On a lu…RASL de Jeff Smith

On a lu…RASL de Jeff Smith

Note de l'auteur

237691_cSorti récemment chez Delcourt, le troisième et dernier volume de RASL nous donne l’occasion de revenir sur une des dernières séries de Jeff Smith. Un récit qui, malgré un début difficile, se révèle être de plus en plus passionnant au fil des pages.

 

 

Scénariste et dessinateur américain, Jeff Smith se singularise dans l’univers de la bande dessinée par sa farouche indépendance. Artiste complet, il produit ses comics au sein de sa propre structure avec sa femme, Vijaya Iyer, qui s’occupe de toute la partie financière. Face aux géants du milieu, Smith a su poser sa marque grâce à une série, Bones, publiée entre 1991 et 2004 et éditée par Delcourt chez nous. Toujours désireux de suivre ses auteurs chouchous, l’éditeur nous propose donc aujourd’hui RASL. Derrière cette acronyme dont nous découvrirons la signification durant le récit, se cache une histoire variant les genres et troublant son lecteur.

 

Robert Johnson, appelé aussi Rasl, est un voleur d’œuvres d’art. Le meilleur dans sa partie. Il arrive à subtiliser les tableaux des plus grands maîtres sans se faire prendre. Son secret ? De l’habilité, une connaissance du terrain mais surtout une machine de son invention lui permettant de se téléporter entre les dimensions. Car derrière le masque du voleur sans état d’âme, se cache en fait un ancien scientifique ayant détruit ses inventions jugées trop dangereuse. Alors qu’il finalisait un dernier coup, Rasl est poursuivi par un homme mystérieux qui le suit a travers les dimensions. Rattrapé par le passé, il va devoir faire face à ses choix et empêcher qu’une catastrophe se produise.

 

300px-Jeff_SmithDébutant comme un thriller classique, RASL se révèle bien vite beaucoup plus varié qu’on n’aurait pu l’imaginer. Science-fiction, amour, sexe, action, thriller et cours d’histoire s’entremêlent tout du long des quinze épisodes que compte la série. De la même manière, Smith va jouer avec les époques et les moments importants de son récit pour tisser son histoire. Présent à intervalles réguliers, les flashbacks nous présentent les moments clés qui ont conduit Rasl à faire une croix sur son travail. De la même manière la longue biographie de Nicolas Tesla, figure tutélaire de l’oeuvre, sert à la fois à présenter au mieux la science sur laquelle se base la fiction mais aussi de pause dans le récit afin de mieux entretenir le suspense.

 

Si ces procédés rendent le récit très lourd dans ses premiers épisodes, un rythme de croisière s’installe et l’histoire devient peu à peu plus fluide et bien plus passionnante. RASL devient une grosse course poursuite entre plusieurs réalités. Sans surprise et avec un régal non feint, le dessin de Jeff Smith s’avère toujours être une réussite bien qu’on regrette que la version colorisée présentée ici mette moins en valeur les planches que la version originale en noir et blanc. Les personnages de l’auteur ont un physique particulier et reconnaissable qui surprend au premier abord, mais se révèlent être par la suite totalement en adéquation avec le récit. Il se dégage de plus un certain érotisme très agréable.

 

df4a44fd8089edb975570f83efade202C’est en regardant Blade Runner et la trilogie Bourne que Jeff Smith établit des ponts entre ces histoires, imagina comment les lier et posa les prémices de RASL. Si l’idée initiale a évolué, force est de constater que la bd ne dépaysera pas les amateurs des récits de Philip K.Dick.  On remarquera ainsi que l’auteur n’use jamais d’effets graphiques importants pour souligner la différence entre les différentes réalités provoquant ainsi une sorte de trouble pas désagréable du tout. Rien n’est acquis durant la lecture et plusieurs fois on se questionnera sur la réalité même du monde dans lequel évolue RASL. A ce titre, le personnage de Sal représente bien ce refus total face à la multiplication des réalités auxquelles il est confronté. Cette manière fine de faire sortir le lecteur de sa zone de confort sans jamais lui faire perdre le fil du récit et les informations qu’il véhicule fait partie des forces de RASL. La révélation finale se révèle alors à la fois logique, peu surprenante et peu appuyée sans toutefois ne jamais perdre son efficacité.

 

Malgré un début difficile, RASL se révèle tout de même être une série passionnante pour tout amateur de science-fiction et de thriller. Il est également une preuve supplémentaire de la variété du comic-book et de sa qualité en dehors des sentiers battus. Jeff Smith en est un de ses meilleurs représentants au même titre qu’Eric Powell dont on vient de recevoir dans la face les derniers exploits de son mafieux tabasseur de zombie.

 

 

 

RASL – Tome 1 à 3 (Contrebande, Delcourt) contient les épisodes US #1 à #15 de RASL

Ecrit et dessiné par Jeff Smith.

Prix : 15,95 €

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