1-tpb-hardcover-cartonnee-issues-v6-277317Black Widow – Tome 1

Après avoir clôturé l’un des plus grands cycles sur Daredevil, le scénariste Mark Waid et le dessinateur Chris Samnee se retrouvent sur une nouvelle série centrée sur la plus célèbre des espionnes de l’univers Marvel, Black Widow. La série plonge Natasha Romanoff dans l’exploration de son passé. Bien occupé avec sa reprise d’Avengers, Mark Waid a la très bonne idée de laisser Chris Samnee aux commandes. Il en découle alors une aventure sans temps mort (le premier épisode est un petit bijou d’actions non-stop) qui compense le fait d’arriver après une œuvre comme Velvet par une grande richesse visuelle.

 

 

 

 

 

les-solitaires-comics-volume-1-tpb-softcover-souple-278950Les Solitaires

Huit ans après Noir c’est noir, Delcourt continue l’exploration de l’univers de Tim Lane à travers Les Solitaires, un recueil compilant une masse imposante d’histoires courtes, dessins, écrits et autres travaux d’un auteur de la culture underground américaine. Très dense et passant d’un récit à l’autre sans prévenir, la lecture de l’ouvrage n’est pas forcément à conseiller à n’importe qui. Grand amateur de super-slips, tu passeras sans problème ton chemin tandis que l’amoureux de Twin Peaks ou Eraserhead se délectera de ce voyage sur les routes et les coins sombres de l’Amérique.

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