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#Critique Rogue One : A Star Wars Story – L’alignement des étoiles

#Critique Rogue One : A Star Wars Story – L’alignement des étoiles

Note de l'auteur

Ça y est, on l’a vu ! Le grand événement cinématographique de cette fin d’année a enfin été dévoilé il y a quelques heures à la presse. Les réseaux sociaux bruissent déjà et les tweets gazouillent en mondovision. Alors catastrophe intersidérale ou classique instantané, ce Rogue One ?  Voici nos premières impressions à chaud, garanties sans spoiler. On attend bien sûr les vôtres dans les commentaires après avoir vu le film. Allez, on ne vous fait pas trop languir. 5, 4, 3… ignition… 2, 1… lift-off!

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Il aura donc fallu plus de trois décennies à la saga Star Wars – trente-six ans très exactement – pour qu’un épisode retrouve le niveau d’excellence de L’Empire contre-attaque, chef-d’œuvre inégalé de 1980. Et c’est un spin-off, un simple film dérivé de la série, qui a réussi ce miracle : Rogue One  A Star Wars Story. Car tout ce que J. J. Abrams avait lamentablement foiré l’an passé avec Le Réveil de la Force – l’assoupissement, plutôt –, le Britannique Gareth Edwards le mène à bien, à la surprise générale, dans ce masterpiece qui régénère totalement l’univers créé en 1977 par George Lucas. À l’instar de la résurrection de James Bond en 2006 sous les traits de Daniel Craig dans Casino Royale. Ou de la renaissance de Mad Max avec Fury Road en 2015. Oui, on est à ce degré de perfection avec ce space opera !

Que s’est-il passé ? What the Fuck Happened ? Une chose est sûre : avec Rogue One, on assiste à l’alignement des planètes. Cette fois, tout fonctionne et coule de source dans cet épisode. L’alchimie entre les personnages et les acteurs. Le gigantisme du spectacle et les enjeux du récit. Depuis quelques mois, on le pressentait. Mieux : on l’espérait. Au fil des teasers et des trailers, l’univers visuel de Rogue One se dévoilait et ne cessait de surprendre avec des images jamais vues dans la saga, faisant monter chaque fois un peu plus la pression chez les fans (quoi, des Stormtroopers font trempette dans un lagon bleu et se bronzent sous les palmiers ! Et que fait ce samouraï aveugle chez les rebelles ?!? Depuis quand Zatoïchi croise le sabre avec les chevaliers Jedi ?).

Mais rien ne nous préparait à ça ! À une telle ampleur, à une telle ambition formelle, à ce degré de lyrisme affolant. On est transporté dans le majestueux Rogue One. On quitte son fauteuil. On atteint une sorte de nirvana astral. On voit des beautés grandioses, cosmogoniques. Ce film charnière, situé chronologiquement entre le troisième volet, La Revanche des Sith, et le quatrième, La Guerre des étoiles, a donc réussi son braquage. En sortant de la salle IMAX, ce lundi matin, on n’arrivait plus à parler. Ou même à marcher. La découverte en avant-première de ce magnum opus nous avait laissés sans voix. Il a fallu digérer la chose, reprendre ses esprits, analyser le pourquoi d’un tel accomplissement. Difficile, après une seule vision, de disséquer une œuvre d’une telle richesse. On va donc essayer de faire au mieux, avec le peu de temps qui nous est imparti avant sa sortie planétaire (mercredi en France, vendredi aux États-Unis) et vous livrer en pâture nos premières impressions.

