#Critique : Reconversion (Barry / HBO / OCS)

#Critique : Reconversion (Barry / HBO / OCS)

Note de l'auteur

HBO propose ici une nouvelle déclinaison de comédie très personnelle pour et par un humoriste. Barry de et avec Bill Hader y développe le principe de la reconversion avec un talent certain mais sans forcer.

Vous ne connaissez pas forcément Bill Hader. Pendant huit ans (durée plus qu’honorable), le comédien s’est distingué avec brio dans l’institution du Saturday Night Live. Une performance si remarquée qu’elle lui vaudra au passage deux nominations aux Emmys. Mais durant cette période, Hader est rongé par un mal persistant. Il subit systématiquement un trac dévastateur sur la scène du SNL, sans qu’il puisse parvenir à le contourner (diverses thérapies et méditations). Depuis, Hader s’est reconverti dans une carrière d’acteur de cinéma qu’il mène de manière bien plus libérée. Son style très caractéristique lui ouvre de nombreuses portes, mais nous allons y revenir.

En échangeant avec Alec Berg (Seinfeld, Curb et Silicon Valley dont la saison 5 sera diffusée aux côtés de Barry justement), ce dernier l’encourage à s’inspirer de son mal professionnel pour faire éclore une idée. Hader imagine ainsi Barry, l’histoire d’un tueur à gages dépressif qui se découvre par hasard une envie irrésistible de devenir à acteur ! Cela donne donc ce Barry Berkman, ancien marine particulièrement efficace pour refroidir son prochain, mais dont l’activité l’emplit d’un profond désespoir ! Tout bascule un soir de filature du côté de Los Angeles lorsqu’il se retrouve à l’improviste sur une scène d’apprentis acteurs dirigés par un professeur/arnaqueur…

Le professeur en question — qui répond au nom de Gene Cousineau — n’est autre qu’Henry Winkler. Le « Fonzie » d’Happy Days et Barry forment immédiatement un duo splendide qui génère déjà l’essentiel du sel de cette comédie. Une comédie justement qui fonctionne très majoritairement à froid, en assumant très franchement et sans second degré le caractère noir et glauque de son personnage principal. Il y a là déjà une certaine prise de risque. Barry n’emprunte aucun raccourci vers le comique. L’ambition est très clairement courageuse mais, se faisant, elle devrait surtout dissuader une bonne partie de son public…

Jeu sans paroles. Ce choix risqué, c’est aussi celui d’un acteur sûr de ses effets. Bill Hader est un acteur qui sait faire rire avec précision et ce même sans texte. Il doit cette capacité à une surexpression du visage et notamment du regard qui lui permet d’emblée d’inviter au rire. Une présence qui n’est pas sans rappeler dans un registre différent les attitudes d’un Rowan Atkinson (Mr. Bean) par exemple. Ce talent forcément inné et intrinsèquement physique pour une bonne partie fait que ce Barry convient comme un gant à Bill Hader, qui écrit et réalise plusieurs épisodes par ailleurs.

Du reste, Barry parvient à convaincre au fil d’une saison qui voit progressivement émerger ses seconds rôles, au-delà de Winkler. La série trouve également ses plus belles tonalités après quelques épisodes lorsqu’elle louvoie un peu au delà de sa zone de confort, notamment sous la direction d’Hiro Murai (Atlanta) qui réalise deux épisodes.

Néanmoins le personnage du tueur reconverti est presque un cliché de la pop culture. Tout le talent de Hader ne suffit pas à éloigner l’impression d’une comédie qui ronronne. Un pari pas si risqué au final pour HBO.

BARRY (HBO) Saison 1 en huit épisodes,
Diffusée dès le 26 mars sur OCS City.
Série créée par Bill Hader et Alec Berg.
Série écrite par Alec Berg, Bill Hader, Duffy Boudreau, Sarah Solemani, Ben Smith, Emily Heller, Liz Sarnoff.
Épisodes réalisés par Bill Hader, Maggie Carey, Hiro Murai et Alec Berg.
Avec Bill Hader, Henry Winkler, Stephen Root, Sarah Goldberg, Glenn Fleshler, Anthony Carrigan, Tyler Jacob Moore, Darrell Britt-Gibson, D’Arcy Carden et Andy Carey.
Musique originale de David Wingo.

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