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#Critique : reconstitution immaculée (The Alienist / TNT / Polar+)

#Critique : reconstitution immaculée (The Alienist / TNT / Polar+)

Note de l'auteur

Cet Aliéniste a tout du projet alléchant. Un polar historique à la reconstitution soignée et un attelage prestigieux pour en assurer la production. Le résultat est effectivement classieux mais manque d’inspiration.

Chaque épisode s’ouvre par une phrase introductive annonçant en substance qu’au dix-neuvième siècle — l’action, ici, se déroule à la toute fin des années 1800 — les personnes souffrant de problèmes dits de « santé mentale » était considérés comme aliénés de leur vraie nature. On appelait donc les spécialistes chargés de les soigner par le qualificatif d’Aliéniste.
Le sujet ne fait pas forcément rêver mais c’est le point de départ d’un roman de Caleb Carr, paru en 1994. L’ouvrage rencontra immédiatement un fort succès car l’auteur y développait une chasse au tueur en série dans un contexte historique très soigné. Carr avait visiblement effectué d’importantes recherches sur le New York de l’époque et son roman traduit brillamment cette période charnière symbolisée par des constructions importantes (les ponts) et la présence de personnalités que l’on retrouve également dans la série telles que Théodore Roosevelt ou J.P. Morgan.

L’intérêt historique est une chose mais ce qui allait vraiment déclencher l’intérêt de cette adaptation se trouve ailleurs. Depuis plus de vingt ans, L’Aliéniste se refilait comme une patate chaude entre producteurs. Les droits avaient été achetés avant la publication du roman mais personne ne semblait parvenir à en faire un script qui tienne la route. Il faut reconnaître que le matériau ne convenait pas idéalement pour une transposition de type long métrage. Mais tout devient merveilleux dans le meilleur des mondes lorsque Cary Joji Fukunaga se porte volontaire pour sculpter la chose. Le metteur en scène sur la saison 1 de True Detective est forcément le messie et le projet excite rapidement tout le monde ; ça tombe bien car l’adaptation n’est pas simple à produire et la locomotive Fukunaga va permettre de réunir le budget nécessaire (on parle tout de même de 5 millions par épisode).

Oui mais voilà, nous ne sommes pas sur HBO, c’est de TNT et du câble dit « basique » dont il s’agit. Pas question de basculer franchement dans l’étrange et l’inquiétant. Officiellement Fukunaga se retire du projet pour des incompatibilités de calendrier, mais Carr — qui est également producteur pour la série — ne cache pas qu’il se réjouit de son remplacement : « son interprétation de l’histoire était trop salace et presque complètement erronée ».

L’histoire en question, c’est celle d’un trio improbable formé par Roosevelt alors superviseur de la police locale. Un trident constitué donc d’un Aliéniste, Laszlo Kreizler, son ami illustrateur pour le Times, John Moore, et l’assistante de Roosevelt, Sara Howard, seule femme travaillant pour les forces de police. Confronté à un département apathique et gangrené par la corruption, Roosevelt leur confie l’enquête dans une série de meurtres de jeunes garçons qui prend rapidement de l’ampleur…

Proximité de l’époque oblige, on pense tout de suite à The Knick. Jakob Verbruggen, qui réalise ici les premiers épisodes, n’est pas Steven Soderbergh, loin s’en faut. Mais The Alienist ne souffre pas plus que ça de la comparaison. La reconstitution apparaît peut être encore plus spectaculaire. Les extérieurs, aussi bien que les intérieurs sont impressionnants. Les tournages ont eu lieu à Budapest et le rendu d’atmosphère est une belle réussite, aussi bien au travers de lieux guindés (opéra, restaurants) que pour des rues malfamées.

Rien à dire non plus sur le niveau d’interprétation. Dakota Fanning (Howard), Daniel Brühl (Kreizler) et Luke Evans (Moore) sont toujours bien dans le ton. Des seconds rôles comme Ted Levine ou Q’orianka Kilcher font de belles apparitions également. Et pour un peu, l’ensemble du cast ferait presque croire qu’il y a là un récit passionnant. Ils maintiennent en tout cas l’illusion jusqu’au bout.

Mais une fois le dénouement servi, il faut bien se rendre à l’évidence : tout ça est cruellement dépourvu d’émotion. Le talent des acteurs ne suffit pas et l’écriture des personnages ne permet pas une quelconque relation avec le téléspectateur. Il apparaît même rapidement que la saison est encombrée d’au moins deux épisodes surnuméraires. Les auteurs n’ont pas su étendre le récit original avec du contenu significatif et se contentent de joindre les arches narratives avec des tunnels à la vacuité trop évidente.

Malgré cela, la série est un succès d’audience pour la TNT. Toutefois, bien que L’Aliéniste soit désormais une trilogie sous la plume de Caleb Carr, on recommandera chaudement à la chaîne d’en rester là !

L’ALIENISTE (TNT) minisérie en dix épisodes,
Diffusés sur Polar+ dès le 2 avril.
Série développée et écrite par Hossein Amini, E. Max Frye, Gina Gionfriddo, Cary Joji Fukunaga et John Sayles.
D’après L’Aliéniste, un roman par Caleb Carr.
Épisodes réalisés par Jakob Verbruggen (1 à 3), James Hawes (4 & 5), Paco Cabezas (6 & 7), David Petrarca (8) et Jamie Payne (9 & 10).
Avec Daniel Brühl, Dakota Fanning, Luke Evans, Brian Geraghty, Q’orianka Kilcher, David Wilmot, Robert Ray Wisdom, Douglas Smith, Matthew Shear et Ted Levine.
Musique originale de Rupert Gregson-Williams.

Visuel : The Alienist / Kata Vermes © Turner Entertainment Networks, Inc. A Time Warner Company. All Rights

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