STAR WARS GRABATAIRE

Il faut d’abord revenir sur les raisons de l’échec artistique du précédent film, The Force Awakens. Car il explique, paradoxalement, pourquoi Rogue One est si abouti. En effet, si les trois premiers quarts d’heure du Réveil de la Force crachaient des flammes, la suite du long métrage (c’est-à-dire les 90 minutes restantes !) était loin de tenir ses promesses et de révolutionner la saga. On sentait J. J. Abrams écrasé par le cahier des charges de Star Wars et pris de panique à l’idée de froisser la fanbase, composée d’ayatollahs. L’habile recycleur était pourtant parvenu en 2009 à revitaliser et à dépoussiérer une franchise essoufflée comme Star Trek, en rajeunissant notamment le casting et en injectant de l’humour au projet. Dans Le Réveil, en revanche, le cinéaste s’encombrait de papy Han Solo (“ou ce qu’il en resteˮ comme le clamait Harrison Ford lors de sa première apparition) et de mamie Leia Organa (Carrie Fisher, paix à son âme). On nous avait même ressorti le clebs de la fourrière (Chewie, bien peigné mais devenu incontinent), c’est dire. Bref, son film – trop respectueux – sentait le grenier, le musée Grévin, comme si rien n’avait changé en SF depuis quarante ans (car pour J. J., “citer, c’est créerˮ). Et ce méchant, Bon Dieu… Kylo Ren ! Adam Driver – pourtant bon comédien d’habitude – était franchement grotesque dans ce rôle. Affublé, au mieux, d’un masque doté d’un bec de canard (Disney, qui produit, rend-il hommage à Donald Duck ?), ou au pire, victime d’un accident capillaire (merci au coiffeur en chef !), son vilain hésitait constamment à succomber du Côté Obscur de la Force, comme d’autres cherchent leur orientation sexuelle. Et que dire de l’apparition hideuse, sous forme d’hologramme, du suprême leader Snoke (le roi de la mocap Andy Serkis) ? En résumé, ce volet ne faisait pas beaucoup avancer le schmilblick. Le grand avantage de Gareth Edwards sur Rogue One, c’est de pouvoir raconter enfin une histoire totalement inédite, avec de nouveaux personnages. De se débarrasser du superflu et de garder l’essentiel (en l’occurrence Dark Vador, le seul, l’unique vilain digne de ce nom). Alors certes J. J. Abrams a eu moins de temps pour préparer son film. Et avait tenté, lui aussi, d’introduire de nouveaux protagonistes dans Le Réveil de la Force (comme Rey, interprétée avec conviction par Daisy Ridley). Et d’ailleurs, Rogue One prend aussi pour héros… une héroïne, Jyn Erso (magnifique Felicity Jones), signe d’une pensée progressiste et d’une saga enfin pro-féministe (Furiosa, jouée par Charlize Theron, était déjà la véritable vedette de Mad Max Fury Road). Mais c’est le seul point commun entre les deux films. Car au niveau de l’émotion, Rogue est bien le numéro uno (franchement, avez-vous pleuré à chaudes larmes une seule seconde quand Han Solo calanchait dans l’épisode précédent ?).

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Si dans Le Réveil de la Force, Abrams avait courageusement choisi un Noir pour incarner l’autre héros de son film, tourné sous l’ère Obama (à savoir le stormtrooper repenti Finn, joué par le Britannico-nigérian John Boyega), Rogue One pousse encore plus loin la mixité dans son casting. On trouve en effet dans RO un acteur mexicain (Diego Luna), chinois (Jiang Wen), hongkongais (Donnie Yen), australien (Ben Mendelsohn), danois (Mads Mikkelsen), afro-américain (Forest Whitaker) mais aussi un Britannique d’origine pakistanaise (Riz Ahmed). Une distribution très United Colors of Benetton qui prouve, une fois encore, l’universalité de Star Wars. Même si l’on soupçonne très fort le service marketing de vouloir séduire le marché asiatique en saupoudrant son univers de kung-fu et de taekwondo. À l’heure de la mondialisation, The Walt Disney Company a en tout cas réussi l’exploit de rassembler trois générations de spectateurs d’Orient et d’Occident – celle qui a découvert le tout premier Star Wars en 1977, une autre, plus jeune, qui a débuté son initiation avec La Menace fantôme en 1999 et enfin, la dernière, qui a fait son baptême du feu avec Le Réveil de la Force l’an passé. Rogue One devrait réconcilier tous les publics.

