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#Critique Qui a peur de la mort ? : la magie de la fantasy africaine

#Critique Qui a peur de la mort ? : la magie de la fantasy africaine

Note de l'auteur

Qui a peur de la mort ? est un roman dont la réédition a été fort attendue en France. Cette œuvre réinvente le genre de la fantasy en proposant une lecture centrée sur l’Afrique et sa mythologie. Il est écrit par l’autrice Nnedi Okorafor, afro-américaine d’origine Nigériane.

L’histoire : Elle s’appelle Onyesonwu. Son prénom, c’est sa mère qui le lui a donné. Il signifie Qui a peur de la mort. Enfant issu d’un viol, sa peau et ses cheveux couleurs de sable la désigne comme bouc émissaire parfait dans sa communauté. Pourtant, Onyesonwu est aussi une enfant qui possède une magie puissante en elle. Et surtout, elle est habitée d’un esprit de justice et de rébellion qui l’emmènera loin, dans une Afrique post-apocalyptique où elle cherche sa place.

Mon avis : Il est difficile de définir ce roman, qui vous happe du début jusqu’à la dernière page. Merveille d’inventivité, il mêle magie et mascarades, religions et rites anciens, archaïsme sectaire et misogynie sociétale. Mais c’est le vent de liberté qui souffle dans le sillage d’Onyesonwu. Petit pavé de 500 pages, il n’en faut pas moins pour suivre la trame de l’autrice, Nnedi Okorafor, qui parle aussi bien de racines séculaires que de modernité, de l’obligation d’évoluer dans un monde de changement permanent, de la guerre et des traumatismes. Le tout, sans aucun didactisme superficiel. Non, c’est avant tout un roman, l’histoire d’une jeune fille qui cherche (et prend) sa place dans ce monde et ce faisant, décrit son univers, si différent de ceux qu’on a l’habitude de voir.

Onyesonwu n’est pas seule dans son périple, accompagnée de sa mère, de trois autres jeunes filles, Binta, Luyu et Diti, et de deux garçons. Alors, oui, c’est un combat aussi féministe, avec Luyu la belle qui aime faire don de son corps, Diti plus traditionnelle, ou Binta qui veut échapper à sa famille. C’est plusieurs facettes de la féminité, c’est surtout plusieurs héroïnes auxquelles chacun peut se raccrocher. Ce sont des femmes qui doivent se battre pour avoir le droit de prendre en main leur propre destin, dans un monde encore dirigé par des hommes et leur violence (on pourrait dire que c’est un parfait roman post-MeToo, au passage). C’est un grand roman de fantasy, presque de science-fiction par certains côtés (mais pas de spoilers, je m’arrête là). C’est un récit fait pour tous les adultes, tous ceux qui apprécient de découvrir de nouveaux univers riches de leur propre folklore, de différentes tribus, de la coexistence de la magie et des hommes. C’est une histoire sur les guerres et le racisme, sur notre monde, décrit par une autrice qui tire la force de son récit de ses attaches familiales.

La fantasy n’est pas « blanche ». Elle n’est pas uniquement composée d’elfes, de fées et de la forêt de Brocéliande. Elle existe aussi dans les sables, dans le juju et dans le monde des esprits. Elle existe dans l’Afrique subsaharienne, et cet ouvrage en est un excellent rappel. C’est un nouveau monde qui s’ouvre, une porte sur des univers d’une créativité sans fin et prêt à être parcouru par de nombreux lecteurs. On attend avec impatience de voir d’autres livres de la même veine qui tirent de leurs racines une nouvelle définition de la fantasy. Car une fois arpentés ces mondes faits de sables, de terrifiants sorciers et de vieilles femmes sages, de jeunes plein de fougue et ces enfants ewu qui se révoltent contre leur destin, on ne veut qu’une chose : y retourner.

Si vous aimez : Les Nuits du Boudayin ou encore Les Douze Rois de Sharakhai vous ont titillé la curiosité ? Là, ça va beaucoup plus loin, et c’est encore plus fort.

Autour du livre : L’écrivain Nnedi Okorafor est américaine, née de parents nigérians. Elle s’inspire beaucoup du folklore de ce pays pour ses livres. Il est aussi à noter que Qui a peur de la mort ? a été lauréat du prix Imaginales et aussi du World Fantasy Award.

Extrait : « Pendant six ans, elle éleva Onyesonwu seule dans le désert. Cette dernière devint une enfant forte et fougueuse. Elle aimait le sable, le vent et les créatures du désert. Najiba ne pouvait jamais que murmurer, mais elle riait et souriait à chaque fois qu’Onyesonwu criait. Lorsque celle-ci hurlait les mots que sa mère lui apprenait peu à peu, cette dernière l’embrassait et l’étreignait. C’est ainsi que l’enfant sut utiliser sa voix sans jamais avoir entendu celle de sa mère.
Et quelle belle voix elle avait ! Elle apprit à chanter en écoutant le vent. Souvent, elle se dressait face au vaste paysage du désert et chantait en son honneur. Parfois, quand elle chantait le soir, elle attirait les chouettes loin à la ronde. Elles venaient se poser sur le sable pour écouter. Ce fut le premier signe, pour Najiba, que son enfant n’était pas seulement une ewu, mais quelqu’un de spéciale, d’unique. »

Qui a peur de la mort ?
Écrit par Nnedi Okorafor
Traduit par Laurent Philibert-Caillat
Édité par Actu SF

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