#Critique : Revenge

#Critique : Revenge

Note de l'auteur

Laissée pour morte dans le désert, une Barbie en sous-vêtements affriolants fait pisser le sang de ses tortionnaires. Une série Z faussement féministe et vraiment décérébrée.

 

 

C’est un film paradoxal.

À la fois très maîtrisé et incroyablement con.

L’histoire est tellement pathétique qu’à côté, un scénario de Luc Besson ressemble à du James Joyce. Dans cet embryon de script, trois riches hommes d’affaires se retrouvent dans le désert pour leur partie de chasse annuelle. L’un d’eux, Richard (le plus riche ?) est venu avec sa maîtresse, Jennifer, une cagole ultra sexy qui se balade en minishort. La lolita se fait violer par un pote de son amant, et Richard décide bientôt de se débarrasser de la malheureuse en la balançant d’une falaise. Barbie finit empalée sur un tronc d’arbre (métaphore !), parvient à s’extraire du piège mortel et va rendre coups pour coups à Ken et aux deux autres méchants mâles. Et c’est parti pour plus d’une heure de poursuites sous le soleil, de mutilations, de gros plans crades et d’hectolitres de sang.

Pour son premier long métrage, Coralie Fargeat tourne un « rape and revenge movie », ce genre sensible et romantique qui a donné naissance à des chefs-d’œuvre immortels comme I Spit On Your Grave (Œil pour œil), Crime à froid ou encore La Dernière Maison sur la gauche. Du cinéma d’exploitation, comme on dit, franchement gerbant, où les réalisateurs filment dans la première partie un viol sous toutes les coutures, histoire que le spectateur se rince l’œil (pour œil), puis la vengeance sanglante de la jeune femme, ou si elle est trop morte, de son mari trop vénère. C’est franchement indéfendable et la plupart du temps irregardable. Qu’une jeune cinéaste puisse en 2018 se lancer dans un « rape and revenge » pour son premier film me laisse plus que perplexe, car elle patauge dans le cinéma Z, loin de l’aspect arty de Grave de Julia Ducournau. Pourtant, dans ses interviews, Coralie Fargeat n’assume même pas et assure que Revenge n’est PAS un « rape and revenge movie », alors que c’est la même structure narrative (viol, fuite, exécutions des bourreaux…), la même bêtise crasse, la même complaisance envers la torture, la même philosophie dégueulasse.

On est au-delà du foutage de gueule…

Dans son film, les hommes sont débiles, ignobles, des animaux gluants. Et la cinéaste s’invente un argumentaire sur fond de #balancetongrosporcvioleur opportuniste style « Mon héroïne refuse de se taire après avoir été violée. C’est une femme d’aujourd’hui qui ne se laisse pas humilier. » Bah voyons ! C’est pour cela qu’elle passe tout le film en sous-vêtements, petite Lara Croft gore, avec gros plans complaisants sur ses seins ou sur son cul ? Même la symbolique récurrente de la pénétration fait doucement rigoler…

Pour le reste, Coralie Fargeat sait filmer, même si son style ressemble furieusement à celui d’un pubard sous influence. C’est efficace, carré et la réalisatrice a vraiment des aptitudes pour emballer une séquence ou construire un cadre. Les scènes gore sont remarquablement mises en scène et je me souviens avoir baissé les yeux plusieurs fois. Néanmoins, on peut douter de ses capacités à diriger correctement un acteur. Son héroïne, Matilda Lutz, est très agréable à regarder, mais elle n’a que deux expressions et pas grand-chose à jouer. Le reste du casting, les trois nuisibles, est carrément pathétique, mention spéciale à Vincent Colombe, irrésistible sosie d’Hanouna, toujours à côté de la plaque, qui déclenche l’hilarité dès qu’il ouvre la bouche.

En l’état, Revenge n’est que le CV d’une technicienne habile. Mais quel est l’intérêt, l’ambition, d’une telle chose ? Que nous dit ce film ? Que la femme est l’égale de l’homme dans la bestialité ? Qu’il est légitime qu’une femme exécute ses bourreaux testostéronés ? Revenge ne raconte rien, n’est rien. Un excellent timing avec l’affaire Weinstein et les éléments de langage récités par la réalisatrice ne suffiront pas à faire illusion : Revenge est une énorme déception.

 

 

Revenge
Réalisé par Coralie Fargeat
Avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe, Guillaume Bouchède.
En salles le 7 février 2018

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