On a lu…Planetary (T.1) de Warren Ellis et John Cassaday

On a lu…Planetary (T.1) de Warren Ellis et John Cassaday

Note de l'auteur

C’est l’histoire d’archéologues de l’étrange dont les sujets de recherches se retrouvent davantage dans les romans de gare que dans les musées. Avec cette première incursion dans l’univers Wildstorm vu par Warren Ellis, Urban Comics nous propose ni plus ni moins qu’une certaine cartographie du multivers d’un des plus grands scénaristes de BD.

 

planetary T1 - 4Face à l’équipe d’aliens et de Super-humains que sont les Wildcats, aux jeunes super gaulés de Gen13 et à la puissance proactive de The Authority (pour ne citer que les séries les plus célèbres du catalogue Wildstorm), les membres de Planetary semblent évoluer dans les interstices et se fondre dans les ombres. Composée de trois membres, cette équipe d’une organisation secrète s’est donné pour but d’enquêter sur les événements les plus étranges et les plus incongrus. Au fil des épisodes, la combattante Jakita Wagner, le Batteur (un homme capable de comprendre le langage de toutes les machines) et la dernière recrue en date Elijah Snow vont faire face à de multiples dangers et menaces… Ou quand la fiction même devient réalité.

 

On ne le dira jamais assez et croyez bien qu’on ne s’arrêtera pas de sitôt de le répéter : la fin des années 90 et le début des années 2000 restent parmi les périodes les plus inventives dans le domaine du comic book. Après un début de décennie morne, creux et généralement médiocre, de nouveaux auteurs arrivent pour secouer le cocotier et plonger le lecteur dans un énorme et réjouissant bouillon de culture. Malgré des débuts remarqués chez Marvel (sur Excalibur ou bien encore Thor), c’est avec la reprise de la série Stormwatch que Warren Ellis va tout changer. Avec cet énième clone sans saveur des séries de super-héros, le scénariste plante les bases d’une bibliographie qui accumulera dès lors les chefs-d’œuvre.

 

planetary T1 - 7La fin de Stormwatch en septembre 1998 donnera naissance à deux séries différentes et complémentaires : The Authority (en fin d’année chez Urban) et Planetary. Si la première se pose comme la réponse surpuissante et fracassante aux problématiques des super-héros à l’heure de leur entrée dans le XXIe siècle, Planetary se présente quant à elle comme la cartographie de l’univers de Warren Ellis, répertoriant tout autant les créations de l’auteur que ses multiples influences. Le tout se confondant au fil des épisodes comme le montre le personnage de Jack Carter, décalque évident de John Constantine (figure récurrente de l’œuvre d’Ellis) qui prend ici, presque naturellement et dans un processus créatif ingénieux, les traits de Spider-Jerusalem, le journaliste sans concessions de Transmetropolitan¹.

 

 

 

planetary T1 - 8C’est de ce savant mélange que Planetary tire sa force et son originalité. Plus encore que les héros anarchistes de The Authority, le trio évolue en marge de la société (le crossovers Planetary/The Authority : Ruling the World présent dans ce premier volume est d’ailleurs un bel exemple de cette spécificité). Jouant avec ses marottes habituelles telles que les conspirations à grandes échelles, le contrôle, les fusions hommes/machines et utilisant à nouveau le concept de la Plaie (cet espace entre les univers découverts dans Stormwatch), Warren Ellis confectionne un savoureux mélange d’influences, principalement littéraires, nourrissant un discours sur le pouvoir de la fiction sur la réalité même. Elijah, Jakita et le Batteur vont ainsi rencontrer des décalques plus ou moins précis de personnages tels que Fu Manchu, Doc Savage, Tarzan, Godzilla, le Shadow ou bien encore les Quatre Fantastiques. Ces derniers étant d’ailleurs des protagonistes fondateurs de l’histoire au même titre qu’ils furent les fondateurs de l’univers Marvel.

 

planetary T1 - 9Débutant sur le recrutement d’Elijah Snow, personnage énigmatique né le 1er janvier 1900, date qu’il partage avec d’autres personnages (notamment Jenny Sparks de The Autorithy), Planetary nous emporte dans une aventure illustrée par un John Cassaday qui signe ici ce qui reste probablement son meilleur travail. Comme pour La Ligue des gentlemen extraordinaires, le mélange d’influence et les références n’empêchent pas le plaisir de lecture pour celui qui en ignorerait les sources initiales. Construit sur un schéma classique d’histoires bouclées à la fin de l’épisode, Planetary va rapidement poser des fils rouges constituant la colonne vertébrale de son récit. Qui est le quatrième homme ? En quoi Elijah Snow est-il important et pourquoi est-il amnésique ? Les informations sont disséminées, se recoupent, se répondent et forment très vite un récit cohérent quand arrivent les premières révélations.

 

Alors que la réédition de Crisis on Infinite Earths nous donne l’occasion de redécouvrir la fin des Terres multiples de DC tout en ouvrant sur l’une des périodes les plus passionnantes de l’éditeur, Planetary nous propose la redécouverte d’un autre multivers, celle de l’imaginaire d’un des auteurs les plus importants de ce début de siècle. Se déconnectant rapidement de l’univers Wildstorm pour devenir le témoignage de toute une culture, ce premier volume est un des plus beaux exemples des liens permanents entre fiction et réalité.

 

 

 

planetary T1 - 1

 

 

 

Planetary – Volume 1 (DC Essentiels, Urban Comics, Wildstorm) comprend les épisodes US de Planetary #1 à #12, Planetary/The Autority : Ruling the World et Planetary/Batman : Night On Earth

Écrit par Warren Ellis

Dessiné par John Cassaday (#1 à #12 et Ruling the World) et Phil Jimenez (Night On Earth)

Prix : 28 euros

 

 

 

 

 

¹ Dans le même épisode Jack Carter se confronte à une vision déformée du Miracleman d’Alan Moore, rendant ainsi hommage à ce dernier et à une période de la BD anglaise sans qui laquelle le monde du Comic US n’aurait pas été le même, le tout en affirmant une volonté nette de passer à autre chose.

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