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STARDUST

L’intrigue – vous la connaissez sans doute déjà – raconte comment un groupe de l’Alliance Rebelle envisage de dérober les plans de l’Étoile noire, l’arme de destruction massive de l’Empire. Cette équipe est épaulée par un ancien droïde impérial entièrement reprogrammé, K-2SO (auquel le génial Alan Tudyk prête sa voix, comme il l’avait fait auparavant avec Sonny, le cyborg de I, Robot). Au départ, Jyn Erso est une jeune femme peu impliquée dans la guerre civile qui ravage la galaxie. Son père, le scientifique Galen Erso (Mads Mikkelsen), a dû superviser contre son gré la construction de la station spatiale l’Étoile noire. Ce qui va amener Jyn à devenir une résistante qui s’engage, avec son équipe, dans une mission-suicide. Car Rogue One raconte, ni plus ni moins, l’itinéraire d’une femme envahie par une prise de conscience progressive, d’une femme qui ouvre les yeux face aux dérèglements idéologiques d’un Empire totalitaire. Comme certaines figures immortelles de la mythologie, les personnages du film se préparent au sacrifice suprême – et donc à payer de leur vie le prix de notre liberté. On pense beaucoup au cinéma d’Akira Kurosawa, en particulier au Sept Samouraïs. Et l’on se souvient subitement que Lucas s’était déjà inspiré de La Forteresse cachée (1958) du même Kurosawa pour l’écriture de La Guerre des étoiles. Les influences asiatiques de Rogue One sont donc un juste retour aux sources. Mais le cœur de l’intrigue, c’est avant tout la quête d’une femme qui a été abandonnée enfant par son père et recherche celui-ci au fin fond de la galaxie. L’amour filial, qui traverse le temps et l’espace, une thématique très en vogue ces derniers temps (cf. le mind fuck Interstellar). Mais qui dans Rogue One serre le cœur  et bouleverse au plus haut point. Des larmes vont couler sous vos lunettes 3D, je vous le dis !

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DANS LA STRATOSPHÈRE

On ne saura jamais trop comment remercier Gareth Edwards pour ce monument cinématographique (oui, il faut bénir cet homme qui a tout compris à l’univers Star Wars, à l’inverse de “ziziˮ). On avait déjà salué le travail de ce jeune cinéaste anglais en 2010 avec son premier long métrage Monsters, tourné pour une somme dérisoire avec des acteurs inconnus et d’ingénieux effets spéciaux (l’œuvre de science-fiction la plus originale depuis District 9, sorti un an plus tôt). Son reboot de Godzilla en 2014 avait, en revanche, moins convaincu – son saurien géant n’arrivant pas à se hisser à la hauteur de celui réalisé par Ishirō Honda en 1954. Heureusement, son Rogue One est une grenade dégoupillée qui va faire grand bruit et changer la donne. Dès le générique, Edwards se dispense de l’éternel déroulant d’introduction cher à la saga et passe à la vitesse supérieure. Avec une intensité de dingue, le film offre tout ce que le fandom est en droit d’attendre d’un Star Wars (à cet égard, la dernière heure est un feu d’artifice ininterrompu de scènes d’action époustouflantes). Les batailles spatiales sont enfin d’une grande lisibilité et quel plaisir de revoir les fameux TB-TT, les quadripodes impériaux de L’Empire contre-attaque, marcher sur Scarif, la planète paradisiaque où s’achève en beauté ce récit d’une grande violence et d’une grande noirceur. Et lorsque Dark Vador fait entendre à nouveau sa respiration mythique (et sa voix doublée par l’immense James Earl Jones) lors de ses rares apparitions à l’écran, il électrise la salle et provoque des vagues d’applaudissements ! On voudrait saluer aussi la qualité exceptionnelle du script de Chris Weitz (le réalisateur… d’American Pie) et de Tony Gilroy (le scénariste des trois premiers Jason Bourne). Dire tout le bien que l’on pense de la direction artistique, du design et des décors babyloniens. De la superbe photo du chef-op’ Greig Fraser (qui avait déjà éclairé avec talent Cogan: Killing Them Softly, Foxcatcher et Zero Dark Thirty). Du fabuleux montage et du mixage impressionnant… mais les mots nous manquent. Il ne vous reste donc plus qu’à passer en hyperespace et de vous rendre au cinéma le plus proche pour vous délecter de ce grand cru labellisé Lucasfilm. En attendant la suite de la trilogie prévue pour 2017 (L’Épisode VIII, mis en scène par Rian Johnson) et le spin-off centré sur Han Solo avec Alden Ehrenreich (Ave, César !) et Emilia Clarke (de la série Game of Thrones). Car Rogue One vient de nous donner… un nouvel espoir.

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Rogue One : A Star Wars Story.

De Gareth Edwards (USA, 2016). 2h10.

Avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn, Donnie Yen, Mads Mikkelsen, Forest Whitaker, Riz Ahmed, Jiang Wen, Warwick Davis, Jimmy Smits et la voix en VO d’Alan Tudyk.

Sortie le 14 décembre 2016.


Rogue One A Star Wars Story : bande-annonce… par inthefame

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