#Critique Riverdale, Le Retour du Roi ?

#Critique Riverdale, Le Retour du Roi ?

Note de l'auteur

Riverdale a débuté le 26 janvier sur CW. Énième fiction adolescente sur la chaîne de Gossip Girl, souvent accusée de jeunisme primaire ? À l’image de la mue du network, la série de Roberto Aguirre-Sacasa s’avère plus complexe et balaye les craintes. Retour après deux épisodes.

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Archie, vous avez dit Archie ?

Riverdale est l’adaptation d’un comic book créé en 1941, Archie, aux éditions du même nom. Si aujourd’hui, le titre n’est pas le plus populaire, il aura inspiré de nombreuses œuvres importantes. Archie est un jeune garçon roux, évoluant dans la petite ville de Riverdale, un peu avant la Seconde Guerre mondiale. Pas de super-héros, de super pouvoirs, de super villains, seulement la vie paisible d’un adolescent tiraillé entre deux filles, la blonde Betty, la brune Veronica dans une ambiance idéalisée. Aujourd’hui, tout y paraîtrait un peu lisse et naïf et pourtant règne dans cette approche au réalisme rêveur, de nombreux archétypes que l’on retrouvera aussi bien dans Superman, Spider-man jusque dans Scooby-doo et Happy Days. Sans Archie, c’est tout un pan de pop culture qui devient altéré, sinon effacé.

archie-pilote-review-07Seulement Archie est tombé un peu dans l’oubli quand les œuvres qui lui font références incarnent le nouveau paradigme. Riverdale pose une question : quel intérêt d’adapter le comic book aujourd’hui quand son ADN se retrouve éparpillé un peu partout ? Roberto Aguirre-Sacasa (scénario) et Greg Berlanti (production) ont peut-être trouvé la réponse…

Cette association tient lieu d’évidence quand on mentionne Archie. Si Berlanti est surtout connu pour ses adaptations de comics pour la CW (Arrow, The Flash, DC’s Legends of Tomorrow et Supergirl), il fut également producteur et scénariste sur Dawson’s Creek ou Everwood (entre autres). La première pouvait déjà sembler influencée par Archie, la seconde montre l’appétence du monsieur pour les petites villes américaines. Roberto Aguirre-Sacasa s’est distingué à la télévision sur Glee, Big Love ou Looking, mais a également écrit pour Marvel (Spider-man, Fantastic Four) et en 2013 a créé… Afterlife With Archie (dans lequel le jeune garçon est plongé au milieu de zombies) avant d’être nommé directeur créatif d’Archie Comics. En 2003, le scénariste essaya déjà d’adapter Archie au théâtre (Archie’s Weird Fantasy), essai avorté à cause de l’éditeur, effrayé par l’idée de montrer un Archie gay. Sans rancune.

Du référent à la référence

Au-delà du travail référentiel effectué autour du comic book depuis de nombreuses années, Archie est-il soluble dans notre époque ? Pour répondre il faudra déjà rappeler que « Archie n’a jamais été un rebelle, n’a jamais réellement témoigné de son temps et se fige, symbole d’une société sous forme d’antithèse multiculturelle. » (Xavier Fournier, in Comic Box #92). Comprendre que même si le comic book possède un charme suranné qui a fait, en partie, sa renommée, il n’a jamais cherché à représenter le monde, mais un monde. Cette idée, Roberto Aguirre-Sacasa va la renverser, non pas en faisant de Riverdale une œuvre réaliste, mais en la nourrissant de références à son tour, qui l’inscrivent dans un nouvel inconscient collectif.

archie-pilote-review-03Riverdale se trouve au confluent de références et de codes. S’y devinent quelques fantômes plus ou moins explicites, figures ectoplasmiques qui hantent la série sans l’imprimer. Roberto Aguirre-Sacasa impose une composition concentrée où s’exercent les archétypes et passages obligés des teen soaps. Dans ce bouillon infuse l’élan hypersensible des fictions sur l’adolescence. Les triangles amoureux, les rivalités, les romances interdites, la sexualité, l’amitié, tout se brasse, s’entrechoque, se percute et célèbre l’incandescence de la jeunesse. Tout y est exacerbé, amplifié, démesuré parce que se dessine la dramaturgie romanesque propre aux teenagers. Cet âge vorace, inquiétant et enivrant sur lequel on projette fantasme et détournement.

