#Critique Premier Contact

#Critique Premier Contact

Note de l'auteur

À travers une histoire d’aliens et dans une année 2016 particulièrement anxiogène, le réalisateur des très noirs Prisoners et Sicario signe ici son film le plus humaniste et le plus émouvant. Une perle de science-fiction à la fois simple et profonde comme on en fait que trop rarement.

Sur papier ou sur pellicule, la science-fiction est de ces genres que les écrivains et les réalisateurs chérissent comme prétexte pour véhiculer de grandes idées autant que réel vecteur narratif. De 1984 à 2001 ou du Matrix au Géant de fer, les mondes virtuels, robots, futurs dystopiques et autres aliens de la dimension Z ont toujours servi de reflet au présent, à l’Humanité, la vie, la mort et autres calembredaines existentialo-mystiques. Et si je rappelle cette évidence grosse comme le monde dès mon intro, c’est surtout pour insister sur le fait que si le genre peut être d’une richesse infinie, d’une intelligence noble et d’une puissance émotionnelle incommensurable, il est aussi un terrain de jeu ardu où une pléthore d’auteurs se sont pétés les dents en brassant des idées trop grosses pour leur caméra. De The Fountain à Matrix Revolutions ou Southland Tales, nombreux sont les exemples où perdus dans leurs concepts casse-gueule, dans leurs cerveaux ou dans leur sachet de champignons magiques, de solides réalisateurs ont accouché d’œuvres batârdes, incompréhensibles ou nanardesques. Mais qu’on se rassure, Denis Villeneuve n’en fait pas partie.

arrival3Après l’assourdissant Sicario sorti l’an passé, le prolifique réalisateur venu de la Belle Province revient donc avec Premier contact (Arrival en VO), film à classer dans la first contact-xploitation aux côtés de Rencontres du troisième type, Le jour où la terre s’arrêta ou encore Contact pour ne citer qu’eux. Son pitch ? Après l’arrivée sur Terre de 12 vaisseaux extraterrestres, une linguiste (Amy Adams) est envoyée à la rencontre de ces êtres venus d’ailleurs pour tenter de communiquer. Aidée par un physicien (Jeremy Renner), elle va alors tenter de décoder leur langage et d’éviter le conflit entre les petits hommes verts et l’Humanité.

N’y allons pas par quatre chemins (de toutes façons vous avez vu la note ci-dessus, je ne ruine pas le suspens) : Premier contact est une gemme. Avec ses multiples degrés de lecture, son scénario dense mais toujours fluide, son intelligence formelle et sa puissance émotionnelle, le film de Villeneuve parvient sans esbroufe ni prétention à atteindre le sans faute. Cérébral et gracieux, grave mais porté par un humanisme débordant, il sonne juste à tout point de vue, sans aucune fausse note à l’horizon, le tout en encapsulant le meilleur de la science-fiction.

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Profondément contemporain et faisant écho à cette triste année 2016, Premier contact dépeint une humanité déchirée en plein repli sur elle-même. L’arrivée de ces étrangers, dont la langue et les motivations sont inconnues, cristallise toutes les peurs modernes et anciennes : celles de l’autre, de l’inconnu, du futur. Durant les 15 premières minutes du film, terriblement réalistes, on y voit alors des Hommes pétés de trouille, hébétés devant les chaînes d’info en continu. Glaçant et familier.
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Mais de cette situation conflictuelle, noire et asphyxiante, Denis Villeneuve réussit à trouver une porte de sortie, une échappatoire miraculeuse dans ce qui touche au plus beau de l’âme humaine : la quête de savoir, la résilience, l’empathie et le fait que comprendre l’autre aide à mieux se connaître soi-même. Oui, je sais, dit comme ça Premier contact sonne très united colors of Bisounours à tendance guimauve mais ne vous y trompez pas : aussi neuneu qu’il puisse paraître, ce message naïf est d’une force redoutable, tant la main de maître du québécois est à l’œuvre. Adapté du roman L’Histoire de ta vie de Ted Chiang, le film se paye en plus le luxe d’être une œuvre de science-fiction solide, jouant avec des concepts complexes mais utilisés ici de manière limpide. Visuellement, le talent du directeur de la photographie Bradford Young (A Most Violent Year, Selma) explose, tant les plans y sont léchés jusqu’à la dernière image, tantôt froids et cliniques, tantôt chauds et apaisants.

Du côté des acteurs, si Forest Whitaker, Michael Stuhlbarg et Jeremy Renner sont impeccables, c’est bel et bien Amy Adams, gracieuse, qui porte le film sur ses épaules. En quête de sens, en quête d’elle-même, elle est ce parfait vaisseau qui permet au spectateur de se questionner sur sa propre existence, son rapport à la mort, à la vie, au temps, aux choix que l’on fait et qui nous construisent. Cependant, tout en brassant des questions aussi fondamentales, Premier Contact est un film qui s’adresse intelligemment au spectateur ; qui ne le prend jamais de haut sans pourtant avoir le besoin de lui expliquer chacun des concepts qu’il explore. Une œuvre dont on sort grandi, la gorge serrée, la tête pleine de questions.

Premier Contact
2016. USA. Réalisé par Denis Villeneuve
Avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker et Michael Stuhlbarg.
Sortie le 7 décembre

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