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Bruit de surface (critique des Brasiers de la colère, de Scott Cooper)

Bruit de surface (critique des Brasiers de la colère, de Scott Cooper)

Note de l'auteur


Pour son deuxième film, Scott Cooper a vu les choses en grand. Casting sur mesure, Ridley Scott et Leonardo Di Caprio à la production, Out of the Furnace (Les brasiers de la colère, comme on dit chez nous)  avait tout pour faire un western moderne au pays des grandes fonderies. Pas de bol, Cooper a tellement vu grand qu’il ne cesse de tourner autour du pot pour finalement livrer un film assez brouillon et passablement convenu.

C’est souvent le danger du film à Oscars. Cette volonté de vouloir faire à tout prix un « grand film » force souvent le réalisateur à passer plusieurs couches histoire de faire dans le différent, le profond, la complexité apparente, bref, l’oscarisable. Ainsi, si le monde de la fournaise semblait avoir quelque chose d’original de prime abord – et ce malgré The Deer Hunter auquel on pense quand même un peu, beaucoup – Cooper manque complètement de nous présenter la spécificité de son univers. Pourquoi là et pas ailleurs ? Si Michael Cimino présentait une communauté soudée autour de ses origines et de ses traditions, Scott Cooper lui n’aborde jamais l’aspect purement géographique de son récit. Il n’utilise jamais l’environnement comme vecteur d’information. Les personnages errent dans les rues d’une ville qu’ils ne semblent pas connaître et on finit par se dire que quitte à filmer des usines abandonnées, Out of the Furnace aurait aussi bien pu se passer dans un port de pêche, au fin fond de l’Alaska ou dans n’importe quelle petite ville industrielle des Etats-Unis.

« Et sinon, vous habitez là ?
– Non, non, on ne fait que passer »

Et c’est bien là le principal défaut de Out of the Furnace. Sous couvert d’une photo classieuse et d’un casting calibré, Scott Cooper fait du surplace et n’ose jamais aller au fond des choses. Il sait bien qu’au-delà d’une simple histoire de vengeance, il y a quelque chose à dire, mais il ne sait pas quoi. Il tente le social, le quotidien, le réalisme, il tâtonne, mais à la vérité, il n’a pas le moindre début de point de vue et encore moins d’intention. Le voici avec un univers dont il ne sait manifestement que foutre, peuplé de personnages que l’on devine intéressants mais qui resteront pour chacun d’eux au mieux un mystère (Christian Bale), au pire une caricature (Woody Harrelson), voire carrément inutile (Zoe Saldana).

Cette absence de point de vue est d’autant plus dommageable qu’au moment où le réalisateur se décide enfin à rentrer de plein pied dans son histoire, le film en est déjà à son troisième tiers. Du coup, à défaut d’une tension qui monte crescendo, on a le droit à une fin expéditive qui démarre de surcroît sur une commodité scénaristique assez maladroite, pour ne pas dire navrante. Et même si ce tiers-ci contient les scènes les plus réussies (notamment un passage bien stress dans une crack house paumée en rase campagne), on regrette que le réalisateur de Crazy Heart n’ait pas décidé de renter directement dans le vif du sujet, plutôt que de nous balader pendant plus d’une heure autour d’une histoire qui ne fait pas un pli. C’est justement en reconnaissant la simplicité de son histoire que l’on peut se permettre de développer d’autres aspects qui rendront cette même histoire originale, car bien racontée.

L’intention de vouloir faire un film fleuve est louable et Out of the Furnace en a toutes les apparences, mais il n’a malheureusement que ça. On s’attendait à un brasier, on a eu qu’un brasero.

 

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