#Critique Petit paysan

#Critique Petit paysan

Note de l'auteur

Un paysan cherche à sauver ses bêtes de l’abattage. Un premier film intrigant et hypnotique mais un peu sage.

Ancien de La FEMIS, Hubert Charuel signe un premier film consacré au monde paysan. Un monde qu’il connaît parfaitement puisque ses parents – qui apparaissent dans le film – sont agriculteurs. Et ça se voit ! On a rarement vu un film qui sent autant la ferme. Le réalisateur filme au plus près, avec justesse et précision, les gestes des éleveurs, de la traite des vaches au vêlage en passant par la mise au parc. Si la ruralité a la cote depuis plusieurs années dans le cinéma français, elle n’a souvent qu’une fonction ornementale et elle est réduite à son pur aspect pittoresque ; soyons donc reconnaissants envers Hubert Charuel de mettre au premier plan la campagne, la vraie, où les vaches, filmées souvent en gros plan, partagent la vedette avec les hommes.

Les scènes consacrées au quotidien de Pierre (fabuleux Swann Arlaud), le héros du film, sont aussi l’occasion pour Charuel de mettre à profit sa veine comique. La mère, possessive et intrusive, interprétée par Isabelle Candelier est un régal !

Le film raconte donc l’histoire de Pierre, éleveur de vaches, obsédé par la crainte que ses bêtes soient contaminées par la FHD, aussi appelée « maladie belge ». Tous ne cessent de le traiter de « parano », or le film opère un renversement quand il s’avère que celui-ci est dans le vrai. Pour sauver son troupeau, Pierre en vient à commettre des gestes de plus en plus insensés et, pris dans une spirale infernale, bascule dans un état proche de la folie. Une double mue s’opère sous nos yeux : le petit paysan se transforme en homme menaçant et inquiétant et le film s’aventure avec succès sur le terrain du film de genre, entre polar et film d’horreur à la Cronenberg. Citons par exemple ces scènes nocturnes où, dans son étable vide, hache puis carabine à la main, les yeux injectés de sang, Pierre ressemble à ces personnages que l’on croise plus souvent dans les films d’horreur que dans les chroniques réalistes. Les gros plans sur les échines luisantes de sang ou sur les carcasses charriées se révèlent fascinants et inquiétants.

 

Si Pierre est rongé (au sens propre comme au sens figuré) par la maladie qui frappe ses vaches, c’est pour des questions financières, mais aussi parce qu’il entretient une relation toute particulière avec celles-ci. La relation très ambiguë qui se noue entre le héros et son troupeau met au jour la solitude des agriculteurs et le poids des contraintes. Ainsi, Pierre demande si sa vache attend une « fille », il lave son veau comme on lave son enfant et l’installe même à ses côtés sur le canapé. Le rêve inaugural où les vaches envahissent la maison de Pierre et sa chambre plus particulièrement – espace intime par excellence – se révèle particulièrement signifiant et programmatique.

 

Un regret néanmoins : malgré ces très belles scènes porteuses d’une tension maximale, la mise en scène est un peu sage et le scénario parfois prévisible. Mais c’est un premier film et on ne doute pas que ce petit paysan deviendra un grand réalisateur.

Natalia Jourdain

 

 

Petit paysan
Réalisé par Hubert Charuel
Avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Isabelle Candelier.
Sortie en salles le 30 août 2017

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