#Critique : pessimisme (Here and Now / HBO / OCS)

#Critique : pessimisme (Here and Now / HBO / OCS)

Note de l'auteur

Avec là encore un casting prestigieux sous la houlette d’un showrunner de renom, on pourrait penser que ce Here and Now va prolonger une série comme Big Little Lies. Après tout, il est à nouveau ici question de privilégiés mal dans leur peau. Or il n’en est rien. Malgré des intentions très louables, les premiers épisodes du retour aux affaires d’Alan Ball sont tout simplement revêches au possible.

Les Bishop habitent une vaste bâtisse à Portland (Oregon). Pourtant, ils n’y hébergent plus que leur plus jeune fille ; leurs trois autres enfants ‒ tous adoptés de pays conflictuels (Liberia, Colombie et Vietnam) ‒ ont quitté le domicile familial. Mais l’éloignement des membres de la famille n’est pas tant géographique que communicatif. À l’occasion de l’anniversaire de Greg, le père passablement dépressif et/ou pessimiste, sa femme réunit famille et amis pour un résultat très loin de ses espérances…

On imagine mal comment HBO pourrait dire non à Alan Ball. L’un des historiques du succès de la chaîne, auquel il participa en imposant Six Feet Under puis, plus proche de nous, la plus discutable True Blood, n’est pas n’importe qui, et ce d’autant plus lorsqu’il arrive avec des Holly Hunter et Tim Robbins sous le bras.
Avec Here and Now, ses ambitions sont élevées : souligner les tensions de son pays face à ses mutations sociales et réagir face à une certaine xénophobie débridée.

Dans ce but, le deuxième épisode recèle une scène simple qui vise juste. Après une arrestation fortuite, Kristen (la plus jeune fille, blanche) et sa sœur Ashley (originaire du Liberia, noire) sont fouillées au commissariat. Alors que la première vit cette situation par la rigolade, la seconde, sans être malmenée, subit toutefois une humiliation. En très peu de choses, la série montre ici un décalage abyssal et profondément significatif de perception.
Pourtant, un peu plus tard, lorsqu’éclate un conflit au collège de la même Kristen entre un groupe de “blancs” et des opposants, le débat qui s’ensuit est parfaitement superficiel. Il tutoie même le pathétique pour le sériephile qui aura vu et apprécié en la matière l’excellente Dear White People…

Alors bien sûr, Alan Ball oblige, un fil rouge fantastique existe. Sans rien en dévoiler pour ne pas en révéler la teneur, son caractère grossier ne génère que bien peu de mystère et échoue à soulever un enjeu quelconque. Dans les quatre premiers épisodes que nous avons pu voir, on jurerait même qu’il s’agit d’un subterfuge un rien désespéré pour créer une once de cliffhanger.

Néanmoins, le drame familial est bien caractérisé. Le casting est effectivement très performant. Outre Hunter et Robbins, les quatre enfants sont tous très convaincants, notamment Sosie Bacon (Kristen) et Daniel Zovatto (Ramon). On trouve ici une certaine équivalence à This is Us mais l’approche des relations entres personnages est complètement réduite à sa plus simple expression.

Et c’est bien là le plus gros obstacle d’Here and Now. À dessein, la série cherche à projeter d’emblée ses protagonistes dans un marasme insondable. On devine que le but est de démontrer à terme que les valeurs collectives et multiculturelles vont prévaloir et peuvent rejaillir sur le bonheur individuel. Mais est-ce que le public sera prêt à suivre/supporter les Bishop pour le découvrir ? Rien n’est moins sûr.

HERE AND NOW (HBO) Saison 1 en 10 épisodes,
diffusée sur OCS dès le 12 février.
Série créée par Alan Ball.
Épisodes écrits par Alan Ball, Mohamad El Masri, Nancy Oliver, J.R. Edwards, Wes Taylor et Tanya Barfield.
Épisodes réalisés par Alan Ball, Uta Briesewitz, Jeremy Podeswa et Lisa Cholodenko.
Avec Holly Hunter, Tim Robbins, Sosie Bacon, Jerrika Hinton, Daniel Zovatto, Raymond Lee et Peter Macdissi.

Visuel : Here and Now © 2017 Home Box Office, Inc. All rights reserved. HBO ® and all related programs are the property of Home Box Office, Inc.

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