On connaît la chanson des teen soaps. De doux air à vieille rengaine, la frontière est fine. Roberto Aguirre-Sacasa et Greg Berlanti survolent les clichés pour mieux les implanter dans un mouvement référencé, au son de dialogues qui alignent les repères culturels. Ils trahissent l’idée d’une adaptation fidèle pour ancrer leur récit dans une logique cannibale : de Glee à Dawson’s Creek en passant par Friday Night Lights ou Gossip Girl, tout un genre passe sous les dents carnassières pour un résultat qui privilégie la fiction totale au délire méta. Il n’y a de simulacre que dans l’utilisation très appliquée du teen soap et non dans la ferveur dramatique où chaque geste est gonflé d’un déterminisme presque vital. L’adolescence brûle dans Riverdale et s’inscrit dans un univers pop. C’est la fugue par la fiction face au réalisme. C’est pourquoi tout est si intense et balayé en même temps. En assumant son côté éponge, la série est parvenue à remettre Archie au centre de l’univers, rappelant la longévité exceptionnelle du comic book.

Qui a tué… ?

Contrairement au comic book, Riverdale ne s’intéresse pas uniquement au ressac de la vie adolescente d’une petite ville américaine. S’ajoute une mort mystérieuse, un drame local qui teinte la série d’un soupçon de Twin Peaks. Déjà aidée par un panneau annonçant la commune, la série de Mark Frost et David Lynch s’invite comme une évidence devant le corps de Jason retrouvé dans l’eau au terme du premier épisode. Une référence très lourde à porter en 2017, la troisième saison débutera fin mai et déjà, elle est sur (presque) toutes les lèvres. Roberto Aguirre-Sacasa est néanmoins familier des chemins de traverses, des portes dérobées, du traitement périphérique.

archie-pilote-review-02Son run sur Sensational Spider-Man vol. 2 (# 23 à # 40) entourant le crossover Civil War s’est montré particulièrement habile à illustrer le monte-en-l’air. Le scénariste n’a pas abordé le phénomène de front, il s’est appuyé sur des personnages secondaires ou extérieurs pour habiller Peter Parker, pris dans les tourments de son identité publiquement révélée. Que ce soit l’un de ses élèves, MJ, Tante May ou Felicia Hardy (aka La Chatte Noire), le dispositif est récurrent : Spider-man sert de catalyseur à l’auteur pour exprimer le sacerdoce d’une vie de super-héros pour lui-même et son entourage. L’introspection nourrit aussi bien l’histoire que ses acteurs et gagne en profondeur sans sacrifier l’action.

On peut imaginer un traitement similaire concernant l’enquête autour de la mort de Jason. Les dernières images du pilote sont révélatrices : (tous) les personnages sont réunis au bord de l’eau, observant le corps repêché par la police locale. L’exposition du coupable importera probablement moins que la déflagration d’une enquête révélant suspicion et secret d’une petite ville pas si tranquille. Un nouvel appel du pied à Twin Peaks sur le principe, mais adapté au teen soap. De quoi faire monter la température et de précipiter l’action selon un rythme cruel.

Lecture stéréophonique

Outre les passerelles tendues entre deux époques (et deux médias), Riverdale se justifie comme une série bien actuelle par sa faculté et sa facilité à tendre vers le romanesque et à broyer les références comme comburant. Roberto Aguirre-Sacasa et Greg Berlanti dans un effort conjoint et nourri de leur expérience sont parvenus, non pas à s’extraire d’une archie-pilote-review-01généalogie lourde, mais à l’investir. La force en devenir de Riverdale se situe là. Pas dans l’idée de reprendre le pouvoir après l’avoir laissé à ses descendants (directs ou indirects), mais d’utiliser ces inspirations plus fraîches et de les lier aux siennes. Le résultat est un ballet très stylisé dans lequel valsent les personnages, jamais pantins, mais repus d’une culture qui est aujourd’hui la nôtre et dans laquelle nous nous reconnaissons. Riverdale fonctionne sur deux reflets. Celui d’une jeunesse qui s’imagine (fantasme) dans l’adolescence embrasée de cette petite ville américaine ; celui des adultes en quête de signes et références. Une double voix, lecture stéréophonique de l’art du teen soap.

RIVERDALE (CW), 1×01: Chapter One: The River’s Edge, 1×02: Chapter Two: A Touch of Evil
Créé par : Roberto Aguirre-Sacasa
Écrit par : Roberto Aguirre-Sacasa
Réalisé par Lee Toland Krieger
Avec K. J. Apa, Lili Reinhart, Camilla Mendes, Cole Sprouse, Mädchen Amick, Luke Perry, Casey Cott, …

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